{"id":6300,"date":"2017-12-11T19:23:21","date_gmt":"2017-12-11T19:23:21","guid":{"rendered":"http:\/\/florealpeleato.com\/?p=6300"},"modified":"2017-12-11T19:23:21","modified_gmt":"2017-12-11T19:23:21","slug":"le-baiser-de-saturne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/le-baiser-de-saturne\/","title":{"rendered":"Le baiser de Saturne"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Art\u00edculo publicado en el n\u00ba 556 de Positif (junio de 2007)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La m\u00e9lancolie accorde des clart\u00e9s \u00e0 l\u2019homme ab\u00eem\u00e9 dans la contemplation d\u2019une image fixe. Gr\u00e2ce \u00e0 une concentration qui est moins l\u2019effet de la volont\u00e9 que de son abandon l\u2019invisible devient intelligible. Combien de fois n\u2019a-t-on vu au cin\u00e9ma un personnage plong\u00e9 dans le ressouvenir procur\u00e9 par un album de photographies, un dessin, un portrait, une lettre, une partition\u00a0? Leur disparition confirme la fugacit\u00e9 de nos vies, ainsi lorsque dans <em>Fellini Roma <\/em>(1972) les peintures rupestres longtemps cach\u00e9es aux hommes s\u2019effa\u00e7ent au contact de la lumi\u00e8re et de l\u2019air notre regard qui les profane reste \u00e0 la lisi\u00e8re de l\u2019ineffable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Nul breuvage n\u2019apaise le sujet tout \u00e0 sa douleur dont il tire quelque fiert\u00e9 si, comme l\u2019affirme Novalis, elle est<em> \u00ab\u00a0un souvenir de notre haut rang\u00a0\u00bb(<\/em>1). De l\u00e0 le plaisir aristocratique conf\u00e9r\u00e9 par la conviction que l\u2019esprit demeure dans ce qui a \u00e9t\u00e9, plus encore s\u2019il s\u2019agit d\u2019une oeuvre d\u2019art. Le personnage est un \u00e9lu autant qu\u2019un exclu\u00a0; c\u2019est un voyant dolent, \u00a0un homme m\u00fbr ou meurtri avant l\u2019heure, cultiv\u00e9, br\u00fbl\u00e9 par quelque humeur sombre. L\u2019homme devant le tableau est le confident de l\u2019auteur qui par son biais nous livre sa conception de l\u2019art.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/la-prima-notte-di-quiete.png\" rel=\"attachment wp-att-6299\"><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6299 alignleft\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/la-prima-notte-di-quiete-300x161.png\" alt=\"la-prima-notte-di-quiete\" width=\"300\" height=\"161\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/la-prima-notte-di-quiete-300x161.png 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/la-prima-notte-di-quiete-768x412.png 768w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/la-prima-notte-di-quiete.png 965w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Cependant qu\u2019un bal c\u00e9l\u00e8bre l\u2019union sentimentale et sociale de Tancr\u00e8de et Ang\u00e9lique (<em>Le gu\u00e9pard<\/em>, 1963) le prince Salinas anticipe ses derniers soubresauts face au <em>Fils puni <\/em>de Greuze \u00e9plor\u00e9 devant le lit du p\u00e8re agonisant.\u00a0 Courtiser la mort, voici qui est propre d\u2019un temp\u00e9rament saturnien. Il n\u2019y a pas de r\u00e9el dialogue face \u00e0 un tableau de sorte que les nouveaux \u00e9poux ne peuvent que momentan\u00e9ment d\u00e9tourner le prince de sa consomption. Ce n\u2019est pas tant sa m\u00e9moire personnelle qui affleure alors qu\u2019un h\u00e9ritage culturel s\u00e9diment\u00e9 au fil des si\u00e8cles. Le tableau est un oracle gr\u00e2ce auquel le prince, habitu\u00e9 \u00e0 observer les \u00e9toiles, s\u2019interroge non pas sur son existence mais sur le sens des vies ench\u00e2ss\u00e9s l\u2019une dans l\u2019autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans <em>Le professeur<\/em> (1972) de Zurlini Daniele Dominici, bourgeois qui renie sa haute naissance, soliloque devant la \u00a0<em>Madonna<\/em><em> del parto <\/em>command\u00e9e \u00e0 Piero della Francesca par la communaut\u00e9 paysanne de Monterchi. Il va et vient devant la femme tut\u00e9laire qui guide son introspection. Elle lui semble moins heureuse qu\u2019absorb\u00e9e par le myst\u00e8re de la vie qui cro\u00eet en elle. L\u2019on devine chez ce dandy d\u00e9sabus\u00e9 \u00a0un \u00e9loge de la puret\u00e9 et de la simplicit\u00e9 perdue, d\u2019autant que l\u2019accompagne une jeune femme dissolue que son amour ne peut r\u00e9dimer.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/960__nostalghia.jpg\" rel=\"attachment wp-att-6304\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6304 alignleft\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/960__nostalghia-300x178.jpg\" alt=\"960__nostalghia\" width=\"300\" height=\"178\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/960__nostalghia-300x178.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/960__nostalghia-768x454.jpg 768w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/960__nostalghia.jpg 960w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le taciturne Gortchakov craint dans <em>Nostalghia<\/em> (1983) de franchir le seuil de l\u2019\u00e9glise o\u00f9 se trouve la m\u00eame Vierge gravide.(2) Eugenia qui a travers\u00e9 avec lui la moiti\u00e9 de l\u2019Italie assiste \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie des femmes qui d\u00e9posent devant la madone une statue de la Vierge. Tarkovski filme ensuite un magnifique encha\u00eenement de trois plans. D\u2019abord un gros plan d\u2019Eugenia dont le regard est happ\u00e9 par le tableau, puis le visage de la madone jusque l\u00e0 aper\u00e7ue de loin, enfin le regard int\u00e9rieur de Gortchakov film\u00e9 en noir et blanc dans un ailleurs situ\u00e9 entre la r\u00eaverie et le souvenir qui semble instaurer un dialogue muet avec la <em>Madonna<\/em>. Pour Daniele Dominici et Gortchakov l\u2019accoutumance m\u00e9lancolique adoucit le regret d\u2019un temps r\u00e9volu o\u00f9 la spiritualit\u00e9 emplissait une vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>Le songe de la lumi\u00e8re<\/em> (1992) montre Antonio L\u00f3pez qui devise dans son atelier avec un ami \u00e9galement peintre devant une reproduction du <em>Jugement dernier<\/em>. Les deux hommes aux abords de la soixantaine remarquent que Michel-Ange s\u2019est peint, plus ou moins au m\u00eame \u00e2ge, sous les traits de Saint Barth\u00e9l\u00e9my. Peu avant la fin du film Antonio L\u00f3pez renonce \u00e0 peindre et m\u00eame \u00e0 dessiner les coings de son jardin. Il se couche sur un lit tandis que sa femme le peint dans une position qui rappelle celle d\u2019un mort. Il choisit de tenir \u00e0 la main une photographie en noir et blanc d\u2019un temple grec qu\u2019il a visit\u00e9 lorsqu\u2019il \u00e9tait jeune. Puis il s\u2019endort. Sa femme le laisse seul. Commence alors la s\u00e9quence du r\u00eave. L\u2019on voit l\u2019ombre de la cam\u00e9ra dans le jardin o\u00f9 des coings \u00e9pars se fl\u00e9trissent, quelques toiles et bustes r\u00e9alis\u00e9s par l\u2019artiste et son visage baign\u00e9 dans une lumi\u00e8re bleut\u00e9e. Sa voix en off \u00e9voque la fermentation des coings durant son enfance \u00e0 Tomelloso, une lumi\u00e8re surgie d\u2019un au-del\u00e0 qui n\u2019est ni celle de l\u2019aurore ni celle du cr\u00e9puscule, quelque chose qu\u2019il est peut-\u00eatre seul \u00e0 percevoir. Go\u00fbter aux cendres du temps, r\u00eaver parmi des ruines, revenir vers l\u2019enfance, voil\u00e0 bien des obsessions saturniennes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La m\u00e9lancolie point d\u2019autant mieux que l\u2019artiste admir\u00e9 a v\u00e9cu il y a fort longtemps. A l\u2019\u00e9cran il est rare de voir un homme s\u2019\u00e9mouvoir devant une oeuvre de son \u00e9poque, \u00e0 moins qu\u2019il ne soit un \u00e9clair\u00e9, parfois porte-parole de l\u2019auteur. Nous l\u2019acceptons dans <em>Andr\u00e9i Roublev<\/em> (1966) lorsque le moine Cyrille rend visite \u00e0 Th\u00e9ophane le grec parce que la plupart des spectateurs ne sauraient distinguer une ic\u00f4ne du onzi\u00e8me, du treizi\u00e8me ou du quinzi\u00e8me si\u00e8cle et parce que l\u2019artisanat d\u2019un peintre m\u00e9di\u00e9val invite \u00e0 l\u2019humilit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il en va autrement si l\u2019artiste est contemporain de la production offerte au regard. Dans <em>Edvard Munch <\/em>(1973) l\u2019\u00eatre silencieux qui dans ses carnets s\u2019exprime \u00e0 la troisi\u00e8me personne vit tel un fant\u00f4me parmi une boh\u00eame souffrante. Face \u00e0 <em>L\u2019enfant malade<\/em> pour lequel le peintre a souhait\u00e9 transcender la r\u00e9alit\u00e9 afin d\u2019atteindre \u00e0 l\u2019\u00e9motion, les conservateurs peuvent en appeler au scandale, les fragments des toiles film\u00e9es s\u2019ins\u00e8rent dans le montage non lin\u00e9aire\u00a0 pour condamner leur m\u00e9diocrit\u00e9. Cette m\u00e9lancolie en morceaux nous soumet \u00e0 examen, en particulier le troisi\u00e8me autoportrait dont le narrateur nous dit qu\u2019il est d\u00e9fiant. <a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/edvard-munch-biopic.jpeg\" rel=\"attachment wp-att-6303\"><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6303 alignright\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/edvard-munch-biopic-300x194.jpeg\" alt=\"edvard-munch-biopic\" width=\"300\" height=\"194\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/edvard-munch-biopic-300x194.jpeg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/edvard-munch-biopic-1024x664.jpeg 1024w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/edvard-munch-biopic-768x498.jpeg 768w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/edvard-munch-biopic-1536x996.jpeg 1536w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/edvard-munch-biopic.jpeg 1600w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019image qui nous regarde tend \u00e0 introduire une intention symbolique ou pour le moins une interrogation. Que ce soit Munch scrutant son visage peint, un inqui\u00e9tant portrait gothique, une sc\u00e8ne de genre dans un <em>saloon<\/em>, la f\u00e9conde lign\u00e9e des femmes d\u00e9funtes ou d\u00e9doubl\u00e9es, Gertrud d\u00e9chir\u00e9e par les chiens ou le s\u00e9v\u00e8re regard qui habite le salon de Thierry (<em>Coeurs<\/em>, 2006). <em>Rendez-vous \u00e0 Bray<\/em> (1971) narre la d\u00e9ambulation de Julien auquel son ami Jacques mobilis\u00e9 sur le front, l\u2019action a lieu en 1917, a donn\u00e9 rendez-vous au domaine isol\u00e9 de La Fougeraie o\u00f9 l\u2019accueille une \u00e9trange servante. Lors de son d\u00eener solitaire le jeune pianiste voit son reflet dans un miroir qui lui fait face et soudain il d\u00e9couvre stup\u00e9fait le tableau pr\u00e9rapha\u00e9lite de Burn-Jones intitul\u00e9 <em>Le roi Coph\u00e9tua et la mendiante<\/em>. Bien qu\u2019il soit assez r\u00e9cent il d\u00e9crit une l\u00e9gende d\u2019un Moyen-\u00c2ge id\u00e9alis\u00e9. Delvaux aurait pu ne pas en r\u00e9f\u00e9rer au chaste roi gagn\u00e9 \u00e0 l\u2019amour \u00e0 la vue d\u2019une humble femme, en composant une suite somnambulique de rimes picturales il autorise nos interpr\u00e9tations. Dans de nombreux films n\u00e9anmoins la signification s\u2019estompe derri\u00e8re un signe opaque. Juste avant que ne commence le c\u00e9l\u00e8bre avant-dernier plan de son film <em>Profession\u00a0: reporter <\/em>(1975) hant\u00e9 par la d\u00e9sertification Antonioni filme sans raison apparente le petit paysage fluvial plac\u00e9 au dessus du lit apr\u00e8s que David Locke a racont\u00e9 \u00e0 la jeune femme la fable de l\u2019aveugle. Si ce plan n\u2019existait pas l\u2019\u00e9tranget\u00e9 de la sc\u00e8ne en serait amoindrie. Cet oeil fixe fait \u00e9cho au geste de l\u2019homme noir qui dans une sc\u00e9ne ant\u00e9rieure tourne la cam\u00e9ra vers le reporter. Ici la m\u00e9lancolie provient d\u2019un espace off inconnaissable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019homme devant le tableau est le pendant d\u2019un motif bien connu, la femme devant le miroir. L\u2019homme lui s\u2019y voit \u00e0 la d\u00e9rob\u00e9e avant de prendre le chemin de l\u2019exil, du duel, de la prison, du rituel ou de dire adieu \u00e0 la vie. Dans <em>Le gu\u00e9pard <\/em>le prince Salinas est pris d\u2019un l\u00e9ger malaise \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un miroir avant de s\u2019isoler dans la biblioth\u00e8que puis c\u2019est apr\u00e8s s\u2019\u00eatre regard\u00e9 dans une glace des toilettes qu\u2019il quitte le bal. Est-ce \u00e0 dire que les cin\u00e9astes h\u00e9sitent \u00e0 placer la femme devant un tableau\u00a0? Tel semble \u00eatre le cas. La jeune femme peintre des <em>Amants du Pont-Neuf <\/em>(1991) admire une derni\u00e8re fois au Louvre un autoportrait de Rembrandt avant de perdre la vue.\u00a0 Il est regrettable qu\u2019aucun plan de Mich\u00e8le ne succ\u00e8de au plan frontal de la toile. L\u2019absence de relation entre la femme et le tableau prive la sc\u00e8ne de son potentiel m\u00e9lancolique. Que reste-t-il\u00a0? Une aimable citation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/shining-movie.png\" rel=\"attachment wp-att-6302\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6302 alignright\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/shining-movie-300x169.png\" alt=\"shining-movie\" width=\"300\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/shining-movie-300x169.png 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/shining-movie.png 600w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>La fiction se nourrit de l\u2019authentification du r\u00e9el produit par la photographie mais parfois celle-ci contredit ce postulat. Dans <em>Shining <\/em>(1980) les plans finaux du bal du 04 juillet c\u00e9l\u00e9br\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4tel Overlook en 1921 annihilent notre ancrage temporel. Les trois plans de cette photographie suffisent \u00e0 nous convaincre que d\u00e8s le d\u00e9part Jack Torrance nous menait sur l\u2019\u00eele des morts. Leur effet narcotique nous emprisonnent dans la spirale d\u2019un sortil\u00e8ge. L\u2019improbable a eu lieu, peut-\u00eatre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">A la fin de <em>Charulata <\/em>(1964) Bhupati surprend les pleurs de\u00a0 sa femme qui aime son cousin Amal. Celui-ci a quitt\u00e9 le couple puisque l\u2019adult\u00e8re ne peut \u00eatre consomm\u00e9. Bhupati est abattu. Il sort. Il revient. Ray filme alors six superbes arr\u00eats sur images : la main de Bhupati qui h\u00e9site \u00e0 s\u2019approcher de celle de Charulata, le visage de Charulata, celui de Bhupati, le serviteur et sa lampe, le mari et la femme unis par leurs mains, le couple vu de loin dans la galerie. La d\u00e9chirure, l\u2019\u00e9loignement, la solitude, la tendresse, le besoin d\u2019\u00eatre deux. Tout est l\u00e0, dans cette b\u00e9ance. Dans ces strates du temps r\u00e9v\u00e9l\u00e9 se glisse la m\u00e9lancolie. Et rien ou presque n\u2019est montr\u00e9.<a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/Charulata-1970-001-the-final-scene.jpg\" rel=\"attachment wp-att-6301\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6301 alignright\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/Charulata-1970-001-the-final-scene-300x227.jpg\" alt=\"Charulata-1970-001-the-final-scene\" width=\"300\" height=\"227\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/Charulata-1970-001-the-final-scene-300x227.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/Charulata-1970-001-the-final-scene-768x581.jpg 768w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/Charulata-1970-001-the-final-scene.jpg 1000w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Certains metteurs en sc\u00e8ne s\u2019essaient avec succ\u00e8s \u00e0 utiliser d\u2019autres supports visuels. La pellicule vierge que montre Oreste aux enfants errants que sont Voula et son fr\u00e8re Alexandros (<em>Paysage dans le brouillard<\/em>, 1988) a la vertu d\u2019une pr\u00e9diction confirm\u00e9e par l\u2019arbre aupr\u00e8s duquel s\u2019ach\u00e8ve leur p\u00e9riple. L\u2019arr\u00eat sur image final des enfants qui enserrent le tronc de l\u2019arbre lointain contient en puissance l\u2019\u00e9nigme d\u2019un monde \u00e0 d\u00e9chiffrer. Il en va de m\u00eame avec le g\u00e9n\u00e9rique de fin du <em>Nouveau Monde<\/em> (2005). La succession de cartes de l\u2019Am\u00e9rique du Nord annonce l\u2019avanc\u00e9e des colons vers l\u2019Ouest. Ces plans, en apparence anodins, attestent l\u2019in\u00e9luctable puisque le futur s\u2019y devine, pour ainsi dire, sans avenir. Oui, le caract\u00e8re saturnien d\u2019un cin\u00e9aste s\u2019affirme souvent, et m\u00eame \u00e0 son insu, dans les derniers plans d\u2019un film.<\/p>\n<p>La m\u00e9lancolie se fonde sur un constat, ce qu\u2019est l\u2019homme, et sur un espoir que l\u2019on n\u2019ose dire d\u00e9\u00e7u, ce qu\u2019il pourrait \u00eatre. Les cin\u00e9astes saturniens r\u00e9sistent \u00e0 l\u2019\u00e9treinte du temps quand d\u2019autres y succombent. Ils voyagent jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ombilic du monde puis reviennent parmi nous pour donner \u00e0 voir ses myst\u00e8res. Leur privil\u00e8ge, ne rien ignorer du royaume des vivants et des morts\u00a0; leur risque, soit la misanthropie, soit po\u00e9tiser la vie \u00e0 l\u2019exc\u00e8s car comme Walter Benjamin l\u2019a \u00e9crit\u00a0: \u00a0<em>\u00ab\u00a0Le seul plaisir que s\u2019autorise le m\u00e9lancolique, et c\u2019est un plaisir puissant, est l\u2019all\u00e9gorie.\u00a0\u00bb<\/em>(3)<\/p>\n<ul>\n<li>Armel Guerne, <em>Les Romantiques allemands<\/em>, Ph\u00e9bus libretto, Paris 2004, p 263.<\/li>\n<li>Tarkovski a film\u00e9 une copie de l\u2019oeuvre de Piero della Francesca dans la crypte de San Pietro situ\u00e9e \u00e0 120 km de Monterchi.<\/li>\n<li>Walter Benjamin, <em>Origine du drame baroque allemand, <\/em>Paris, Flammarion, 1985.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La melancol\u00eda en el cine no s\u00f3lo se manifiesta mediante sentimientos, lugares y acciones dram\u00e1ticas sino tambi\u00e9n a trav\u00e9s de la relaci\u00f3n que establecen los personajes con las im\u00e1genes fijas, a menudo lienzos y fotograf\u00edas. Cuando se abisman en su contemplaci\u00f3n o cuando el cineasta los coloca aquellas im\u00e1genes en el decorado cobran un significado impl\u00edct que merece que nos detengamos.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":6298,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[8],"tags":[170,171,172,173,174,175,129,46,176,177,60],"class_list":["post-6300","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-otros-aspectos","tag-andre-delvaux","tag-andrei-tarkovski","tag-federico-fellini","tag-luchino-visconti","tag-michelangelo-antonioni","tag-peter-watkins","tag-stanley-kubrick","tag-terrence-malick","tag-theo-angelopoulos","tag-valerio-zurlini","tag-victor-erice"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6300","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6300"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6300\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6298"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6300"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6300"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6300"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}