{"id":6246,"date":"2017-04-24T08:25:04","date_gmt":"2017-04-24T08:25:04","guid":{"rendered":"http:\/\/florealpeleato.com\/?p=6246"},"modified":"2017-04-24T08:25:04","modified_gmt":"2017-04-24T08:25:04","slug":"madrid-1963-le-rire-des-perdants","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/madrid-1963-le-rire-des-perdants\/","title":{"rendered":"Madrid, 1963, le rire des perdants"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\">Article publi\u00e9 dans le num\u00e9ro 665-666 de Positif \u00ab\u00a0\u00c9clats de rire\u00a0\u00bb en juillet\/ao\u00fbt 2016.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En 1963 avorte \u00e0 Madrid un attentat anarchiste contre Franco. Au dehors, l\u2019Espagne s\u2019\u00e9vertue de polir son image de respectablit\u00e9. Au dedans, les industriels obtiennent les faveurs d\u2019un r\u00e9gime adouci cependant que le tourisme naissant semble une manne sans fin. Depuis 1962 Jos\u00e9 Mar\u00eda Garc\u00eda Escudero est directeur de la Cin\u00e9matographie. Il cr\u00e9e l\u2019Ecole Officielle du Cin\u00e9ma (EOC), en 1963 il \u00e9tablit une nouvelle loi de censure favorable \u00e0 une \u00ab\u00a0ouverture\u00a0\u00bb et jusqu\u2019en 1967 il permet les d\u00e9buts de nouveaux r\u00e9alisateurs nomm\u00e9s Jos\u00e9 Luis Borau, Basilio Mart\u00edn Patino et Mario Camus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En ce d\u00e9but des<em> \u00ab\u00a0felices sesenta\u00a0\u00bb<\/em> &#8211; heureuses ann\u00e9es soixante &#8211; nombreux sont encore les espagnols \u00e0 s\u2019exiler en train, tandis que la grisaille de l\u2019autarcie envahit comme un lierre grimpant le quotidien de ceux rest\u00e9s \u00e0 quai. Parmi les plus beaux films espagnols de l\u2019\u00e9poque la post\u00e9rit\u00e9 a retenu quelques drames cinglants. <em>Une Femme est pass\u00e9e <\/em>(<em>Nunca pasa nada<\/em>, 1963) est sans conteste le meilleur film de Juan Antonio Bardem, malgr\u00e9 son \u00e9chec critique et commercial. Une crise d\u2019appendicite oblige une jeune danseuse fran\u00e7aise en tourn\u00e9e avec une troupe \u00e0 s\u00e9journer bri\u00e8vement dans une petite ville castillane. La blondeur de l\u2019intruse bouleverse l\u2019\u00e9quilibre local fait de compromis et de renoncements. Ici le besoin d\u2019\u00eatre libre est lamin\u00e9 par l\u2019\u00e9troitesse. <em>El mundo sigue <\/em>(1965) met aux prises deux soeurs\u00a0d\u00e9chir\u00e9es par la haine : l\u2019une fr\u00f4le la prostitution d\u00e9guis\u00e9e, l\u2019autre veut \u00eatre \u00ab\u00a0d\u00e9cente\u00a0\u00bb \u00e0 tout prix au point d\u2019y laisser la vie. Pour les personnages du film \u00eatre heureux est un besoin fallacieux qu\u2019il vaut mieux jeter aux orties. Longtemps ignor\u00e9 cet opus de Fernando Fern\u00e1n G\u00f3mez a enfin obtenu la reconnaissance, en d\u00e9pit d\u2019une noirceur sans pareille. Mieux connu est<em> La t\u00eda Tula <\/em>(1964) de Miguel Picazo. <a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/La-Tia-Tula-Tula-arregla-pelo-a-la-nina.png\" rel=\"attachment wp-att-6247\"><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6247 alignleft\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/La-Tia-Tula-Tula-arregla-pelo-a-la-nina-300x160.png\" alt=\"La T\u00eda Tula - Tula arregla pelo a la ni\u00f1a\" width=\"300\" height=\"160\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/La-Tia-Tula-Tula-arregla-pelo-a-la-nina-300x160.png 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/La-Tia-Tula-Tula-arregla-pelo-a-la-nina.png 720w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Nous assistons \u00e0 l\u2019immolation d\u2019une femme d\u00e9sireuse d\u2019\u00e9lever les enfants de sa soeur d\u00e9funte pour mieux s\u2019interdire toute forme d\u2019amour, hors des liens filiaux. Ces films ont en commun des femmes vou\u00e9es \u00e0 la solitude ou \u00e0 la vindicte, des familles us\u00e9es par des espoirs d\u00e9fra\u00eechis, des communaut\u00e9s min\u00e9es par la malveillance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Alors, que faire\u00a0? Rire, pour se moquer des faibles courb\u00e9s par la vie auxquels s\u2019identifient les spectateurs eux-m\u00eames ballot\u00e9s par les vicissitudes. Rire pour puiser un r\u00e9confort dans un pays o\u00f9 l\u2019opportunit\u00e9 est une denr\u00e9e rare, pour lib\u00e9rer l\u2019aigreur trop longtemps retenue. Et puis la tradition comique espagnole n\u2019a rien d\u2019aimable. La peur du ridicule aiguise le sarcasme, le go\u00fbt de la d\u00e9rision alimente le grotesque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">On rit aussi des usages ataviques encore en vigueur. Par exemple, la dur\u00e9e du deuil. La mort de la grand-m\u00e8re emp\u00eache Roc\u00edo et Rafael de se marier dans <em>La ni\u00f1a de luto <\/em>(1964) de Manuel Summers. Et lorsqu\u2019ils croient \u00eatre enfin d\u00e9livr\u00e9s de l\u2019adversit\u00e9 voil\u00e0 que l\u2019indigestion fatale du grand-p\u00e8re les contraint \u00e0 reporter leur date de mariage.\u00a0 Rafael (Alfredo Landa dans son premier r\u00f4le protagoniste) propose \u00e0 sa belle de fuir ensemble mais elle h\u00e9site \u00e0 le suivre. Bient\u00f4t un troisi\u00e8me deuil para\u00eet mettre fin \u00e0 tout espoir. On ne sait si rire sous cape ou s\u2019affliger d\u2019une telle rigueur. <a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/La-nina-d-eluto.png\" rel=\"attachment wp-att-6248\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6248 alignright\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/La-nina-d-eluto-300x225.png\" alt=\"La ni\u00f1a d eluto\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/La-nina-d-eluto-300x225.png 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/La-nina-d-eluto.png 768w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>En Andalousie, la pratique consu\u00e9tudinaire emp\u00eache d\u2019\u00e9couter la radio, autant que de d\u00e9crocher le t\u00e9l\u00e9phone. M\u00eame les plantes doivent \u00e9chapper au regard des passants, au risque d\u2019encourir les foudres du qu\u2019en-dira-t-on. Pendant la veill\u00e9e fun\u00e8bre on va jusqu\u2019\u00e0 couvrir d\u2019un voile noir la cage d\u2019un canari impertinent dont on exige le silence. Le film oscille\u00a0 entre le path\u00e9tique et le comique lorsque une pleureuse assise au bord du cercueil s\u2019arme d\u2019un tue-mouche pour poursuivre les insectes ind\u00e9sirables dans ce village assomm\u00e9 par la chaleur. Sous l\u2019effet grossissant de ce d\u00e9tail l\u2019\u00e9tiquette sourcilleuse devient ridicule. Cette histoire repose sur l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue par Francisco, le propre fr\u00e8re du r\u00e9alisateur, qui dut attendre plusieurs ann\u00e9es avant d\u2019\u00e9pouser son \u00e9ternelle fianc\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La vie est-elle plus simple \u00e0 Madrid\u00a0? Pas vraiment. On s\u2019y accomode avec humour de petits arrangements avec la loi. Tout est bon pour survivre\u00a0: mensonges, combines, d\u00e9lits mineurs. <em>Los tramposos<\/em> (Pedro Lazaga, 1959) fut un grand succ\u00e8s populaire, de nos jours encore le film est r\u00e9guli\u00e8rement diffus\u00e9 \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision et il n\u2019est jusqu\u2019\u00e0 Pedro Almod\u00f3var pour l\u2019inclure dans la liste de ses cinq com\u00e9dies espagnoles pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es. Qu\u2019est-ce qui ravit les spectateurs dans ce film r\u00e9alis\u00e9 par un \u00ab\u00a0routier\u00a0\u00bb, un \u00ab\u00a0t\u00e2cheron\u00a0\u00bb m\u00e9pris\u00e9 par la critique\u00a0? D\u2019abord, l\u2019empathie pour ses personnages de perdants, la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 du ton et surtout que chacun y trouve un \u00e9cho \u00e0 son histoire personnelle. En une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019homme jonglait avec deux, parfois trois emplois, pour subvenir aux besoins de la famille \u00eatre un <em>tramposo<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire, un tricheur, un filou, pouvait \u00eatre un atout.\u00a0 <a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/tramposos.jpg\" rel=\"attachment wp-att-6249\"><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6249 alignleft\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/tramposos-300x205.jpg\" alt=\"tramposos\" width=\"300\" height=\"205\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/tramposos-300x205.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/tramposos.jpg 600w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Le film est loin d\u2019\u00eatre une incitation \u00e0 la malhonn\u00eatet\u00e9, plut\u00f4t un plaidoyer pour l\u2019astuce.\u00a0 Et un \u00e9loge de la bonne humeur. \u00c9crit en partie par le producteur Jos\u00e9 Luis Dibildos, le film montre deux sympathiques <em>picaros <\/em>(Tony Leblanc et Antonio Ozores) pr\u00eats \u00e0 tout pour vivre au prix du moindre effort. Ils pl\u00e2trent la jambe d\u2019un homme riche ivre mort pour pr\u00e9senter \u00e0 sa femme la facture de\u00a0 faux frais m\u00e9dicaux, ils usurpent une identit\u00e9 au restaurant pour ne pas payer, ils grugent un vieil homme dans la rue auquel ils font croire \u00e0 l\u2019affaire du si\u00e8cle, ils s\u2019inventent une agence de voyage pour guider dans Madrid des touristes \u00e9rangers que l\u2019on m\u00e8ne \u00e0 un enterrement puis dans une taverne o\u00f9 boire \u00e0 volont\u00e9. \u00c0 la fin tout rentre dans l\u2019ordre et les deux hommes choisissent la voie d\u2019un emploi stable, au grand soulagement de leurs compagnes respectives, qui les \u00e9loigne \u00e0 jamais des gros profits.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Une vie de droiture, c\u2019est bien\u00a0; une vie ais\u00e9e, c\u2019est mieux. Dans <em>Atraco a las tres <\/em>(Jos\u00e9 Mar\u00eda Forqu\u00e9, 1962) les employ\u00e9s de la petite succursale d\u2019une banque sont grincheux, lents \u00e0 la t\u00e2che, et inefficients. Le vieux responsable est remplac\u00e9 par un ma\u00eetre-esclave, odieux avec les subalternes, obs\u00e9quieux avec la direction. Exc\u00e9d\u00e9 par l\u2019injustice, Galindo (Jos\u00e9 Luis L\u00f3pez V\u00e1zquez) pr\u00e9pare avec l\u2019aide de tous le coup qui les mettra \u00e0 l\u2019abri de l\u2019inconfort. Bien s\u00fbr, c\u2019est un \u00e9chec couru d\u2019avance. Ironie du sort, Galindo r\u00e9v\u00e8le \u00e0 une femme du monde du spectacle le secret, si bien que de vrais d\u00e9linquants prennent d\u2019assaut la banque\u00a0 que les apprentis voleurs d\u00e9fendent avec tant d\u2019ardeur qu\u2019on leur accorde une prime \u00e9quivalente \u00e0 un mois de salaire. Cette com\u00e9die est le reflet juste d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration d\u2019\u00e2pres \u00e9pargnants soumis par un ordre enclin \u00e0 freiner l\u2019essor d\u2019une classe moyenne. La censure n\u2019avait rien \u00e0 objecter et pourtant la critique, caricaturale certes, d\u2019une Espagne engonc\u00e9e dans ses complexes est implacable. L\u2019une des meilleures sc\u00e8nes du film montre comment chacun imagine ce qu\u2019il fera avec l\u2019argent r\u00e9colt\u00e9. D\u2019abord on demande six paires de bas, quatre costumes, un manteau, une t\u00e9l\u00e9vision, ensuite on s\u2019\u00e9chauffe \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019une villa \u00e0 Torremolinos, un appartement dans la Gran V\u00eda, une mercedes, un yacht ou un voyage en avion \u00e0 Paris. En 1967, l\u2019oppression distill\u00e9e au compte-goutte continue de produire une frustration patente dans <em>Un mill\u00f3n en la basura<\/em> dans lequel un \u00e9boueur trouve un million dans une poubelle et ne sait qu\u2019en faire. La tentation de le conserver est grande mais l\u2019\u00e9pouse inflexible exige que l\u2019argent soit rendu. Moins ch\u00e9ri par les spectateurs ce conte de No\u00ebl de Jos\u00e9 Mar\u00eda Forqu\u00e9 est pourtant plus cruel et subtil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Au tournant des ann\u00e9es soixante le gouvernement franquiste veut montrer une image l\u00e9nifiante d\u2019un pays en paix o\u00f9 il fait bon vivre. Un bonheur constant qui confine \u00e0 la b\u00e9atitude parcourt <em>La gran familia <\/em>(1963) de Fernando Palacios. Ce fut un immense succ\u00e8s b\u00e9ni par les autorit\u00e9s. Carlos et Mercedes sont les parents d\u2019une fratrie de quinze enfants aimants et disciplin\u00e9s. Il est g\u00e9om\u00e8tre, elle est m\u00e8re au foyer. Jamais un d\u00e9sagr\u00e9ment dans cette famille mod\u00e8le, unie implicitement sous la banni\u00e8re du r\u00e9gime. N\u2019y dit-on pas\u00a0 \u00ab\u00a0Rien n\u2019existe hors du mariage\u00a0\u00bb\u00a0? Pas l\u2019ombre d\u2019un conflit. <a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/la-gran-familia-junta.jpg\" rel=\"attachment wp-att-6250\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6250 alignleft\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/la-gran-familia-junta-300x187.jpg\" alt=\"la-gran-familia-junta\" width=\"300\" height=\"187\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/la-gran-familia-junta-300x187.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/la-gran-familia-junta.jpg 600w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>La premi\u00e8re partie d\u00e9crit leur vie quotidienne p\u00e9trie d\u2019amour, la deuxi\u00e8me, leurs vacances \u00e0 Tarragone, apr\u00e8s avoir d\u00e9cid\u00e9 ensemble que tous partiront ou aucun, la trois\u00ec\u00e8me, la disparition peu avant No\u00ebl sur la Plaza mayor de Madrid de Chencho, le petit dernier, qui ne sait pas encore parler. La famille, habitu\u00e9e \u00e0 voir la t\u00e9l\u00e9vision du voisin \u00e0 travers leurs vitres ouvertes, s\u2019en remet justement au m\u00e9dia d\u00e9sir\u00e9 dans les foyers pour lancer un appel diffus\u00e9 \u00e0 une heure de grande \u00e9coute. Chencho a \u00e9t\u00e9 recueilli par un couple sans enfants. \u00c9mus par le drame l\u2019homme et le femme d\u00e9cident de le rendre \u00e0 ses parents. Plus tard, ils leur offrent le t\u00e9l\u00e9viseur que Carlos et Mercedes ne peuvent acheter \u00e0 leur famille nombreuse. Pour clore le tout l\u2019un des fr\u00e8res qui implorait un miracle du P\u00e8re No\u00ebl lance une fus\u00e9e pour remercier dieu. A la toute fin Mercedes dit \u00e0 son mari que le seizi\u00e8me rejeton est en route et qu\u2019il portera le nom de Jes\u00fas en souvenir de cette nuit de retrouvailles. O\u00f9 se loge la com\u00e9die\u00a0? Au gr\u00e9 des brouilles passag\u00e8res,\u00a0 des piques sans importance, des espi\u00e8gleries des plus petits, des ing\u00e9nuit\u00e9s des amoureux chastes, des phrases apmhigouriques prononc\u00e9es par le concierge, des sautes d\u2019humeur du grand-p\u00e8re\u00a0 interpr\u00e9t\u00e9 par Jos\u00e9 Isbert, c\u2019est-\u00e0-dire <em>le <\/em>grand-p\u00e8re du cin\u00e9ma espagnol.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Moins tendre mais tout aussi bougon est son personnage d\u2019Amadeo dans\u00a0<em>Le Bourreau <\/em>(<em>El verdugo<\/em>, 1963). Il y prom\u00e8ne sa silhouette de gnome vo\u00fbt\u00e9 \u00e0 la voix \u00e9raill\u00e9e. Qu\u2019ajouter \u00e0 ce qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9j\u00e0 dit de ce film encens\u00e9 par les critiques, les cin\u00e9astes et le public au point d\u2019\u00eatre consid\u00e9r\u00e9 la meilleure com\u00e9die r\u00e9alis\u00e9e en Espagne, titre que lui dispute <em>Pl\u00e1cido <\/em>(1961), le film pr\u00e9c\u00e9dent de Luis Garc\u00eda Berlanga\u00a0? Gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019apport essentiel de Rafael Azcona, collaborateur de presque tout ce que le cin\u00e9ma espagnol a compt\u00e9 de talent pendant trente ans, et de Ennio Flaianno, qui a contribu\u00e9 \u00e0 <em>La Strada, La Dolce vita, La Notte, Huit et Demi <\/em>et <em>Liza, <\/em>le sc\u00e9nario est une pi\u00e8ce ma\u00eetresse. <em>\u00a0<\/em>Jos\u00e9 Luis (Nino Manfredi) est croque-mort, Carmen est la fille d\u2019Amedeo le bourreau. Promis d\u2019avance au c\u00e9libat puisque l\u2019hypocrisie et la l\u00e2chet\u00e9 les exclut de la vie sociale, ils s\u2019unissent pour \u00e9chapper \u00e0 l\u2019isolement. Elle est enceinte, ils se marient. L\u2019honneur est sauf. Lui r\u00eave de partir en Allemagne mais la vie familiale l\u2019attache. En quelque sorte il h\u00e9rite \u00e0 reculons de la charge quasi dynastique de bourreau quand Amadeo se retire. Jos\u00e9 Luis y souscrit sous peine de renoncer \u00e0 l\u2019appartement en voie de construction dans le sud de Madrid et de se retrouver endett\u00e9 et \u00e0 la rue. Dans un plan c\u00e9l\u00e8bre, appel\u00e9 pour remplir enfin sa fonction il est sur le point de s\u2019\u00e9vanouir et doit, comme le prisonnier, \u00eatre\u00a0 soutenu pour ne pas d\u00e9faillir. Dans l\u2019\u00e9pilogue terrible parce qu\u2019anodin Amedeo rappelle que lui aussi autrefois disait qu\u2019il ne pourrait jamais recommencer. Derri\u00e8re le petit homme revenu de tout chacun devine la dignit\u00e9 bless\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/El-verdugo-2.jpg\" rel=\"attachment wp-att-6251\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6251 aligncenter\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/El-verdugo-2-300x160.jpg\" alt=\"El verdugo 2\" width=\"300\" height=\"160\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/El-verdugo-2-300x160.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/El-verdugo-2.jpg 307w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Aujourd\u2019hui, au-del\u00e0 de la peine de mort et des atrocit\u00e9s commises pendant le Franquisme \u00e9gratign\u00e9es par le film en filigrane, ce qui choque c\u2019est la complaisance avec laquelle Carmen accepte tout et l\u2019incapacit\u00e9 de Jos\u00e9 Luis \u00e0 se rebeller. En 1963, malgr\u00e9 les promesses du <em>desarrollismo <\/em>les pr\u00e9jug\u00e9s et l\u2019autocensure asfixiante font baisser les yeux.\u00a0 Pour les espagnols d\u2019alors les acquis ne sont pas des conqu\u00eates, seulement des revanches. L\u2019on rira longtemps de ces hommes et femmes r\u00e9sign\u00e9s \u00e0 vivre une moindre vie. Presque en m\u00eame temps Fernando Fern\u00e1n G\u00f3mez tourne pr\u00e8s de Madrid <em>El extra\u00f1o viaje <\/em>(1964). Il ne sort en salles qu\u2019en 1969 et \u00e9chappe donc au cadre historique circonscrit ici. Hors d\u2019Espagne on sait peu que ce film virulent et grin\u00e7ant \u00e0 souhait, presque une tragicom\u00e9die, est m\u00e9morable. Son heure viendra. Mais comme disait le personnage de Moustache dans <em>Irma la Douce<\/em> (1963)<em>\u00a0<\/em>:<em>\u00a0 That\u2019s another story.<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En los a\u00f1os sesenta surgen en Espa\u00f1a unas comedias amables y \u00e1cidas, cuando no sarc\u00e1sticas, que critican con fuerza los cimientos del r\u00e9gimen franquista. Vistas hoy ofrecen un panorama revelador de los h\u00e1bitos sociales de entonces, de los miedos y de las peque\u00f1eces. Y si todav\u00eda nos re\u00edmos vi\u00e9ndolas es que su acierto fue notable. El art\u00edculo fue publicado en julio\/agosto de 2016 en la revista Positif.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":6254,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[51],"tags":[52,158,159,160,161],"class_list":["post-6246","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-cine-hispanico","tag-fernando-fernan-gomez","tag-jose-maria-forque","tag-luis-berlanga","tag-miguel-picazo","tag-pedro-lazaga"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6246","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6246"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6246\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6254"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6246"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6246"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6246"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}