{"id":6723,"date":"2023-03-11T11:56:10","date_gmt":"2023-03-11T11:56:10","guid":{"rendered":"https:\/\/florealpeleato.com\/?p=6723"},"modified":"2025-09-09T13:45:39","modified_gmt":"2025-09-09T11:45:39","slug":"quatuor-de-la-douleur-douce-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/quatuor-de-la-douleur-douce-2\/","title":{"rendered":"Quatuor de la douleur douce."},"content":{"rendered":"<p>QUATUOR DE LA DOULEUR DOUCE<\/p>\n<p>Positif, n\u00ba673, mars 2017, Dossier Andrzej Wajda, 60 ans de cin\u00e9ma de G\u00e9n\u00e9ration \u00e0 Fleurs bleues, p 101-103<\/p>\n<p>De ses tout premiers films <em>Kanal <\/em>(1957), <em>Cendres et diamants<\/em> (1958) et <em>Lotna<\/em> (1959) jusqu\u2019\u00e0 quelques uns de ses derniers dont <em>Katyn <\/em>(2007) et <em>L\u2019homme du peuple<\/em> (2013), les tourments de l\u2019Histoire europ\u00e9enne traversent r\u00e9guli\u00e8rement la filmographie d\u2019Andrzej Wajda. En t\u00e9moignent aussi <em>Cendres<\/em> (1965),\u00a0 <em>La Croisade maudite <\/em>(1968), <em>Paysage apr\u00e8s la bataille <\/em>(1970), <em>La Terre de la grande promesse<\/em> (1974), <em>L\u2019Homme de marbre<\/em> (1977), <em>Danton<\/em> (1982) ou encore <em>Pan Tadeuz <\/em>(1999), pour former un ensemble de nature \u00e9pique et symphonique, ancr\u00e9 dans le pr\u00e9sent et tourn\u00e9 vers l\u2019avenir.<\/p>\n<p>Mais il est un autre versant de son oeuvre plus apais\u00e9, non moins intense pour autant, et peut-\u00eatre moins appr\u00e9ci\u00e9. A l\u2019oppos\u00e9 des fresques historiques du r\u00e9alisateur quatre films se nourrissent d\u2019une esth\u00e9tique du fragment o\u00f9 tout s\u2019exprime en pointill\u00e9s sur un ton de murmure. Le talent du cin\u00e9aste pour la musique de chambre s\u2019exprime au mieux dans<em> Le Bois de bouleaux <\/em>(1970),<em> Les<\/em> <em>Demoiselles de Wilko <\/em>(1979), <em>Tatarak <\/em>(2009), tous trois \u00e9crits par Jaroslaw Iwaskiewicz (1), et\u00a0 <em>Chroniques des \u00e9v\u00e8nements amoureux <\/em>(1986).\u00a0 Comme si Wajda s\u2019occupait \u00e0 d\u2019apparents menus travaux dans l\u2019attente de futurs vastes ouvrages.<\/p>\n<p>L\u2019obsession d\u2019un pass\u00e9 parsem\u00e9 de r\u00e9miniscences parcours ces films. Chateaubriand \u00e9crit\u00a0:<em> \u00ab\u00a0Je fus tir\u00e9 de mes r\u00e9flexions par le gazouillement d\u2019une grive perch\u00e9e sur la plus haute branche d\u2019un bouleau. \u00c0 l\u2019instant, ce son magique fit repara\u00eetre \u00e0 mes yeux le domaine parternel&#8230;<\/em> <em>Quand je l&rsquo;\u00e9coutais alors, j&rsquo;\u00e9tais triste de m\u00eame qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Mais cette premi\u00e8re tristesse \u00e9tait celle qui na\u00eet d&rsquo;un d\u00e9sir vague de bonheur, lorsqu&rsquo;on est sans exp\u00e9rience\u00a0; la tristesse que j&rsquo;\u00e9prouve actuellement vient de la connaissance des choses appr\u00e9ci\u00e9es et jug\u00e9es.\u00a0\u00bb <\/em>(2)<\/p>\n<p>Cette m\u00eame sensation \u00e9treint les personnages d\u00e9sireux de retrouver leurs racines avant qu\u2019il ne soit trop tard. Tunia, l\u2019une des demoiselles de Wilko, dit \u00e0 Wiktor (Daniel Olbrychski), le protagoniste, pourtant encore dans la force de l\u2019\u00e2ge : \u00ab\u00a0pourquoi parles-tu toujours du pass\u00e9\u00a0?\u00a0\u00bb Dans le m\u00eame film Wiktor\u00a0 trouve un soir son oncle assis seul dans un salon o\u00f9 il vient, dit-il, pour se souvenir. Le vieil homme dit avoir \u00e9t\u00e9 heureux, assez pour avoir v\u00e9cu longuement, mais cette oscillation entre l\u2019app\u00e9tit de vivre et la contention amoindrit la volont\u00e9 de tous les personnages. \u00c0 l\u2019inverse des films historiques du metteur en sc\u00e8ne o\u00f9 elle est souvent tendue \u00e0 l\u2019extr\u00eame. Cette hantise du souvenir n\u2019\u00e9pargne pas non plus Boleslav (Daniel Olbrychski encore dans <em>Le Bois de bouleaux<\/em>) qui n\u2019a de cesse de se tourmenter car son \u00e9pouse d\u00e9funte en aimait un autre. Sa douleur est telle qu\u2019il ira jusqu\u2019\u00e0 soumettre sa fille Ola \u00e0 un interrogatoire cruel et sans issue afin d\u2019obtenir d\u2019elle la v\u00e9rit\u00e9 concernant l\u2019infid\u00e9lit\u00e9 de sa m\u00e8re.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Tatarak.jpg\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6726 alignleft\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Tatarak-300x300.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Tatarak-300x300.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Tatarak-150x150.jpg 150w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Tatarak.jpg 450w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Il en r\u00e9sulte un ton maladif, exacerb\u00e9 parfois par un lyrisme \u00e0 fleur de peau. Voil\u00e0 pourquoi la nature est si pr\u00e9gnante dans ces quatre films\u00a0: elle \u00e9voque l\u2019enfance que chacun des personnages veut retrouver. Tout, un brin d\u2019herbe, un cours d\u2019eau, un ciel voil\u00e9, tout les \u00e9meut et tout les blesse. Ils aiment \u00e0 danser seul (<em>Le Bois de bouleaux<\/em>), \u00e0 se promener en bicyclette (<em>Chronique des \u00e9v\u00e8nements amoureux<\/em>), en tandem (<em>Le Bois de bouleaux<\/em>), ou en cal\u00e8che<em> (Les Demoiselles<\/em>), \u00e0 pique-niquer dans le champs (<em>Les Demoiselles, Chronique des \u00e9v\u00e8nements amoureux<\/em>), \u00e0 se retrouver avec l\u2019\u00eatre aim\u00e9 loin des autres (<em>Le Bois de bouleaux, Chronique des \u00e9v\u00e8nements amoureux<\/em>). Ces films se d\u00e9roulent pendant la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XX si\u00e8cle, c\u2019est-\u00e0-dire pendant l\u2019enfance et l\u2019adolescence de Wajda, si bien qu\u2019il sont autobiographiques en ce sens que les sentiments, non\u00a0 les \u00e9v\u00e8nements, ont \u00e9t\u00e9 vraisemblablement ressentis par le r\u00e9alisateur. Et cette nature verdoyante film\u00e9e telle un \u00c9den perdu est sans doute le paysage de son enfance.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 aussi pourquoi le motif du retour est au coeur de ces quatre films. Retour r\u00e9el vers la demeure familiale ou retour impossible vers une renaissance sentimentale. L\u2019enfance n\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre pas un paradis mais au moins autorisait-elle une promesse de bonheur. Au d\u00e9but de <em>Chronique des \u00e9v\u00e8nements amoureux <\/em>Witold rencontre pour la premi\u00e8re fois dans un train un fant\u00f4me surgi de l\u2019avenir. Serait-ce lui-m\u00eame devenu vieux\u00a0? L\u2019\u00e9tudiant lui demande\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce que la vie me r\u00e9serve\u00a0?\u00a0\u00bb Cette question habite les personnages, convaincus d\u2019avoir men\u00e9 une vie en friche dont le sens leur \u00e9chappe. Ils pourraient dire, comme Adam Zagajewski .<em> \u00ab\u00a0Vivre, c\u2019est trahir ce qui il y a en nous de plus pr\u00e9cieux (&#8230;) c\u2019est \u00eatre en dessous des valeurs, en dessous des exigences.\u00a0\u00bb<\/em> (3) \u00ab\u00a0Trahir\u00a0\u00bb consiste dans ces \u00e9l\u00e9gies \u00e0 n\u2019avoir pas v\u00e9cu des amours contrari\u00e9es ou naissantes, \u00e0 avoir renonc\u00e9 aux id\u00e9aux de jeunesse r\u00e9sum\u00e9s dans l\u2019exhortation de la m\u00e8re de Witold\u00a0: \u00ab\u00a0Tu seras un grand savant, un grand m\u00e9decin, tu soigneras les riches et les pauvres. Tu seras le meilleur\u00a0\u00bb Meilleur n\u2019est pas \u00e0 prendre ici dans un sens comp\u00e9titif mais signifie plut\u00f4t r\u00e9unir les plus louables qualit\u00e9s morales. Dans <em>Les Demoiselles de Wilko <\/em>Wiktor assume avoir \u00e9t\u00e9 un l\u00e2che, pour \u00eatre pass\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de sa vie, mais il ne change pas pour autant. Le retour\u00a0 \u00e0 Wilko ne lui aura pas permis d\u2019\u00eatre emport\u00e9 par un \u00e9lan vital. Au contraire, cette deuxi\u00e8me opportunit\u00e9 manqu\u00e9e, notamment avec Tunia, \u00e9teint \u00e0 jamais son go\u00fbt de vivre. Juste avant son d\u00e9part d\u00e9finitif il confie \u00e0 la \u00ab\u00a0demoiselle\u00a0\u00bb qui l\u2019accompagne jusqu\u2019au bac\u00a0: \u00ab\u00a0Demain ce serait trop tard, je ne pourrais plus partir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Bois-de-bouleaux.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6725 alignleft\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Bois-de-bouleaux-300x210.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"210\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Bois-de-bouleaux-300x210.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Bois-de-bouleaux.jpg 500w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Dans <em>Le Bois de bouleaux <\/em>le jeune Stanilas (Olgierd Lukasewicz), atteint de tuberculose, arrive du sanatorium de Davos pour mourir en paix dans la maison prot\u00e9g\u00e9e du fracas du monde par le bois de bouleaux. Il s\u2019emplit pour la derni\u00e8re fois des sensations qui furent les siennes autrefois. Dans <em>Les Demoiselles de Wilko<\/em>, apr\u00e8s quinze ans d\u2019absence et \u00e0 la suite d\u2019un deuil, Wiktor d\u00e9cide de revenir \u00e0 la maison ou vivent les \u00ab\u00a0demoiselles\u00a0\u00bb devenues dames et m\u00e8res pour certaines. Toutes sont l\u00e0, \u00e0 l\u2019exception de Fela qu\u2019il aimait en secret. Il est trop tard, la coquetterie et le marivaudage sont d\u00e9sormais vains et chacun est rappel\u00e9 par la solitude. Dans <em>Tatarak <\/em>Marta (Krystyna Janda), femme m\u00fbre, malade elle aussi, s\u2019\u00e9prend d\u2019un gar\u00e7on de vingt ans qui lui rappelle un fils perdu pendant la guerre. Et dans <em>Chronique des \u00e9v\u00e9nements amoureux <\/em>les destructions produites par la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale rendront impossibles les retrouvailles dans les maisons qui vont vu na\u00eetre l\u2019amour de Witold et Alina.<\/p>\n<p>Erreur tragique du retour car la vie est impermanence et chaque fois un drap fun\u00e8bre assombrit le film. D\u2019ailleurs le cimeti\u00e8re est un th\u00e8me r\u00e9current. La femme de Boleslav est enterr\u00e9e dans le bois de bouleaux. Fela est enterr\u00e9e hors du caveau familial. Le fant\u00f4me croise un soir Witold dans un bois et dit \u00eatre \u00e0 la recherche d\u2019un cimeti\u00e8re. Ce n\u2019est pas un hasard si <em>Les Demoiselles de Wilko<\/em> est d\u00e9di\u00e9 \u00e0 Jaroslaw Iwakiewicz, qui mourra en 1980 peu apr\u00e8s la sortie du film, et<em> Tatarak <\/em>l\u2019est \u00e0 la m\u00e9moire d\u2019Edouard Klosinki, l\u2019\u00e9poux d\u00e9funt de Krystyna Janda auquel l\u2019actrice consacre plusieurs monologues ajout\u00e9s \u00e0 la trame du film. Elle y \u00e9voque sa propre existence pendant la maladie de son mari. Dans ce bloc de <em>Tatarak<\/em> se manifeste avec le plus de nettet\u00e9 la tendance \u00e0 l\u2019introspection des personnages des quatre films.<\/p>\n<p>Entre le r\u00e9el d\u00e9cevant et la mort \u00e0 venir se glisse l\u2019espace du r\u00eave ou du moins de la r\u00eaverie \u00e9veill\u00e9e. Au moment de son agonie Stanislas se voit port\u00e9 sur son lit de mort dans le bois de bouleaux. Alina dit \u00e0 Witold avoir r\u00eav\u00e9 le retour de son p\u00e8re puis elle affirme \u00eatre m\u00e9dium et tout au long du film elle croit r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019appel d\u2019un songe. Et que dire du \u00ab\u00a0fant\u00f4me\u00a0\u00bb de <em>Chronique des \u00e9v\u00e8nements amoureux<\/em>\u00a0?<\/p>\n<p>Pour chacun des personnages, la musique semble le moyen le plus s\u00fbr d\u2019\u00eatre en accord avec soi-m\u00eame. Plaisir supr\u00eame, elle permet aussi d\u2019\u00e9chapper au d\u00e9senchantement du\u00a0 monde. Elle lib\u00e8re les personnages de leurs tensions et les autorise \u00e0 exprimer ce que les mots peinent \u00e0 dire. On s\u2019asseoit au piano pour jouer une m\u00e9lodie suave et surann\u00e9e, on soupire ou on s\u2019exalte. On y joue du piano comme d\u2019autres tiennent un journal intime. Parfois aussi on chante et danse mais le masque de l\u2019\u00e9nivrement n\u2019\u00e9loigne pas la menace de la m\u00e9lancolie. Et puis la biens\u00e9ance reprend ses droits.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019image de ces vies emp\u00eatr\u00e9es et presque finissantes les herbes, la gl\u00e8be, les champs, les jardins et les bois sont gorg\u00e9s d\u2019eau. Wajda\u00a0 environne les maisons d\u2019\u00e9tangs, de lacs et surtout de rivi\u00e8res. L\u2019espace visuel de ces films est celui de la fondri\u00e8re. \u00c0 cause d\u2019inondations la femme de Boleslav (<em>Le Bois de bouleaux<\/em>) n\u2019a pu \u00eatre enterr\u00e9e dans le cimeti\u00e8re et l\u2019est dans le bois de bouleaux. Dans le m\u00eame film Malina est asperg\u00e9e par son amant Michal, puis se baigne sous les yeux de Stanislas et s\u2019adonne \u00e0 quelques \u00e9treintes avec Boleslav dans une nature d\u00e9tremp\u00e9e. Tout le film est plac\u00e9 sous le signe d\u2019une eau tant\u00f4t funeste, tant\u00f4t bienfaisante, mais quoi qu\u2019il en soit envahissante. Dans ce film puis dans <em>Les Demoiselles de Wilko <\/em>un bac permet de joindre deux rives. Et c\u2019est bien s\u00f9r au bord d\u2019une rivi\u00e8re qu\u2019aura lieu le pique-nique avec Tunia. <em>Tatarak <\/em>commence pr\u00e9cis\u00e9ment par des images des <em>tatarak<\/em>, ces longues algues, la rencontre entre Marta et Bogus se produit sur un ponton et la mort du jeune homme par noyade a lieu dans une rivi\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin de <em>Chronique des \u00e9v\u00e8nements amoureux <\/em>Wajda polit l\u2019image du couple amoureux derri\u00e8re lequel coule une paisible rivi\u00e8re. Cette composition picturale d\u2019inspiration romantique est un leitmotiv. Ici, le cin\u00e9aste fait \u00e9clore son motif jusque l\u00e0 \u00e9bauch\u00e9 dans les films ant\u00e9rieurs. Apr\u00e8s avoir fait l\u2019amour pour la premi\u00e8re fois les deux adolescents entrent dans l\u2019eau jusqu\u2019aux genoux, tout habill\u00e9s. Cette immersion dans des eux lustrales prend des allures de c\u00e9r\u00e9monie pa\u00efenne. Elle rehausse aussi leur attachement sentimental. Alina dit\u00a0: \u00abPuisse la rivi\u00e8re rester sans p\u00e9ch\u00e9s\u00a0\u00bb Cette phrase \u00e0 la fois simple et solennelle met en m\u00e9moire ce beau vers de Pierre Reverdy\u00a0: <em>\u00ab\u00a0J\u2019irai laver mon coeur dans la rivi\u00e8re, comme un linge souill\u00e9 des rigueurs du destin.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>La pri\u00e8re d\u2019Alina, car c\u2019en est une, est une invitation \u00e0 croire en la beaut\u00e9 du monde. Rappelons que l\u2019intrigue a lieu en 1939 et que le film ne laisse aucun doute sur le d\u00e9clenchement de la guerre. Bien s\u00fbr, on peut voir dans cette sc\u00e8ne l\u2019ing\u00e9nuit\u00e9 des jeunes amants mais aussi et surtout la volont\u00e9 du cin\u00e9aste de nous dire aux creux de l\u2019oreille que l\u2019espoir est \u00e0 r\u00e9inventer en d\u00e9pit des revers de l\u2019existence. Au fil des quatre films Wajda montre des personnages dont on peut se demander si la fragilit\u00e9 apparente ne cache pas une force t\u00e9nue mais constante. Envers et contre ces roseaux discrets continuent de s\u2019enraciner dans la vie.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/MV5BNjM5OGVhOTEtNjY3NS00OTcyLThmNDUtNmNiZTExODY1ODNjXkEyXkFqcGdeQXVyODg0OTM4NTc@._V1_.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6749 alignleft\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/MV5BNjM5OGVhOTEtNjY3NS00OTcyLThmNDUtNmNiZTExODY1ODNjXkEyXkFqcGdeQXVyODg0OTM4NTc@._V1_-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/MV5BNjM5OGVhOTEtNjY3NS00OTcyLThmNDUtNmNiZTExODY1ODNjXkEyXkFqcGdeQXVyODg0OTM4NTc@._V1_-300x225.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/MV5BNjM5OGVhOTEtNjY3NS00OTcyLThmNDUtNmNiZTExODY1ODNjXkEyXkFqcGdeQXVyODg0OTM4NTc@._V1_-768x576.jpg 768w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/MV5BNjM5OGVhOTEtNjY3NS00OTcyLThmNDUtNmNiZTExODY1ODNjXkEyXkFqcGdeQXVyODg0OTM4NTc@._V1_.jpg 960w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Paradoxalement, le film le plus triste &#8211; <em>Le Bois de bouleaux<\/em> &#8211; est aussi le plus vital. Il court dans <em>Les Demoiselles de Wilko<\/em> un air de jouvence tardive et de m\u00e9lancolie douceureuse, mais pas vraiment d\u2019affliction.<em> Chronique des \u00e9v\u00e8nements amoureux <\/em>est port\u00e9 par l\u2019all\u00e9gresse et la na\u00efvet\u00e9 de ses jeunes protagonistes. La gravit\u00e9 de <em>Tatarak<\/em> est temp\u00e9r\u00e9e par la retenue et la dignit\u00e9 de Marta et de son mari m\u00e9decin. Mais rien ne freine le d\u00e9chirement de Boleslav dans <em>Le Bois de bouleaux. <\/em>Et pourtant, aux derni\u00e8res images film\u00e9es dans le bois on le voit monter \u00e0 cheval, lui qui avait abandonn\u00e9 l\u2019\u00e9quitation, avec la petite Ola assise devant lui. La mort de Stanislas l\u2019a assomm\u00e9 puis a caut\u00e9ris\u00e9 sa propre douleur d\u2019homme veuf.\u00a0 Apr\u00e8s avoir s\u00e9duit puis trahi la vie s\u2019en va. Puis revient. Boleslav enfin sourit. \u00c0 sa fille, \u00e0 la vie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ul>\n<li>Konrad J. Zarebski, <em>Les noces de cin\u00e9ma de Jaroslwaw Iwaskiewicz et Andrzej Wajda<\/em>, Positif, n\u00ba 588, f\u00e9vrier 2010, p 23-25.<\/li>\n<li>Chateaubriand, <em>M\u00e9moires d\u2019Outre-tombe, <\/em>Premi\u00e8re partie &#8211; Livre troisi\u00e8me &#8211; Chapitre 1 &#8211; Promenade &#8211; Apparition de Combourg.<\/li>\n<li>Adam Zagajewski, <em>La trahison, <\/em>Editions Fayard, 1993, p 114.<\/li>\n<li>Pierre Reverdy, <em>Sable mouvant, <\/em><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>QUATUOR DE LA DOULEUR DOUCE Positif, n\u00ba673, mars 2017, Dossier Andrzej Wajda, 60 ans de cin\u00e9ma de G\u00e9n\u00e9ration \u00e0 Fleurs bleues, p 101-103 De ses tout premiers films Kanal (1957), Cendres et diamants (1958) et Lotna (1959) jusqu\u2019\u00e0 quelques uns de ses derniers dont Katyn (2007) et L\u2019homme du peuple (2013), les tourments de l\u2019Histoire [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":6724,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[9],"tags":[373,374,375,376],"class_list":["post-6723","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-cine-europeo","tag-adam-zagajewski","tag-andrzej-wajda","tag-daniel-olbrychski","tag-jaroslaw-iwaskiewicz"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6723","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6723"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6723\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6900,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6723\/revisions\/6900"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6724"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6723"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6723"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6723"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}