{"id":6432,"date":"2020-10-10T14:36:11","date_gmt":"2020-10-10T14:36:11","guid":{"rendered":"https:\/\/florealpeleato.com\/?p=6432"},"modified":"2020-10-10T14:36:11","modified_gmt":"2020-10-10T14:36:11","slug":"lhomme-sauvage-un-monde-de-traces-effacees-par-le-vent","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/lhomme-sauvage-un-monde-de-traces-effacees-par-le-vent\/","title":{"rendered":"L&rsquo;Homme sauvage, un monde de traces effac\u00e9es par le vent"},"content":{"rendered":"<p>Autrefois, d\u00e8s l\u2019\u00e2ge de cinq ans un gar\u00e7on apache devait \u00eatre capable de parcourir pieds nus une longue distance la bouche pleine d\u2019eau sans en perdre une goutte, sous peine de recommencer jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ext\u00e9nuation ou d\u2019obtenir enfin le respect des adultes. Il vivait dans des contr\u00e9es qualifi\u00e9es de \u00ab\u00a0pistes de grande sauvagerie\u00a0\u00bb par les trappeurs fran\u00e7ais en partance pour les rives du Mississipi, les Plaines centrales puis le Sud-Ouest des futurs \u00c9tats-Unis. Le monde \u00e9tait sauvage, pas ses habitants, et si par extension on les nommait \u00ab\u00a0sauvages\u00a0\u00bb ce n\u2019\u00e9tait pas tant qu\u2019ils fussent primitifs mais plut\u00f4t que la \u00ab\u00a0sauvagerie\u00a0\u00bb \u00e9tait la condition de leur survie dans une nature insoumise.<\/p>\n<p>Dans le western le guerrier apache est un \u00e2pre rodeur dont les attaques sont foudroyantes. Sa petite taille, ses chairs maigres, ses yeux enfonc\u00e9s, sa peau sombre et la simplicit\u00e9 de son accoutrement emp\u00eachent de l\u2019id\u00e9aliser. Selon notre imaginaire il est un loup humain endurci par les incl\u00e9mences. M\u00eame son m\u00e9pris de la mort manque d\u2019\u00e9l\u00e9vation, on y voit plut\u00f4t l\u2019aveu d\u2019une morale sommaire. \u00c0 l\u2019\u00e9cran, nulle rutilance de la couleur ne saurait effacer son aspect gris, terne, terreux. C\u2019est un prol\u00e9taire rebelle, pas un prince des barricades. Comme le pl\u00e9b\u00e9ien romain trop pauvre pour payer des imp\u00f4ts il n\u2019a pour seul bien que sa \u00ab\u00a0prole\u00a0\u00bb, ses enfants.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/v5vxfncumomd8vyh_1593792892.jpeg\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6434 alignright\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/v5vxfncumomd8vyh_1593792892-300x171.jpeg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"171\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/v5vxfncumomd8vyh_1593792892-300x171.jpeg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/v5vxfncumomd8vyh_1593792892-1024x585.jpeg 1024w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/v5vxfncumomd8vyh_1593792892-768x439.jpeg 768w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/v5vxfncumomd8vyh_1593792892.jpeg 1242w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>\u00a0A la fin\u00a0des ann\u00e9es soixante l\u2019Apache prom\u00e9th\u00e9en brandit les armes pour se lib\u00e9rer des cha\u00eenes du colonianisme. Puisque dans <em>L\u2019Homme sauvage<\/em> (1968) il est invisible lui attribuer une r\u00e9flexion politique serait abusif. N\u00e9anmoins, sa r\u00e9solution est celle d\u2019un guerrillero pr\u00eat \u00e0 mourir en martyr. Peut-\u00eatre Robert Mulligan n\u2019en a-t-il pas \u00e9t\u00e9 pas conscient, pourtant les inadapt\u00e9s chers au sc\u00e9nariste Alvin Sargent \u00e9taient des fr\u00e8res de coeur des r\u00e9fractaires men\u00e9s par le cin\u00e9aste sur la voie de la probit\u00e9.\u00a0 L\u2019\u00e9claireur Sam Varner (Gr\u00e9gory Peck), sur le point de prendre sa retraite, est lui aussi un homme de principes aussi simples que fermes. Au d\u00e9but du film un officier lui propose de prolonger pendant un an son engagement, mais son refus courtois t\u00e9moigne de la capacit\u00e9 \u00e0 dire \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb de certains personnages film\u00e9s par Mulligan.<\/p>\n<p>Sargent conserve du roman de Theodore V. Olsen le nom de\u00a0 Salvaje\/Savage pour le personnage du guerrier apache qui poursuit sans tr\u00eave Sam Varner. Celui-ci doit accompagner Sarah (Eva Marie Saint), l\u2019\u00e9pouse blanche de l\u2019indien fantomatique et son fils \u00a0m\u00e9tis vers une gare o\u00f9 ils prendront un train. Lors d\u2019une capture d\u2019Apaches \u00a0\u00e9loign\u00e9s de leur r\u00e9serve m\u00e8re et fils ont \u00e9t\u00e9 \u00a0\u00ab\u00a0rescap\u00e9s\u00a0\u00bb par l\u2019arm\u00e9e et sont appel\u00e9s \u00e0 vivre d\u00e9sormais parmi les blancs. Salvaje veut, co\u00fbt que co\u00fbte, retrouver la \u00ab\u00a0prole\u00a0\u00bb qui lui a \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9e. Dernier bastion de sa dignit\u00e9 bafou\u00e9e par les Am\u00e9ricains le fils est pour lui est un enjeu vital.<\/p>\n<p>Si l\u2019Apache ici ne parle pas c\u2019est qu\u2019il appartient \u00e0 un monde de traces \u00e0 d\u00e9chiffrer. Sam Varner conna\u00eet aussi le sens de ces fr\u00e9missements imprim\u00e9s dans la terre. Il ne cesse de traquer le moindre signe annonciateur de la venue du guerrier dont il est l\u2019\u00e9gal et peut-\u00eatre le double. D\u2019ailleurs, d\u00e8s les tout premiers plans du film il court avec l\u2019aisance d\u2019un indien entre les rochers du petit canyon. Nick, le jeune \u00e9claireur m\u00e9tis qu\u2019il a form\u00e9, recourt aussi \u00e0 ce langage enrichi par l\u2019observation. Il surprend l\u2019enfant apache qui l\u2019\u00e9pie du haut d\u2019un rocher puis \u00e0 son tour est surpris par Sam Varner. \u00a0Chacun d\u2019eux se fond dans un milieu naturel o\u00f9 les sens aux aguets et le silence prot\u00e8gent. Malgr\u00e9 eux, la rar\u00e9faction de la parole les oppresse parfois. Comme on manque d\u2019air, on manque de mots. Apr\u00e8s plusieurs jours pass\u00e9s dans son ranch du Nouveau Mexique Sam Varner dit \u00e0 Sarah qu\u2019elle a tout loisir pour dire <em>\u00ab\u00a0Pass the meat, pass the peas, give me the salt.\u00a0\u00bb<\/em> Elle r\u00e9pond\u00a0: <em>\u00ab\u00a0It\u2019s not easy to me to talk\u2026 it\u2019s been a long time\u2026 since I have talked\u2026\u201d <\/em>Apr\u00e8s avoir v\u00e9cu une dizaine d\u2019ann\u00e9es au moins parmi les Apaches, elle peine \u00e0 retrouver l\u2019usage de la langue anglaise, mais ne montre pas plus de plaisir \u00e0 s\u2019adresser en apache \u00e0 son fils, lequel reste plong\u00e9 dans le mutisme, sans que cela ne suscite de r\u00e9action de la part de l\u2019\u00e9claireur. Dans l\u2019immense caisse de r\u00e9sonnance \u00e0 ciel ouvert qu\u2019est leur environnement, chacun s\u2019accoutume \u00e0 ce que les gestes tiennent lieu de parole.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/20592_1.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6435 alignleft\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/20592_1-300x169.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/20592_1-300x169.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/20592_1.jpg 728w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Cette difficult\u00e9 \u00e0 parler caract\u00e9rise certains personnages cr\u00e9\u00e9s avec brio par Sargent (<em>Le Pays de la violence, Julia, Le r\u00e9cidiviste, Des gens ordinaires, <\/em>et quelques collaborations avec Sydney Pollack non cr\u00e9dit\u00e9es hormis <em>Bobby Deerfield,<\/em>). Il n\u2019est gu\u00e8re attir\u00e9 par le laconisme h\u00e9ro\u00efque, bard\u00e9 de hi\u00e9ratisme, auquel Gary Cooper, John Wayne ou Randolph Scoot nous avaient habitu\u00e9s, il pr\u00e9f\u00e8re plut\u00f4t ciseler une parole h\u00e9sitante et contrari\u00e9e. \u00a0Dans <em>Des gens ordinaires <\/em>un personnage disait ceci\u00a0: <em>\u201cWhy is it so hard\u2026 the first time you talk to somebody?\u201d\u00a0<\/em>Dans <em>L\u2019Homme sauvage <\/em>cette p\u00e9trification de la parole trouve un \u00e9cho visuel dans la min\u00e9ralisation du monde de l\u2019Ouest saisie par Mulligan. Lorsqu\u2019au d\u00e9but du film le d\u00e9tachement de cavalerie voit un charriot renvers\u00e9 et les corps laiss\u00e9s sans vie par Salvaje, le cin\u00e9aste filme en plan large l\u2019enfant \u00e0 cheval, assis derri\u00e8re sa m\u00e8re. Le petit apache murmure un mot que le spectateur n\u2019entend pas, c\u2019est \u00e0 peine si l\u2019on voit bouger ses l\u00e8vres. D\u2019autres r\u00e9alisateurs auraient souhait\u00e9 un plan rapproch\u00e9 pour obtenir un crescendo dramatique ou indiquer au moins une intention, pas Mulligan. Plus tard, Sam Varner ne dit rien quand Sarah lui apprend que leur poursuivant est le p\u00e8re de son enfant. Elle ne dit mot quand l\u2019\u00e9claireur lui propose sur le quai de la gare de renoncer \u00e0 voyager vers l\u2019Est pour le suivre dans son ranch au Nouveau Mexique. Et le silence persiste au moment o\u00f9 il revient avec le fusil de Nick, tu\u00e9 par Salvaje. Cet appauvrissement de la parole n\u2019est pas le fait d\u2019\u00eatres secs mais us\u00e9s par la vie.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/2.png\"><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6436 alignleft\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/2-300x128.png\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"128\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/2-300x128.png 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/2-1024x435.png 1024w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/2-768x326.png 768w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/2.png 1280w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>La \u00a0phrase au bord du ridicule r\u00e9p\u00e9t\u00e9e par Sam Varner pendant la sc\u00e8ne du repas \u2013 <em>\u00abPass the peas\u00a0\u00bb<\/em> \u2013 exprime chez cet homme rude un besoin de partage affectif. \u00c0 l\u2019image d\u2019autres personnages de Mulligan, le vieil \u00e9claireur suit un mouvement de balancier\u00a0: tant\u00f4t une force le pousse vers les autres, tant\u00f4t elle le retient. Mais il n\u2019est pas le seul. \u00c0 la fin de la sc\u00e8ne du repas le metteur en sc\u00e8ne prend une d\u00e9cision \u00e9tonnante\u00a0: Sarah l\u00e8ve l\u00e9g\u00e8rement les yeux vers Sam Varner. Alors que la majorit\u00e9 des r\u00e9alisateurs aurait maintenu ce plan deux ou trois secondes de plus pour donner \u00e0 voir la naissance d\u2019un lien qui se tisse entre l\u2019homme et la femme, ou aurait ins\u00e9r\u00e9 un plan rapproch\u00e9 du visage de Sarah, voire aurait opt\u00e9 pour un champ-contrechamp, Mulligan, comme sous l\u2019effet d\u2019une pudeur extr\u00eame, \u00e0 la limite de la g\u00eane, choisit un fondu-encha\u00een\u00e9 qui nous prive des yeux bleus de Sarah.<\/p>\n<p>L\u2019absence r\u00e9p\u00e9t\u00e9e de regards \u00e9chang\u00e9s voue les personnages \u00e0 subir l\u2019\u00e9treinte de la solitude. \u00c0 son tour le petit apache lui aussi vivra seul, malgr\u00e9 la tendresse que pourront lui prodiguer sa m\u00e8re et Sam Varner. Orphelins sont aussi les enfants d\u2019Atticus Finch (<em>Du silence et des ombres<\/em>, 1962) et les jumeaux (<em>L\u2019autre<\/em>, 1972), et les jeunes adultes qui traversent d\u2019autres films de Mulligan sont bless\u00e9s au plus profond d\u2019eux-m\u00eames. Orphelin encore, Alvin Sargent dont le p\u00e8re s\u2019est suicid\u00e9 lorsqu\u2019il \u00e9tait enfant.<\/p>\n<p>Le silence peut \u00eatre l\u2019apanage de celui qui sait la parole aussi rare et pr\u00e9cieuse que l\u2019eau dans le d\u00e9sert. Il est aussi le signe d\u2019une alliance. \u00a0<em>\u00ab\u00a0Il disait que les choses qu\u2019ils faisaient, ces Indiens d\u2019autrefois, c\u2019\u00e9tait rien d\u2019autre que d\u2019apprendre \u00e0 vivre avec ce myst\u00e8re. Pas \u00e0 le r\u00e9soudre, pas s\u2019y attaquer, pas m\u00eame chercher \u00e0 le deviner. Juste \u00eatre avec.\u00a0\u00bb <\/em>\u00e9crit le romancier canadien Richard Wagamese dans <em>Les \u00e9toiles s\u2019\u00e9teignent \u00e0 l\u2019aube<\/em>. \u00a0Au commencement il y eut le myst\u00e8re, le silence et puis vint la parole. La lune \u00e0 l\u2019aff\u00fbt, \u2013 <em>The Stalking Moon \u2013<\/em>, puisque c\u2019est le titre original du film et du roman dont il est tir\u00e9, scelle le pacte entre l\u2019Indien et les puissances obscures. <em>\u00ab\u00a0Never seen&#8230; nothing&#8230; like him.\u00a0\u00bb <\/em>n\u2019est-il pas le dernier mot de l\u2019homme qui meurt dans les bras de Sam Varner apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 abattu par Salvaje\u00a0?<\/p>\n<p>C\u2019est bien la permanence de ce myst\u00e8re perceptible dans l\u2019\u00e9veil d\u2019une pens\u00e9e coul\u00e9e dans le geste auquel Robert Mulligan consacre ce film sans ascendance apparente ni descendance. <em>L\u2019Homme sauvage <\/em>d\u00e9concerte autant les amateurs de westerns, auquel il semble d\u00e9dramatis\u00e9, que les spectateurs \u00e0 la recherche d\u2019une th\u00e9matique d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0auteur\u00a0\u00bb. Il est trop convenu pour les amateurs de modernit\u00e9 d\u00e9clar\u00e9e et il est vrai que la trame t\u00e9nue n\u2019a rien de neuf. Il est trop \u00e9trange, autant que le sera <em>The Nickel Ride <\/em>(1974) dans le domaine du film noir,\u00a0 pour les nostalgiques d\u2019un classicisme ouat\u00e9, atout certain de <em>Du silence et des ombres <\/em>qui garantit sa popularit\u00e9. Il est trop lent pour les personnes \u00e9prises de suspense, trop elliptique pour les esprits en qu\u00eate d\u2019explications, trop isol\u00e9 pour devenir un \u00e9tendard.<\/p>\n<p>Comment appr\u00e9hender ce style si concert\u00e9 et pourtant si \u00e9vasif qu\u2019on le dirait ex\u00e9cut\u00e9 \u00e0 la d\u00e9rob\u00e9e\u00a0? Chaque s\u00e9quence donne l\u2019impression qu\u2019en cours de tournage puis au montage le dialogue a \u00e9t\u00e9 \u00e9lagu\u00e9 pour se concentrer sur la composition des plans. Leur picturalit\u00e9 n\u2019est pas au service de la belle ouvrage mais de l\u2019intensit\u00e9 \u00e9motionnelle. On\u00a0 per\u00e7oit une tension entre l\u2019action d\u00e9ploy\u00e9e face \u00e0 nous et le deuxi\u00e8me ou le troisi\u00e8me plan visuel. \u00a0Mulligan abr\u00e8ge les moments o\u00f9 l\u2019oeil pourrait fl\u00e2ner sur l\u2019\u00e9cran, si bien que le film encha\u00eene les sc\u00e8nes avec rapidit\u00e9 tout en \u00e9vitant l\u2019emballement. La \u00a0v\u00e9g\u00e9tation vigoureuse mais rare appelle ces plans peu nombreux film\u00e9s de loin, et si ils sont en mouvement ils sont aussi discrets que les d\u00e9placements des personnages.<\/p>\n<p>Les travellings durent quelques secondes. De prime abord inutiles ils pr\u00e9servent au contraire l\u2019\u00e9lan de mani\u00e8re simple. En voici un exemple. Lorsque Salvaje menace les habitants du ranch Sam Varner sort pour riposter un fusil \u00e0 la main. Afin d\u2019\u00e9viter les d\u00e9tonations il longe la b\u00e2tisse en bois puis franchit l\u2019angle droit qui unit le c\u00f4t\u00e9 et la fa\u00e7ade principale et se r\u00e9fugie devant le mur suivant. La cam\u00e9ra accompagne ses enjamb\u00e9es avec fluidit\u00e9 alors qu\u2019un plan fixe et frontal pourrait le montrer avant qu\u2019il ne d\u00e9passe l\u2019angle de la charpente puis pourrait \u00eatre suivi d\u2019un recadrage en plan serr\u00e9 du protagoniste. Ces brefs travellings apportent au film le tempo lent et soutenu d\u2019un ostinato, en accord avec le caract\u00e8re obsessionel recherch\u00e9 par Mulligan qui \u00e0 cette fin s\u2019abstreint \u00e0 une monotonie subtile guid\u00e9e par le go\u00fbt de la justesse et le besoin d\u2019affermir l\u2019impulsion dramatique.<a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/7b3632db0d8392213f3a07c82adb5c22.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6438 alignright\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/7b3632db0d8392213f3a07c82adb5c22-300x223.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"223\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/7b3632db0d8392213f3a07c82adb5c22-300x223.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/7b3632db0d8392213f3a07c82adb5c22.jpg 600w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p>On assiste dans <em>L\u2019Homme sauvage<\/em> \u00e0 la rencontre entre, du c\u00f4t\u00e9 de la face lisse, la clart\u00e9 du r\u00e9cit, la concision du montage, la sobri\u00e9t\u00e9 de l\u2019interpr\u00e9tation et, sur la face d\u00e9polie, une \u00e9nergie min\u00e9e par la m\u00e9lancolie. \u00a0Sam Varner se sait seul, mais ne se sent pas triste. Malgr\u00e9 l\u2019adversit\u00e9 sa droiture morale l\u2019aide \u00e0 vivre sans h\u00e2te ni faux pas. On peut imaginer Mulligan marcher \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s. Si il fut capable de se retirer sans fracas ni rancoeur apr\u00e8s l\u2019insucc\u00e8s <em>d\u2019Un \u00e9t\u00e9 en Lousiane <\/em>(1991), c\u2019est que la dignit\u00e9 l\u2019emportait sur l\u2019orgueil. Chez certains artistes le style s\u2019\u00e9panouit lorsque s\u2019apaisent les blessures. Il se fonde alors sur le renoncement au panache, non sur une affirmation de soi. Et ce qui aura les atours d\u2019une modestie excessive sera dict\u00e9 par l\u2019exigence. En surface, le style c\u2019est une esth\u00e9tique\u00a0; en profondeur, il est le fruit d\u2019une pens\u00e9e. Celle de Mulligan se distingue ici par une hauteur de vue atteinte seulement par les plus grands. L\u2019homme, peu disert, est de ceux dont John\u00a0 Cowper Powys \u00e9crit dans <em>Le vent qui fait frissoner l\u2019herbe\u00a0<\/em>:<em> \u00ab\u00a0Le vent qui fait frissonner l\u2019herbe \u00e0 son gr\u00e9 va et vient. Certains sont n\u00e9s pour accueillir\u00a0 son message, d\u2019autres pour le refuser. Chez ceux qui sont n\u00e9s pour l\u2019accueillir, on per\u00e7oit un \u00e9trange d\u00e9tachement des consolations d\u2019ici-bas.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Art\u00edculo publicado en septiembre de 2020 en el n\u00ba 715 de la revista de cine Positif sobre \u00ab\u00a0La noche de los gigantes\/The Stalking Moon\/L&rsquo;Homme sauvage\u00a0\u00bb (1968) el \u00fanico western dirigido por Robert Mulligan.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":6433,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[7],"tags":[228,229,230],"class_list":["post-6432","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-cine-americano","tag-eva-maria-saint","tag-gregory-peck","tag-robert-mulligan"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6432","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6432"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6432\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6433"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6432"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6432"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6432"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}