{"id":5865,"date":"2015-09-24T18:29:57","date_gmt":"2015-09-24T18:29:57","guid":{"rendered":"http:\/\/florealpeleato.com\/?p=5865"},"modified":"2015-09-24T18:29:57","modified_gmt":"2015-09-24T18:29:57","slug":"chronique-dun-desamor","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/chronique-dun-desamor\/","title":{"rendered":"Chronique d&rsquo;un desamor"},"content":{"rendered":"<h5><em>Le cin\u00e9ma espagnol, Chronique d\u2019un desamor, Positif, <\/em>n\u00ba 503<em>,<\/em> abril de 2003, p 80-95.<\/h5>\n<h5>Chronique d\u2019un <em>desamor<\/em><\/h5>\n<p>En 1997, Carlos Losilla \u00e9crivit ceci : \u201c<em>Le grand drame du cin\u00e9ma espagnol est que jamais il n\u2019a su cr\u00e9er une image collective convaincante ni de soi, de ni ceux qui l\u2019ont fabriqu\u00e9, ni des spectateurs qui l\u2019ont vu&#8230;( )&#8230;Le cin\u00e9ma espagnol n\u2019a jamais eu de p\u00e9riode classique mais il n\u2019a pas eu non plus de modernit\u00e9\u201d <\/em>(1). Cet aveu de <em>desamor <\/em>quelque peu amer est l\u2019aveu d\u2019un amour frustr\u00e9 et nombreux sont ceux qui en Espagne y souscrivent, m\u00eame si afin de se concilier des amis, de faire belle figure, de se r\u00e9conforter on chante les louanges du cin\u00e9ma espagnol. Car enfin, le talent n\u2019est pas chose rare en Espagne ; ce sont les conditions de son \u00e9closion ou de son d\u00e9veloppement qui font d\u00e9faut. Que de promesses non tenues (Miguel Picazo, Felipe Vega), que de trajectoires erratiques (Jos\u00e9 Luis Borau, Jaime Ch\u00e1varri) que de francs tireurs essoufl\u00e9s (Ricardo Franco, Alfonso Ungr\u00eda, Pere Portabella), que d\u2019\u00e9lans bris\u00e9s (Iv\u00e1n Zulueta, Antonio Drove). L\u2019usure, voil\u00e0 bien le premier obstacle \u00e0 surmonter.<\/p>\n<p>Mais le point de vue de Carlos Losilla est-il seulement la complainte d\u2019un critique atrabilaire? Non, car, en mai 2002 V\u00edctor Erice disait ceci: <em>\u201cLe cin\u00e9ma espagnol est un malade chronique. Je l\u2019ai toujours connu dans cet \u00e9tat&#8230; ( ) les crises dont souffre le cin\u00e9ma espagnol sont l\u2019expression d\u2019un probl\u00e8me de fond, de caract\u00e8re structurel, qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9solu.\u201d <\/em>(2) Ce malade chronique et robuste ne cesse de nous poser les questions suivantes: Y-a-t-il trace d\u2019une continuit\u00e9, d\u2019une identit\u00e9 commune? Et si elle existe, doit-on s\u2019y r\u00e9f\u00e9rer ? Voil\u00e0 le deuxi\u00e8me obstacle : \u00eatre espagnol et le para\u00eetre. Ou refuser de le para\u00eetre. Et, dans l\u2019ensemble, les r\u00e9alisateurs espagnols ne cessent d\u2019osciller entre l\u2019ancrage p\u00e9ninsulaire et l\u2019abandon des signes ext\u00e9rieurs d\u2019hispanit\u00e9, car depuis deux si\u00e8cles la qu\u00eate d\u2019une identit\u00e9 nationale est source de <em>desamor<\/em>.(3)<\/p>\n<p>Dans son premier livre publi\u00e9 il y a pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle, Jos\u00e9 Ortega y Gasset (4) relate cette coutume des voyageurs turcs qui consiste \u00e0 \u00e9pingler chacun des peuples d\u00e9couverts en mettant en exergue leur principal d\u00e9faut. Ainsi, l\u2019Angleterre serait le pays de la mauvaise humeur, l\u2019Allemagne le pays o\u00f9 chacun est obs\u00e9d\u00e9 par les titres nobiliaires ou universitaires, l\u2019Italie serait le pays de l\u2019ostentation, la France le pays des modes et enfin l\u2019Espagne le pays des anc\u00eatres. Comment comprendre cette affirmation au del\u00e0 de l\u2019in\u00e9vitable r\u00e9duction qu\u2019elle contient et qui fait enrager les ennemis des st\u00e9r\u00e9otypes ? Le socle affectif est en Espagne d\u2019une grande stabilit\u00e9. Ceci n\u2019infirme en rien l\u2019image v\u00e9hicul\u00e9e par la presse d\u2019une Espagne d\u00e9bordante d\u2019\u00e9nergie, qui assimile sans heurts des changements profonds, dont la croissance et la cr\u00e9ativit\u00e9 sont enviables. Mais la voix des anc\u00eatres, le poids des anc\u00eatres continuent malgr\u00e9 tout d\u2019avoir un fort ascendant. Point n\u2019est besoin de croire qu\u2019il existe des caract\u00e8res nationaux pour constater que bien des personnes agissent de mani\u00e8re \u00e0 les confirmer, car on leur a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 depuis l\u2019enfance que, par exemple, l\u2019espagnol est par\u00e9 des vertus de la fiert\u00e9, de l\u2019h\u00e9ro\u00efsme, de l\u2019abn\u00e9gation, du sens de la libert\u00e9 mais qu\u2019en m\u00eame temps il est indisciplin\u00e9 et irascible.<\/p>\n<p>Des si\u00e8cles durant l\u2019Espagne a v\u00e9cu repli\u00e9e sur elle-m\u00eame, se condamnant ainsi \u00e0 un sentiment double et contradictoire : un complexe d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 d\u00fb \u00e0 l\u2019\u00e9tiolement de son r\u00f4le politique international contrebalanc\u00e9 par un sentiment de sup\u00e9riorit\u00e9 aiguis\u00e9 par le besoin de croire en la grandeur de l\u2019Espagne. Cette grandeur ni\u00e9e, croit-on, par les autres pays a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 la conviction fr\u00e9quente que l\u2019Espagne peut tout donner, si elle le veut. Cette attitude ambivalente \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019Espagne, <em>ce desamor <\/em>profond sont exprim\u00e9s clairement par Enrique Urbizu: <em>\u201c Je ne sais pas pourquoi, mais les espagnols nous n\u2019aimons pas beaucoup notre histoire et, par contre, celle des Etats-Unis nous para\u00eet passionante.\u201d<\/em> (5) Contrairement \u00e0 ce qui est souvent dit, l\u2019histoire d\u2019Espagne a \u00e9t\u00e9 rarement abord\u00e9e au cin\u00e9ma et la Guerre Civile, par exemple, l\u2019a \u00e9t\u00e9 surtout de mani\u00e8re tangentielle et timor\u00e9e. Ce refus ou cette crainte d\u2019interroger l\u2019histoire, cette amn\u00e9sie qui frappe les plus jeunes se produit alors que le monde \u00e9ditorial propose depuis peu des brass\u00e9es de livres \u2013 y compris de fiction \u2013 qui mettent l\u2019histoire en examen (6).<\/p>\n<p>Cet enracinement p\u00e9ninsulaire a contribu\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er une tradition s\u00e9culaire qu\u2019il nous faut \u00e9voquer. L\u2019\u00e9crivain octog\u00e9naire Crist\u00f3bal Serra a dit r\u00e9cemment: <em>\u201cIl faut reconna\u00eetre qu\u2019une bonne partie du grand art espagnol a le go\u00fbt de l\u2019ail&#8230; (&#8230;) Notre litt\u00e9rature tend vers ce qui est pl\u00e9b\u00e9ien&#8230;\u201d<\/em> (7) Faut-il y voir une condamnation de l\u2019art espagnol ? Certes pas, mais le regret que certains \u2013 il cite le peintre Solana et l\u2019\u00e9crivain Quevedo \u2013 laissent ce fort arri\u00e8re-go\u00fbt au risque de para\u00eetre plus roturiers qu\u2019ils ne sont. Et, il faut reconna\u00eetre qu\u2019une bonne partie du cin\u00e9ma espagnol a le go\u00fbt de l\u2019ail. La miniature, l\u2019aquarelle, le r\u00e9cit lacunaire existent dans le cin\u00e9ma espagnol, V\u00edctor Erice, Jos\u00e9 Luis Guer\u00edn, ou autrefois <em>El vent de l\u2019illa<\/em> (1987) de Gerardo Gormezano en t\u00e9moignent, mais dominent plut\u00f4t une certaine force dans le trait, une \u00e9criture cin\u00e9matographique plut\u00f4t en cr\u00eates qu\u2019en creux, un go\u00fbt certain de l\u2019exc\u00e8s \u2013 et plus encore de la caricature et de la d\u00e9rision\u00a0 -; la saveur d\u2019un vin capiteux. Apr\u00e8s tout, Bu\u00f1uel aussi a le go\u00fbt de l\u2019ail \u2013 <em>Viridiana<\/em> (1961), par exemple \u2013, n\u2019en d\u00e9plaise aux palais trop fins. Et n\u2019oublions pas que <em>Qu\u2019est-ce que j\u2019ai fait pour m\u00e9riter \u00e7a ? <\/em>(1984) a \u00e9t\u00e9 pendant longtemps le film d\u2019Almod\u00f3var pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 des espagnols. Quant \u00e0 Trueba, il semble que son admiration pour le cin\u00e9ma fran\u00e7ais (Truffaut, Rouch, Bresson et Rohmer) et le cin\u00e9ma classique am\u00e9ricain (Hawks, Wilder et Lubitsch) ait longtemps temp\u00e9r\u00e9 sa tentation. Et pourtant, <em>La ni\u00f1a de tus ojos<\/em> (1998) indique une propension \u00e0 grossir le trait et la voix, \u00e0 jouer avec des types bien connus, d\u00e9j\u00e0 amorc\u00e9e avec <em>Belle Epoque<\/em> (1992). Comme si t\u00f4t ou tard un cin\u00e9aste espagnol se devait de filmer une histoire fid\u00e8le \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019un art populaire et r\u00e9aliste.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/La-nina-de-tus-ojos-DESAMOR.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-5743\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/La-nina-de-tus-ojos-DESAMOR-300x166.jpg\" alt=\"La ni\u00f1a de tus ojos DESAMOR\" width=\"300\" height=\"166\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/La-nina-de-tus-ojos-DESAMOR-300x166.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/La-nina-de-tus-ojos-DESAMOR.jpg 302w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Le cin\u00e9ma espagnol semble conforter l\u2019hypoth\u00e8se bien connue et fort ancienne de Jos\u00e9 Bergam\u00edn selon laquelle: <em>\u201cToute notre litt\u00e9rature classique vient du peuple, du langage populaire espagnol. Notre peinture aussi ; notre musique ; notre th\u00e9\u00e2tre, expression synth\u00e9tique et merveilleuse de tout cela&#8230;\u201d <\/em>(8) Affirmation excessive autant qu\u2019id\u00e9aliste ; cependant elle indique une tendance r\u00e9elle, bien que le cin\u00e9ma ne soit plus l\u2019art populaire qu\u2019il fut jusqu\u2019aux ann\u00e9es soixante. On remarquera que Bergam\u00edn ne mentionne pas le roman et nous y reviendrons.<\/p>\n<p>Si l\u2019on en croit certaines enqu\u00eates (Cf: <em>Dirigido por, Nickelode\u00f3n, Cineman\u00eda<\/em>) (9), les pr\u00e9f\u00e9rences des critiques vont encore aux films de Berlanga, Fern\u00e1n G\u00f3mez, Bardem, Picazo, du premier Saura,\u00a0 r\u00e9alis\u00e9s dans les ann\u00e9es cinquante et soixante, de Borau et Camus, et enfin de V\u00edctor Erice et Iv\u00e1n Zulueta. Il est important de signaler que ces films ont pour protagonistes des personnages du peuple et, si l\u2019on excepte <em>L\u2019esprit de la ruche <\/em>(1973) et <em>Le Sud <\/em>(1983) de V\u00edctor Erice ainsi qu\u2019<em>Arrebato<\/em> d\u2019Iv\u00e1n Zulueta, ils appartiennent \u00e0 une veine que l\u2019on peut qualifier de r\u00e9aliste.<\/p>\n<figure id=\"attachment_5739\" aria-describedby=\"caption-attachment-5739\" style=\"width: 299px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/Arrebato-DESAMOR.jpg\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-5739 size-full\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/Arrebato-DESAMOR.jpg\" alt=\"Arrebato DESAMOR\" width=\"299\" height=\"168\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-5739\" class=\"wp-caption-text\">Arrebato<\/figcaption><\/figure>\n<p>Lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019effectuer un choix sentimental autant que rationnel le spectateur espagnol, f\u00fbt-il critique de cin\u00e9ma, semble r\u00e9server ses faveurs aux films qui permettent une identification forte et apportent une \u00e9motion primaire ou premi\u00e8re. Par contre, certains beaux films qui reposent plus sur la fascination que l\u2019identification, tels que <em>El coraz\u00f3n del bosque<\/em> (1978) de Manuel Guti\u00e9rrez Arag\u00f3n, n\u2019ont \u00e9t\u00e9 ni ne seront populaires. Alors qu\u2019\u00e0 n\u2019en pas douter, chacun\u00a0 reconna\u00eet les espoirs bris\u00e9s du fr\u00e8re, de l\u2019ami ou du voisin dans <em>Le bourreau <\/em>(1963, Luis Garc\u00eda Berlanga) ou\u00a0 <em>El extra\u00f1o viaje <\/em>(1964, Fernando Fern\u00e1n G\u00f3mez) ; chacun a ri de ces malheurs et s\u2019en souvient d\u2019autant mieux qu\u2019il a vu ces films en famille.<\/p>\n<p>Il est fr\u00e9quent en Espagne de se dire fordien ou disciple de Wilder \u2013 celui d\u2019<em>Assurance sur la mort <\/em>et de <em>La gar\u00e7onni\u00e8re \u2013<\/em>. Walsh, s\u2019il \u00e9tait mieux connu, serait le bien-aim\u00e9, mais la rigueur g\u00e9om\u00e9trique, l\u2019abstraction, le go\u00fbt de la dialectique, l\u2019absence d\u2019\u00e9motions sentimentales, s\u2019accomodent mal des go\u00fbts du public. C\u2019est la raison pour laquelle il est au moins un cin\u00e9aste qui a pay\u00e9 un lourd tribut sur l\u2019autel de Fritz Lang : Antonio Drove. <em>L\u2019affaire Savolta<\/em> (1978) et <em>Le tunnel <\/em>(1987) demeurent des exp\u00e9riences h\u00e9las sans lendemain.<\/p>\n<p><em>Le Sud<\/em> (1983) est le plus r\u00e9cent des films cit\u00e9s dans ces enqu\u00eates. Est-ce \u00e0 dire que les films espagnols tourn\u00e9s depuis vingt ans ont \u00e9t\u00e9 boud\u00e9s par le public, que les go\u00fbts des spectateurs espagnols ont peu chang\u00e9, y compris ceux des critiques, que ces films n\u2019ont pas produit un impact \u00e9motionnel assez fort pour d\u00e9tr\u00f4ner les films qui appartiennent \u00e0 l\u2019imaginaire collectif, qu\u2019ils sont de moindre beaut\u00e9 ? Cet \u00e9trange sentiment de <em>desamor<\/em> qui m\u00eale le ressentiment et l\u2019orgueil, l\u2019amour profond pour le pays autant que l\u2019exasp\u00e9ration,\u00a0 conduit \u00e0 pr\u00e9f\u00e9rer encore ces films r\u00e9alistes empreints de scepticisme et d\u2019humour noir.<\/p>\n<figure id=\"attachment_5741\" aria-describedby=\"caption-attachment-5741\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/El-Sur-DESAMOR.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"wp-image-5741 size-medium\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/El-Sur-DESAMOR-300x168.jpg\" alt=\"El Sur DESAMOR\" width=\"300\" height=\"168\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-5741\" class=\"wp-caption-text\">El Sur<\/figcaption><\/figure>\n<p>Aujourd\u2019hui encore, la caract\u00e9ristique commune de films de nouveaux r\u00e9alisateurs tels que <em>Nadie hablar\u00e1 de nosotras cuando hayamos muerto <\/em>(1995) de Agust\u00edn D\u00edaz Yanes, <em>La buena vida<\/em> (1996) de David Trueba,<em> Solas<\/em> (1998) de Benito Zambrano, <em>El bola <\/em>(2000) d\u2019Achero Ma\u00f1as, <em>Flores de otro mundo <\/em>(2000) d\u2019Ic\u00edar Bollain,<em> Salvajes <\/em>(2001) de Carlos Molinero, <em>El otro barrio <\/em>(2001) de Salvador Garc\u00eda Ruiz, <em>\u00a0Barrio<\/em> (1999) et <em>Los lunes al sol <\/em>(2002) de Fernando Le\u00f3n de Aranoa, ainsi que les films de Miguel Albaladejo, est cet enracinement populaire, ce regard scrutateur, ce r\u00e9alisme \u2013 \u00e0 d\u00e9faut d\u2019un terme plus pr\u00e9cis et qui culmine dans <em>Los lunes al sol \u2013 <\/em>si pr\u00e9sent dans le cin\u00e9ma espagnol des g\u00e9n\u00e9rations ant\u00e9rieures et que le sc\u00e9nariste Rafael Azcona r\u00e9sume bien : <em>\u201cJe suis incapable de savourer quelque chose qui n\u2019ait pas les pieds sur terre.\u201d<\/em> (10)<\/p>\n<p>Faut-il en d\u00e9duire que les nouveaux r\u00e9alisateurs espagnols s\u2019aventurent peu vers l\u2019imaginaire ? Peut-\u00eatre. Mais, il est clair que, d\u2019une part, pendant longtemps le cin\u00e9ma espagnol a \u00e9t\u00e9 priv\u00e9 de films documentaires et la fiction remplissait en partie sa fonction et, d\u2019autre part, toute une frange de la tradition picturale et litt\u00e9raire \u2013 surtout la litt\u00e9rature des ann\u00e9es quarante \u00e0 soixante dont Mario Camus, Antonio Mercero, Antonio Gim\u00e9nez Rico, Antonio Betancor sont les h\u00e9ritiers \u2013, la plus acclam\u00e9e sans doute \u00e9tait ancr\u00e9e dans un monde \u00e0 port\u00e9e de regard, un monde sous contr\u00f4le. Et enfin, m\u00eame si <em>Arrebato<\/em> (1979) fut l\u2019exemple d\u2019un film pauvre et imaginatif, la plupart des projets qui ouvrent grand les portes de l\u2019imaginaire sont souvent co\u00fbteux. Il est tout de m\u00eame \u00e9trange que le cin\u00e9ma espagnol se soit si rarement aventur\u00e9 sur les rives de l\u2019imaginaire car, s\u2019il est vrai qu\u2019il puise ses sources dans un r\u00e9alisme parfois truculent et \u00e2pre, il s\u2019appuie surtout sur deux autres formes d\u2019expression : le th\u00e9\u00e2tre et la po\u00e9sie.<\/p>\n<p>Berlanga et Erice incarnent les deux axes du cin\u00e9ma espagnol : le th\u00e9\u00e2tre et la po\u00e9sie. La parole pleine et le silence ; la f\u00eate et le clo\u00eetre ; le colorisme ardent et la flamme de la chandelle. En effet, le talent se manifeste en Espagne sous deux formes essentielles : le th\u00e9\u00e2tre et la po\u00e9sie. Quelle que soit la forme d\u2019expression choisie. <em>\u201cLa premi\u00e8re condition qui appara\u00eet dans la peinture espagnole est double et contradictoire :\u00a0 sa splendeur sensorielle et son c\u00f4t\u00e9 m\u00e9ditatif<\/em> \u2013 ensimismamiento \u2013.<em>\u201d <\/em>Ces deux tendances s\u2019unissent seulement chez Zurbar\u00e1n \u00e9crit Mar\u00eda Zambrano (11). Cet <em>ensimismamiento <\/em>auquel se r\u00e9f\u00e8re l\u2019auteur exprime bien cette volont\u00e9 de s\u2019abstraire du monde que l\u2019on d\u00e9couvre dans toutes les manfestations artistiques espagnoles depuis la Renaissance.<\/p>\n<p>D\u2019\u00e9vidence, de la m\u00eame mani\u00e8re que tous les films portugais ne ressemblent pas \u00e0 Oliveira, que tous les films su\u00e9dois ne rappellent pas l\u2019oeuvre de Bergman, tous les films espagnols ne sont pas th\u00e9\u00e2traux ou po\u00e9tiques. Cependant la propension est l\u00e0. On s\u2019en doute, l\u2019expression th\u00e9\u00e2trale est plus fr\u00e9quente que l\u2019expression po\u00e9tique. N\u00e9anmoins, la po\u00e9sie lyrique, souvent baroque, voire mystique, est la voie royale du talent en Espagne. Mais pas un cin\u00e9aste espagnol qui soit romanesque.<\/p>\n<p>Le talent d\u2019Almod\u00f3var, de Berlanga, d\u2019\u00c1lex de la Iglesia, de Fernando Fern\u00e1n G\u00f3mez, parfois de Trueba,\u00a0 \u00e9voque le cirque, la foire, l\u2019apart\u00e9, l\u2019avant-sc\u00e8ne ; la parole y r\u00e8gne en ma\u00eetresse ; le dialogue y devient rencontre de monologues ; ils sont de grands ordonnateurs du chaos qui jouent des affrontements. Si le public espagnol \u00e9prouve une tendresse particuli\u00e8re pour <em>Falstaff <\/em>ce n\u2019est pas uniquement parce le film est une production espagnole d\u2019Emiliano Piedra mais surtout parce que le personnage de Falstaff est d\u00e9bonnaire, \u00e9loquent, excessif et joueur. C\u2019est sa dimension th\u00e9\u00e2trale qui \u00e9meut. Et peut-\u00eatre y-a-t-il encore une raison: Falstaff est un homme d\u00e9chu qui a conserv\u00e9 la noblesse du coeur et le go\u00fbt de vivre, \u00e0 la diff\u00e9rence d\u2019autres personnages de Welles.<\/p>\n<figure id=\"attachment_5740\" aria-describedby=\"caption-attachment-5740\" style=\"width: 277px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/El-dia-de-la-bestia-DESAMOR.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-5740 size-full\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/El-dia-de-la-bestia-DESAMOR.jpg\" alt=\"El d\u00eda de la bestia DESAMOR\" width=\"277\" height=\"182\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-5740\" class=\"wp-caption-text\">El d\u00eda de la bestia<\/figcaption><\/figure>\n<p>Parmi les formes d\u2019expression th\u00e9\u00e2trale il en est une qui a port\u00e9 un \u00e9norme pr\u00e9judice au cin\u00e9ma espagnol : le <em>costumbrismo<\/em> (peinture des moeurs), qui au d\u00e9part \u00e9tait prose et m\u00eame chronique journalistique. Cette exaltation des coutumes et du sol, ce cocon douceureux, ce provincialisme de la pens\u00e9e, nourrit encore l\u2019imaginaire des sc\u00e9naristes et r\u00e9alisateurs. Parfois m\u00eame \u00e0 leur corps d\u00e9fendant. Chaque ann\u00e9e on voit poindre, de moins en moins, quelques films qui lorgnent du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Espagne profond\u00e9ment insulaire. Jos\u00e9 Luis Garc\u00eda S\u00e1nchez s\u2019en est fait une triste sp\u00e9cialit\u00e9 ; Jos\u00e9 Luis Cuerda la regarde attendri ou goguenard ; Francisco Regueiro, qui n\u2019a pas tourn\u00e9 depuis <em>Madregilda, <\/em>en 1993, propose lui des retables sans concessions, parfois \u00e9chevel\u00e9s et toujours inspir\u00e9s. Et Jos\u00e9 Luis Garci entreprend depuis dix ans un p\u00e8lerinage nostalgique \u2013 coh\u00e9rent bien qu\u2019anachronique et profond\u00e9ment r\u00e9actionnaire dans <em>You\u2019re the one \u2013<\/em> en ce sens qu\u2019il se tourne r\u00e9solument vers ce qu\u2019il semble consid\u00e9rer un paradis perdu :\u00a0 l\u2019Espagne de son enfance, du terroir, celle de l\u2019apr\u00e8s Guerre Civile ainsi\u00a0 que le m\u00e9lodrame des grands studios hollywoodiens. Et, chose \u00e0 priori \u00e9tonnante, son public est fid\u00e8le et nombreux.<\/p>\n<p>Clich\u00e9s d\u2019une Espagne r\u00e9volue ? Mais comment expliquer alors le succ\u00e8s de <em>Le jour de la b\u00eate<\/em> (1995) et <em>Mes chers voisins<\/em> (2000) d\u2019\u00c1lex de la Iglesia et surtout le succ\u00e8s colossal de <em>Torrente, el brazo tonto de la ley<\/em> (1999) et de sa suite <em>Torrente 2, operaci\u00f3n Marbella<\/em> (2001) de Santiago Segura, si ce n\u2019est qu\u2019ils c\u00e9l\u00e8brent les retrouvailles d\u2019une Espagne atavique avec un public jeune. En proposant un r\u00f4le important \u00e0 Tony Leblanc, un acteur retir\u00e9 depuis vingt-cinq ans qui fut la vedette de lourdes com\u00e9dies des ann\u00e9es soixante,\u00a0 Santiago Segura assure une filiation avec un pays autarcique. Ce public jeune qui assure le triomphe de ces films se d\u00e9clare d\u2019ailleurs, d\u2019apr\u00e8s la r\u00e9cente enqu\u00eate effectu\u00e9e par l\u2019Institut de la Jeunesse (12) \u201clocaliste\u201d, c\u2019est-\u00e0-dire que 60% d\u2019entre eux \u2013 entre 15 et 17 ans \u2013 s\u2019identifient au village ou \u00e0 la ville dans laquelle ils habitent. Dans 14 % des cas seulement ils s\u2019identifient \u00e0 l\u2019Espagne et l\u2019Europe ne repr\u00e9sente une valeur v\u00e9ritable que dans 2% des r\u00e9ponses. Qui plus est, 30 % \u00e0 peine consid\u00e8rent la d\u00e9mocratie comme un syst\u00e8me politique qui ne peut \u00eatre mis en cause. C\u2019est cette adolescence d\u00e9soeuvr\u00e9e que Fernando Le\u00f3n de Aranoa a film\u00e9 avec justesse dans <em>Barrio <\/em>(1998).<\/p>\n<p>Remettre au go\u00fbt du jour, sans complexe ni nostalgie, une Espagne avachie par les travers nationaux, une Espagne dont le coeur est encore un village, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9clat de rire sarcastique, gr\u00e2ce \u00e0 un sens du spectacle absent chez leurs a\u00een\u00e9s. Voil\u00e0 ce qu\u2019ont r\u00e9ussi \u00c1lex de la Iglesia et Santiago Segura. Mais c\u2019est confondre l\u2019enracinement et le localisme car il n\u2019est pas certain que ces films soient per\u00e7us avec autant de chaleur hors d\u2019Espagne. Car la caricature s\u2019exporte assez mal.<\/p>\n<p>Sur l\u2019autre rive du cin\u00e9ma espagnol se trouve la po\u00e9sie. Autrefois, les \u00e9clats brefs de Jacinto Esteva, Jos\u00e9 Val del Omar et Carlos Serrano de Osma nous montr\u00e8rent cet autre versant de mani\u00e8re volontiers non narrative. Aujourd\u2019hui, Erice et Guer\u00edn arpentent le monde silencieusement parmi des ombres ; chez eux plus de drame aux arr\u00eates vives mais un r\u00e9cit allusif, fragmentaire, elliptique ; la pens\u00e9e se fond dans la sensation et tout devient signe ; ils sont tous deux po\u00e8tes. Saura filma comme un po\u00e8te \u00e0 la fois c\u00e9r\u00e9bral et visc\u00e9ral et la critique \u00e9trang\u00e8re le porta aux nues. Mais \u00e9tait-il vraiment po\u00e8te ? Non. Pendant un temps les rituels de Guti\u00e9rrez Arag\u00f3n nous firent penser que lui aussi l\u2019\u00e9tait. Medem lui voudrait \u00eatre po\u00e8te et la critique l\u2019encourage \u00e0 le croire. <em>Vacas <\/em>(1992), son premier film, augurait quelque chose qui a c\u00e9d\u00e9 le pas \u00e0 une tournure \u00e9hont\u00e9ment po\u00e9tique. On devrait pourtant comprendre et accepter que la po\u00e9sie au cin\u00e9ma na\u00eet devant la cam\u00e9ra et \u00e0 la table de montage et tr\u00e8s rarement pendant la phase d\u2019\u00e9criture. Sauf exception, bien s\u00fbr ; Erice, Malick et les premiers films de S. Ray sont l\u00e0 pour nous le rappeler.<\/p>\n<p>Enfin chez Bu\u00f1uel s\u2019op\u00e8re la fusion : le th\u00e9\u00e2tre de la cruaut\u00e9 s\u2019ouvre au cadavre exquis ; le sacr\u00e9 f\u00e9conde le profane ; et puis surtout qu\u2019il s\u2019agisse de th\u00e9\u00e2tre ou de po\u00e9sie, c\u2019est un rituel qu\u2019il propose. Voil\u00e0 pourquoi il est encore aujourd\u2019hui, tel Janus, le seul cin\u00e9aste espagnol \u00e0 deux visages. <em>Lejos de los \u00e1rboles<\/em> (1972), le beau film documentaire de Jacinto Esteva consacr\u00e9 aux f\u00eates populaires espagnoles semble un \u00e9cho tardif de <em>Las hurdes.<\/em> Les rites d\u00e9crits \u00e0 la fois religieux et pa\u00efens donnent l\u2019id\u00e9e d\u2019une veine tarie par la censure, une po\u00e9sie barbare, celle que Bu\u00f1uel aimait dans <em>Le dieu noir et le diable blond.<\/em> Pr\u00e9cisons que Bu\u00f1uel pour le public espagnol n\u2019est pas surr\u00e9aliste mais tout simplement espagnol, en ce sens que chez lui le surr\u00e9alisme se nourrit de l&rsquo;iconographie archaique visible dans bien des recoins du pays.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Entre le th\u00e9\u00e2tre et la po\u00e9sie oeuvrent la plupart des r\u00e9alisateurs. Ainsi en est-il de Montxo Armend\u00e1riz. Son classicisme, un brin d\u00e9suet, a quelque chose qui sourd du sol, et bien peu de consistance th\u00e9\u00e2trale. <em>Secretos del coraz\u00f3n<\/em> (1996) et<em> Silencio roto <\/em>(2001) prolongent cette d\u00e9fense et illustration d\u2019un cin\u00e9ma discret et pudique, trop sans doute, sans aff\u00e9teries, ce go\u00fbt des histoires \u2013 il en est l\u2019auteur \u2013, aux contours fermes mais aux articulations cach\u00e9es, ce go\u00fbt d\u2019une interpr\u00e9tation exempte de morceaux de bravoure, ce go\u00fbt d\u2019une beaut\u00e9 qui refuse l\u2019\u00e9clat. Tout ceci se manifestait d\u00e9j\u00e0 dans <em>Tasio <\/em>(1984) son premier film, et force est de constater qu\u2019il a maintenu une ind\u00e9niable coh\u00e9rence<em>.<\/em><\/p>\n<figure id=\"attachment_5745\" aria-describedby=\"caption-attachment-5745\" style=\"width: 258px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/Tasio-DESAMOR.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-5745 size-full\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/Tasio-DESAMOR.jpg\" alt=\"Tasio DESAMOR\" width=\"258\" height=\"196\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-5745\" class=\"wp-caption-text\">Tasio<\/figcaption><\/figure>\n<p>Mais manque l\u2019expression romanesque, si pr\u00e9sente en France o\u00f9 put s\u2019\u00e9panouir le talent de Truffaut. Non pas que l\u2019Espagne manque de romanciers mais parce que l\u2019Espagne n\u2019est pas pour ses habitants un pays romanesque. Il l\u2019a \u00e9t\u00e9 parfois pour les \u00e9crivains romantiques et pour les voyageurs, surtout anglosaxons\u00a0 (George Borrow, Gerald Brenan, Robert Graves, Norman Lewis, Hemingway, bien s\u00fbr, et plus t\u00f4t Washington Irving) mais le public espagnol accepte difficilement un film romanesque espagnol. Le XIX \u00ba si\u00e8cle, par excellence le si\u00e8cle du roman, a donn\u00e9 en Espagne peu de fruits, si l\u2019on excepte Clar\u00edn et bien entendu Gald\u00f3s, alors que la Russie, les Etats-Unis, la France et l\u2019Angleterre ont offert les oeuvres les plus classiques. Le public espagnol dispose donc d\u2019une maigre tradition litt\u00e9raire romantique et romanesque, d\u2019autant moins qu\u2019a jailli au cours de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XX \u00ba si\u00e8cle une extraordinaire floraison po\u00e9tique,\u00a0 d\u2019autant moins que quarante ans de franquisme ont mis au ban certains romanciers, et ceci aussi d\u00e9termine en partie la formation du go\u00fbt.<\/p>\n<p><em>A los que aman<\/em> (1998) d\u2019Isabel Coixet relevait d\u2019un essai de romanesque espagnol, h\u00e9las peu convaincant bien qu\u2019ambitieux, et il y a fort \u00e0 parier que le public aurait accueilli le film plus favorablement s\u2019il s\u00b4\u00e9tait d\u00e9roul\u00e9, par exemple, en Angleterre, comme ce fut le cas pour <em>El \u00faltimo viaje de Robert Rylands <\/em>(1996) l\u2019adaptation de <em>Todas las almas <\/em>\u00a0le roman de Javier Mar\u00edas r\u00e9alis\u00e9e par Gracia Querejeta. Il est curieux de constater que le public espagnol si enclin \u00e0 l\u2019effusion sentimentale \u2013 la couche superficielle de l\u2019\u00e9motion \u2013 soit en m\u00eame temps si r\u00e9tif face \u00e0 la mise \u00e0 nu romanesque \u2013 la couche profonde de l\u2019\u00e9motion \u2013, comme si une sorte de pudeur ou un interdit social l\u2019emp\u00eachait de laisser affleurer les blessures profondes. On le sait, le sublime cotoie souvent le ridicule et le spectateur espagnol se m\u00e9fie du romantisme qui ne repose en Espagne sur aucune tradition forte. Pour cette raison, il arrive que le public de la Filmoteca rit ou sourit devant <em>Les deux anglaises<\/em>, bien qu\u2019il soit \u00e9mu. Pour cette m\u00eame raison, il est probable qu\u2019Isabel Coixet trouvera hors d\u2019Espagne le chemin qui est le sien.<\/p>\n<p>Nous touchons l\u00e0 un des points les plus d\u00e9licats de la cin\u00e9matographie espagnole. Comment \u00e9crire et filmer une histoire qui soit espagnole sans pour autant la confiner, la fondre dans un moule ? Comment \u00e9viter l\u2019espagnolisme ? Qu\u2019attend-on de l\u2019Espagne ? L\u2019exc\u00e8s, l\u2019humour noir, le go\u00fbt de la repr\u00e9sentation, le go\u00fbt du paradoxe, l\u2019all\u00e9gresse ou au contraire le sens du tragique m\u00e2tin\u00e9 de m\u00e9lodrame.\u00a0 Mais aussi, et cela peut sembler presque contradictoire, Antonio L\u00f3pez, le peintre auquel V\u00edctor Erice a consacr\u00e9 <em>Le songe de la lumi\u00e8re, <\/em>pr\u00e9cise quelque chose d\u2019important, m\u00eame s\u2019il se r\u00e9f\u00e8re surtout \u00e0 la tradition picturale: \u201c<em>Ce qui est grand dans l\u2019art espagnol ne contient pas de maquillage. Il est tr\u00e8s peu brillant<\/em> \u2013 \u00e0 la diff\u00e9rence de l\u2019art fran\u00e7ais et italien ajoute-t-il \u2013<em>. Il est tr\u00e8s \u00e2pre&#8230;(..) Mais il est clair qu\u2019il faut pouvoir l\u2019accepter. C\u2019est pourquoi ce qui est mauvais en Espagne est horrible&#8230; (&#8230;) L\u2019espagnol a comme personne la capacit\u00e9 \u00e0 connecter avec ce qui est vrai. La grandeur de ce qui est espagnol tarde \u00e0 \u00eatre vu.\u201d<\/em> (13)<\/p>\n<p>Almod\u00f3var s\u2019est trouv\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t lui aussi confront\u00e9 \u00e0 cette question de l\u2019identit\u00e9 espagnole mais il a su mettre en pratique ce que nous appelerons le \u201cprincipe de Lubitsch\u201d, c\u2019est-\u00e0-dire, donner au spectateur dans le m\u00eame temps ce qu\u2019il esp\u00e8re et ce qu\u2019il n\u2019attend pas. et sans mettre en cause son talent \u2013 au d\u00e9part il \u00e9tait auteur, il est devenu cin\u00e9aste \u2013 on ne peut qu\u2019observer que, par exemple, dans <em>Parle avec elle<\/em> il y est question de tauromachie, oui, mais il s\u2019agit d\u2019une femme, ou que dans <em>Tout sur ma m\u00e8re <\/em>il pousse au paroxysme certains motifs dramatiques (la virginit\u00e9, la maternit\u00e9, la religion, la famille) que l\u2019on dit sensibles en Espagne et que, par contre, lorsqu\u2019il s\u2019en \u00e9loigne, dans <em>En chair est en os <\/em>(1997)<em>, <\/em>il n\u2019a pas l\u2019heur de plaire. Quant \u00e0 Saura, sa passion pour la danse et le flamenco et quelques visites au mus\u00e9e des arts nationaux (Saint Jean de la Croix, Goya, Bu\u00f1uel) lui assurent une renomm\u00e9e ind\u00e9niable. Voyons aussi le cas de Bigas Luna : <em>Bilbao <\/em>(1978) \u00e9tait un film d\u00e9rangeant et personnel mais il semble avoir acquis, surtout depuis <em>Jambon, jambon <\/em>(1992), un fonds de commerce dans lequel le sexe, la cuisine, la M\u00e9diterran\u00e9e et un folklore volontairement outrancier tiennent lieu d\u2019ingr\u00e9dients \u00e9pic\u00e9s.<\/p>\n<figure id=\"attachment_5742\" aria-describedby=\"caption-attachment-5742\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/Hable-con-ella-DESAMOR.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-5742 size-medium\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/Hable-con-ella-DESAMOR-300x147.jpg\" alt=\"Hable con ella DESAMOR\" width=\"300\" height=\"147\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/Hable-con-ella-DESAMOR-300x147.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/Hable-con-ella-DESAMOR.jpg 321w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-5742\" class=\"wp-caption-text\">Parle avec elle<\/figcaption><\/figure>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il en est de m\u00eame avec la litt\u00e9rature : Camilo Jos\u00e9 Cela a toujours eu plus de succ\u00e8s en Espagne et hors d\u2019Espagne que d\u2019autres \u00e9crivains dont les signes d\u2019identit\u00e9 nous rapprochent moins d\u2019une hispanit\u00e9 \u00e9vidente.<\/p>\n<p>Clich\u00e9s d\u2019une Espagne r\u00e9volue ? Mar\u00eda Zambrano \u00e9crivait dans les ann\u00e9es trente que le r\u00eave de tout espagnol \u00e9tait alors d\u2019\u00eatre appel\u00e9 un jour <em>don<\/em>, comme on disait don Miguel, lorsqu\u2019on s\u2019adressait \u00e0 Unamuno, ou don Ram\u00f3n lorsqu\u2019on parlait \u00e0 Valle-Incl\u00e1n. En 2002, quelques semaines avant sa mort, Bardem le comuniste a accord\u00e9 un entretien (14) au cours duquel il a accept\u00e9 qu\u2019on l\u2019appelle constamment: \u201cdon Juan Antonio\u201d. Au del\u00e0 de la d\u00e9f\u00e9rence attach\u00e9e \u00e0 ces trois lettres perdure le symbole.<\/p>\n<p>Depuis quelques mois TV1 diffuse <em>Cu\u00e9ntame c\u00f3mo pas\u00f3, <\/em>un feuilleton qui raconte l\u2019histoire d\u2019une famille espagnole d\u2019employ\u00e9s qui se d\u00e9roule au d\u00e9but des ann\u00e9es soixante-dix. Des millions de spectateurs reconnaissent leurs parents et grands-parents parmi ces personnages dignes et humbles qui aspirent \u00e0 une vie honn\u00eate. Cette Espagne qui semblait oubli\u00e9e, cette Espagne du <em>desarrollismo<\/em> (d\u00e9veloppement des ann\u00e9es soixante), o\u00f9 encore l\u2019on souhaitait \u00eatre appel\u00e9 <em>don<\/em> touche beaucoup le public d\u2019aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Rappelons-nous aussi qu\u2019en 1993 c\u2019est au son de <em>\u201c\u00a1Torero! \u00a1Torero!\u201d<\/em> que des centaines de personnes ont accueilli Fernando Trueba lors de son arriv\u00e9e \u00e0 l\u2019a\u00e9roport de Madrid apr\u00e8s qu\u2019il e\u00fbt re\u00e7u l\u2019oscar du meilleur film \u00e9tranger pour <em>Belle Epoque<\/em>. Souvenons-nous aussi des paroles prononc\u00e9es par Pedro Almod\u00f3var lorsqu\u2019il gagna l\u2019oscar du meilleur film \u00e9tranger pour <em>Tout sur ma m\u00e8re<\/em>:<em> \u201cSpain is different&#8230;\u201d<\/em><\/p>\n<p>La vie publique aussi nous ram\u00e8ne \u00e0 cette Espagne <em>different<\/em> et contradictoire. Lorsqu\u2019en 1989 le po\u00e8te de conviction communiste Rafael Alberti fut nomm\u00e9 membre d\u2019honneur de la Real Academia de Bellas Artes de San Fernando il d\u00e9dia un fervent sonnet \u00e0 la reine Sof\u00eda qui commence cependant par cette pr\u00e9caution oratoire: \u201c<em>Si j\u2019\u00e9tais, madame, monarchiste\u201d<\/em>.(15) En 1989 un million de personnes a suivi a suivi la d\u00e9pouille mortelle de Dolores Ib\u00e1rruri, <em>La Pasionaria,<\/em> mais aussi en 1995 un million de personnes a suivi le cort\u00e8ge fun\u00e8bre de la chanteuse flamenca Lola Flores, surnomm\u00e9e <em>La faraona.<\/em><\/p>\n<p>Dans un autre registre, en septembre 2002, Ana Palacio, ministre des Affaires Etrang\u00e8res, portait mantille et <em>peineta<\/em> et fl\u00e9chissait le genou devant le Pape \u00e0 l\u2019occasion de la canonisation d\u2019Escriv\u00e1 de Balaguer, le fondateur de l\u2019<em>Opus Dei. <\/em>Comme l\u2019\u00e9crit Corpus Barga: \u201c<em>Ce n\u2019est pas un hasard si toutes les dictatures en Espagne ont \u00e9t\u00e9 accompagn\u00e9es d\u2019une suppuration, non d\u2019un d\u00e9passement, du flamenquisme.\u201d<\/em> (16)Vivons-nous un temps d\u2019assoupissement de la conscience, de repliement sur soi, de douce dictature ? C\u2019est possible. Il est en tout cas certain que le flamenquisme est au flamenco ce que le folklore est \u00e0 la culture : une expression d\u00e9grad\u00e9e qui cache \u00e0 peine l\u2019ignorance et le m\u00e9pris ou la mise \u00e0 distance de l\u2019autre. Et cet autre est en ce moment l\u2019\u00e9migr\u00e9 qui bouleverse l\u2019\u00e9quilibre \u00e9conomique, politique, d\u00e9mographique et affectif du pays. Consid\u00e9rons ce seul fait : la population \u00e9migr\u00e9e a doubl\u00e9 \u00e0 Madrid en un an et demi. Pour l\u2019heure, l\u2019\u00e9migr\u00e9 est encore un inconnu bien que quelques films, dont <em>Lettres d\u2019Alou <\/em>(1990) de Montxo Armend\u00e1riz fait figure de pr\u00e9curseur, nous aident \u00e0 d\u00e9couvrir : <em>Sa\u00efd <\/em>(1998, mal diffus\u00e9) de Lorenzo Soler, <em>Ilegal<\/em> (2002) d\u2019Ignacio Vilar, <em>El traje <\/em>(2002) d\u2019Alberto Rodr\u00edguez et moins directement <em>Fleurs d\u2019un autre monde <\/em>(2000) d\u2019Iciar Bollain et <em>Poniente <\/em>(2002) de Chus Guti\u00e9rrez.<\/p>\n<p>Que l\u2019Espagne des masters et de la qualit\u00e9 totale, des technologies de pointe et des multinationales, d\u2019une jeunesse polyglotte et voyageuse, d\u2019une population hospitali\u00e8re et festive, de la pens\u00e9e <em>new age <\/em>et du discours antiglobalisation,\u00a0 soit mise en lumi\u00e8re et soit bel et bien r\u00e9elle n\u2019emp\u00eache le <em>desamor<\/em> que produit parfois le pays profond, \u00e9cartel\u00e9 entre la capacit\u00e9 \u00e0 agir avec brio et le manque de volont\u00e9 des pouvoirs publics, entre une immense culture et un immense manque de culture d\u2019une partie de la population. L\u2019apparition tardive de la classe moyenne en Espagne \u2013 lors de l\u2019av\u00e8nement de la deuxi\u00e8me R\u00e9publique en 1931 pr\u00e8s de 70% de la population \u00e9tait analphab\u00e8te \u2013 d\u00e9termine les go\u00fbts dominants et les comportements.<\/p>\n<h6>Si nous souhaitons comprendre un peu mieux l\u2019identit\u00e9 de ce pays, il nout faut accepter que la contradiction est constante et affecte tous les milieux professionnels,\u00a0 toutes les classes sociales et m\u00eame toutes les g\u00e9n\u00e9rations. Il n\u2019est pas rare de trouver des personnes qui scandent une profession de foi proche de ce personnage de Baroja \u2013 encore une r\u00e9f\u00e9rence du d\u00e9but du XX\u00ba si\u00e8cle \u2013 qui disait :<em> \u201cEn mati\u00e8re de religion je suis ath\u00e9e et catholique, et en mati\u00e8re de politique je suis monarchiste et anarchiste.\u201d<\/em> Aussi invraisemblable que cela puisse para\u00eetre et m\u00eame si beaucoup le nient, c\u2019est encore vrai.<\/h6>\n<p>En construction<\/p>\n<p>Au fil des ann\u00e9es 90 nous avons assist\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9closion d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration dont le pays d\u2019adoption n\u2019est plus vraiment l\u2019Espagne mais plut\u00f4t le cin\u00e9ma \u2013 c\u2019est \u00e9vident dans le cas d\u2019Alejandro Amen\u00e1bar \u2013, de sorte que souvent les nouveaux r\u00e9alisateurs s\u2019\u00e9loignent des points de rep\u00e8re qui jusque l\u00e0 ont permis \u00e0 l\u2019\u00e9tranger d\u2019identifier le cin\u00e9ma espagnol, et que parfois m\u00eame ils les fuient.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, parmi eux presque tous \u00e9voquent ou invoquent, c\u2019est selon, le nom de Berlanga et s\u2019il est un sc\u00e9nariste intouchable, d\u2019autant plus qu\u2019il est presque invisible, c\u2019est Rafael Azcona (sc\u00e9nariste de Berlanga, Ferreri, Saura, Garc\u00eda S\u00e1nchez, F. Trueba, Bigas Luna, Guti\u00e9rrez Arag\u00f3n, Cuerda, Olea).\u00a0 Fernando Trueba affirme que: <em>\u201cAzcona observe les \u00eatres humains avec un m\u00e9lange de compassion et de f\u00e9rocit\u00e9. Ses oeuvres chorales, entre l\u2019<\/em>esperpento<em> et le <\/em>sainete<em>, mais d\u2019un r\u00e9alisme brutal, constituent une com\u00e9die humaine de l\u2019Espagne du XX\u00ba si\u00e8cle, dont il semble avoir capt\u00e9 la sp\u00e9cificit\u00e9 comme personne d\u2019autre. En prenant parti pour le faible et le perdant Azcona nous r\u00e9concilie avec le genre humain au travers de ses mis\u00e8res. Dans son oeuvre il n\u2019y a pas trace d\u2019h\u00e9ro\u00efsme. Mais dans les malheurs du perdant il y a toujours de l\u2019humour et de la tendresse&#8230;\u201d<\/em> (17) Rafael Azcona confirme que: <em>\u201c Les h\u00e9ros \u2013\u00a0 et les saints, surtout les martyrs \u2013 ont provoqu\u00e9 des terribles d\u00e9gats. Le patriotisme, le nationalisme et la religion, au nom desquels tant de personnes sont mortes, ne se maintiennent pas sans h\u00e9ros, sans martyrs.\u201d <\/em>(18) Et assur\u00e9ment Azcona a souffert d\u2019une Espagne coutur\u00e9e qui glorifiait ses h\u00e9ros. David Trueba, fr\u00e8re cadet de Fernando Trueba, pousse plus loin encore la r\u00e9action d\u2019admiration filiale: \u201c<em>Quand quelqu\u2019un parle mal de Rafael dans une critique c\u2019est l\u2019une des rares fois o\u00f9 je me mets en col\u00e8re.\u201d<\/em> (19) Et, de fait, la br\u00e8ve apparition du vieil acteur Luis Cuenca dans <em>La buena vida<\/em> (1996) et<em> Obra maestra <\/em>(2000), a tout de l\u2019hommage \u00e0 Azcona, tant les\u00a0 personnages incarn\u00e9s par ce vieux <em>c\u00f3mico<\/em> dans ces deux films sont des exclus et des reclus perdus, dans le premier cas, dans la grisaille d\u2019un village fant\u00f4me et, dans le deuxi\u00e8me cas, face \u00e0 un \u00e9cran sur lequel d\u00e9filent ind\u00e9finiment les images d\u2019une d\u00e9funte v\u00e9nus callypige qui lui inspire un d\u00e9sir contrit et quelques salves d\u2019humour noir.<\/p>\n<p>Cet enthousiasme est partag\u00e9 par leurs pairs. Ainsi, Berlanga et Azcona sont les grands-p\u00e8res d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration d\u2019orphelins qui cherche ses p\u00e8res \u00e0 l\u2019\u00e9tranger et pour lesquels Bu\u00f1uel est un grand oncle d\u2019Am\u00e9rique, un oncle putatif longtemps absent, d\u00e9couvert tardivement, qui incarne l\u2019Espagne libertaire alors que Berlanga et Azcona incarnent l\u2019Espagne s\u00e9culaire et quotidienne, de sorte qu\u2019ils admirent Bu\u00f1uel \u2013 les films mexicains et les trois films espagnols mais pas l\u2019\u00e9tape fran\u00e7aise \u2013 et aiment Berlanga et Azcona.<\/p>\n<p>On all\u00e8guera que Julio Medem s\u2019est choisi Kieslowki et Tarkovski pour ma\u00eetres; qu\u2019Isabel Coixet revendique Cassavetes, Herzog et Fassbinder ; que David Trueba se sent proche de Rohmer et Renoir et qu\u2019il admire Wilder et Preston Sturges ; qu\u2019Enrique Urbizu aime Walsh, Aldrich et Fuller ; que Salvador Garc\u00eda Ruiz pr\u00e9f\u00e8re Ophuls ; qu\u2019Alejandro Amen\u00e1bar ne jure que par Spielberg et Kubrick ; qu\u2019\u00c1lex de la Iglesia est iconoclaste et que son idole s\u2019appelle Hitchkock ; qu\u2019Agust\u00edn D\u00edaz Yanes r\u00eave de Scorsese et Coppola ; que Mariano Barroso aime le\u00a0 cin\u00e9ma am\u00e9ricain des ann\u00e9es soixante-dix ; qu\u2019 Ic\u00edar Bollain est \u00e9clectique et que Juanma Bajo Ulloa a souvent dit que la musique rock avait eu sur lui plus d\u2019influence que le cin\u00e9ma. Mais tous nomment t\u00f4t ou tard Berlanga et Azcona. Quant \u00e0 V\u00edctor Erice il n\u2019est mentionn\u00e9 que du bout des l\u00e8vres. Il est admir\u00e9, comme une \u00eele que l\u2019on sait belle et myst\u00e9rieuse et que l\u2019on pr\u00e9f\u00e8re regarder de loin car on la croit d\u00e9serte.<\/p>\n<p>Dans l\u2019ensemble, les r\u00e9alisateurs venus \u00e0 la fiction depuis dix ans n\u2019\u00e9prouvent pas le besoin de r\u00e9gler leurs comptes avec le pass\u00e9 du pays \u2013 nous dirons m\u00eame qu\u2019ils n\u2019en ont cure ou l\u2019oblit\u00e8rent \u2013, mais plut\u00f4t avec la famille dont Carlos F. Heredero et Antonio Santamarina nous disent fort justement: \u201c<em>Comme si c\u00b4\u00e9tait un v\u00e9ritable cauchemar, une n\u00e9vrose permanente et presque fantasmatique du cin\u00e9ma espagnol, l\u2019obsession de plonger dans les carences et les secrets de la cellule familiale r\u00e9appara\u00eet aujourd\u2019hui dans un nombre consid\u00e9rable de fictions.\u201d<\/em> (20) D\u2019ailleurs: \u201c<em>Les jeunes, et plus fr\u00e9quemment, leurs probl\u00e8mes \u00e9motionnels, leurs urgences sexuelles, leur confusion amoureuse et vitale, deviennent les protagonistes d\u2019un nombre \u00e9lev\u00e9 de fictions.\u201d<\/em>Le succ\u00e8s massif de <em>Luc\u00eda <\/em>(2001) de Julio Medem indique que le public a trouv\u00e9 dans ce film un \u00e9cho \u00e0 ses interrogations, une forme \u201cmoderne\u201d (ruptures de ton, trame l\u00e2che, montage kal\u00e9idoscopique, les rendez-vous du hasard, famille morcel\u00e9e, le sexe ludique ou obsessionnel pr\u00e9sent\u00e9 sans jugement moral).<\/p>\n<p>A la diff\u00e9rence des g\u00e9n\u00e9rations ant\u00e9rieures, les nouveaux r\u00e9alisateurs ont acc\u00e9d\u00e9 au cin\u00e9ma surtout par le biais de l\u2019image (bande dessin\u00e9e, vid\u00e9o clip, publicit\u00e9, usage de la cassette vid\u00e9o, mode) et non de l\u2019\u00e9criture et comme l\u2019indique Ic\u00edar Bollain: \u201c<em>Leur g\u00e9n\u00e9ration a lu davantage, mais la n\u00f4tre a voyag\u00e9 davantage.\u201d<\/em> Et elle ajoute \u201c<em>Je crois davantage \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience du voyage qu\u2019\u00e0 l\u2019exp\u00e9rience du livre\u201d. <\/em>\u00a0(21) Certains, comme Juanma Bajo Ulloa, vont m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9tendre ne rien lire ou presque. Pourtant un premier film aussi prometteur qu\u2019 <em>Ailes de papillon<\/em> (1991) invitait \u00e0 penser le contraire. Il est important de pr\u00e9ciser que parmi les r\u00e9alisateurs surgis depuis dix ans rares sont ceux qui adaptent des oeuvres litt\u00e9raires \u2013 c\u2019est le cas de Salvador Garc\u00eda Ruiz \u2013, et s\u2019ils le font ils adaptent des oeuvres contemporaines, voire d\u2019actualit\u00e9. Pr\u00e8s de 80% des adaptations \u2013 qui repr\u00e9sentent en 2002 23,7% des histoires film\u00e9es \u2013 sont dues \u00e0 des v\u00e9t\u00e9rans. A titre d\u2019exemple, Vicente Aranda, qui a d\u00e9but\u00e9 en 1966, et Ventura Pons, qui a d\u00e9but\u00e9 en 1978, construisent souvent leurs sc\u00e9narios \u00e0 partir d\u2019un mat\u00e9riau litt\u00e9raire.<\/p>\n<p>Comme cons\u00e9quence de cette moindre d\u00e9pendance envers la litt\u00e9rature ils ont une attitude sans complexe \u00e0 l\u2019\u00e9gard des sujets et de la mise en sc\u00e8ne ; il n\u2019en demeure pas moins que, sauf exception (Julio Medem, Jos\u00e9 Luis Guer\u00edn et quelques exp\u00e9riences marginales de Gonzalo L\u00f3pez Gallego et Pablo Llorca) la narration et la dramaturgie sont classiques. Carlos F. Heredero et Antonio Santamarina remarquent avec raison: \u201c<em>S\u2019il y a un mouvement d\u00e9cisif de l\u2019histoire du cin\u00e9ma auquel ils se sentent \u00e9trangers, c\u2019est, sans aucun doute, celui des \u201cNouveaux cin\u00e9mas\u201d des ann\u00e9es soixante&#8230; (&#8230;) Ils cherchent les fondements solides du vieux r\u00e9cit pour essayer de le conter avec la libert\u00e9 et l\u2019audace visuelle dont ils ont h\u00e9rit\u00e9, probablement sans le savoir, des conqu\u00eates de la modernit\u00e9\u201d<\/em> (22)<\/p>\n<p>Presque tous revendiquent, en effet, le retour au r\u00e9cit qui repose sur un solide sc\u00e9nario dont ils sont souvent les auteurs, ce qui est un h\u00e9ritage du cin\u00e9ma des Nouvelles Vagues et donc une contradiction. Mais il est difficile d\u2019\u00eatre \u00e0 la fois un bon sc\u00e9nariste et un bon r\u00e9alisateur. Malgr\u00e9 tout, le r\u00e9alisateur persiste \u00e0 signer le sc\u00e9nario ou \u00e0 co\u00e9crire. En Espagne, dans 50% des cas le sc\u00e9nario na\u00eet \u00e0 l\u2019initiative du producteur, dans 40% des cas le r\u00e9alisateur sugg\u00e8re une id\u00e9e de sc\u00e9nario et dans 10% seulement des cas le sc\u00e9nario est l\u2019oeuvre d\u2019un sc\u00e9nariste qui a propos\u00e9 son histoire \u00e0 diff\u00e9rents producteurs ou r\u00e9alisateurs. Comme l\u2019indique Luis Mar\u00edas, sc\u00e9nariste de <em>Todo por la pasta<\/em> (1990) d\u2019Enrique Urbizu et<em> Mensaka<\/em> (1997) de Salvador Garc\u00eda Ruiz : <em>\u201cEn Espagne au moins, je ne sais pas comment c\u2019est dans les autres pays, il est difficile qu\u2019un sc\u00e9nario complet arrive \u00e0 bon port.\u201d<\/em>(23)<\/p>\n<p>Parmi les nouveaux venus tous ou presque (sauf Julio Medem et Marc Recha qui sans doute trouvera en France un \u00e9cho favorable au minimalisme exsangue de <em>Pau et son fr\u00e8re<\/em>) fuient comme la peste \u2013 est-ce sinc\u00e8re ou est-ce une pose ? \u2013 la notion de \u201ccin\u00e9ma d\u2019auteur\u201d et l\u2019attitude du r\u00e9alisateur intellectuel est ici conspu\u00e9e. On a d\u00e9crit Walsh lisant Shakespeare en cachette au terme d\u2019une journ\u00e9e de tournage. Cette sc\u00e8ne, r\u00e9elle ou fictive peu importe, aurait pu se d\u00e9rouler en Espagne car elle illustre assez bien l\u2019id\u00e9e d\u2019un artiste qui r\u00e9cuse l\u2019id\u00e9e d\u2019un art transcendant et qui pr\u00e9f\u00e9re l\u2019artisanat, qui se d\u00e9fie de l\u2019intellectualisme, du raisonnement, au point de feindre le manque de culture ou de ne rien prendre au s\u00e9rieux. Peut-\u00eatre parce qu\u2019il est coutume en Espagne de d\u00e9dramatiser ce qui est dramatique et de dramatiser ce qui ne l\u2019est pas. Il est frappant de constater \u00e0 quel point les cin\u00e9astes espagnols, actuels et du pass\u00e9, sont avares de discours, de reflexions formelles et th\u00e9oriques, bien qu\u2019ils accordent des entretiens et aient parfois le go\u00fbt de la faconde ; mais le v\u00e9cu l\u2019emporte sur l\u2019analyse. En cela ils prolongent la tradition litt\u00e9raire espagnole avare en confessions, journaux intimes, m\u00e9moires et autobiographies. Oui, bien s\u00fbr, Rafael Alberti, Francisco Ayala, Moreno Villa, Corpus Barga, Mar\u00eda Teresa Le\u00f3n, Rosa Chacel, Luis Bu\u00f1uel, Ram\u00f3n G\u00f3mez de la Serna, Rafael Cansinos-Assens, Josep Pla, C\u00e9sar Gonz\u00e1lez Ruano, et aujourd\u2019hui Carmen Mart\u00edn Gaite et Juan Goytisolo, parmi d\u2019autres ont apport\u00e9 leur pierre de touche \u00e0 la m\u00e9moire collective, mais c\u2019est peu \u00e0 l\u2019\u00e9chelle d\u2019un si\u00e8cle.<\/p>\n<p>De plus, la critique, avec laquelle ils ont des relations plut\u00f4t cordiales, semble avoir un r\u00f4le infime dans leur reflexion et formation. Malgr\u00e9 leur prestige, les critiques (actuels tels que Carlos F. Heredero, \u00c1ngel Fern\u00e1ndez Santos, Miguel Mar\u00edas, Esteve Riambau,\u00a0 Carlos Boyero, Casimiro Torreiro, Quim Casas, Carlos Losilla, Jos\u00e9 Luis Rebordinos, et parmi les plus anciens, Juan Cobos, Pere Gimferrer et les d\u00e9funts Jos\u00e9 Luis Guarner, Jos\u00e9 Mar\u00eda Carre\u00f1o) n\u2019assurent pas le r\u00f4le du \u201cpasseur\u201det moins encore celui du ma\u00eetre \u00e0 penser.<\/p>\n<p>Pour la plupart, les nouveaux r\u00e9alisateurs ont grandi comme des ronces, loin des \u00e9coles de cin\u00e9ma espagnoles (entre les ann\u00e9es 80 et le d\u00e9but des ann\u00e9es 90 il n\u2019existait que quelques \u00e9coles priv\u00e9es), loin des bancs de l\u2019universit\u00e9, et loin de la cin\u00e9philie.<\/p>\n<figure id=\"attachment_5746\" aria-describedby=\"caption-attachment-5746\" style=\"width: 277px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/Tren-de-sombras-DESAMOR.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-5746 size-full\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/Tren-de-sombras-DESAMOR.jpg\" alt=\"Tren de sombras DESAMOR\" width=\"277\" height=\"182\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-5746\" class=\"wp-caption-text\">Tren de sombras<\/figcaption><\/figure>\n<p>N\u00e9anmoins, pour certains r\u00e9alisateurs la cin\u00e9philie est un moyen de recherche formelle ; tel est le cas de Jos\u00e9 Luis Guer\u00edn: \u201c<em>Les grands cin\u00e9astes, ceux que j\u2019admire le plus, sont pr\u00e9cis\u00e9ment ceux qui ont une pratique rigoriste et totalement dogmatique, sans avoir besoin d\u2019\u00e9crire et de publier ces dogmes&#8230; (&#8230;) pas d\u2019images belles: mais des images justes, des images n\u00e9cessaires.\u201d<\/em> (24) Mais appartient-il \u00e0 cette g\u00e9n\u00e9ration ? Pas vraiment car son premier film fut r\u00e9alis\u00e9 en 1984 et surtout car son chemin para\u00eet bien solitaire. V\u00edctor Erice, qui appartient certes \u00e0 une g\u00e9n\u00e9ration ant\u00e9rieure, ne dit pas autre chose que Guer\u00edn: \u201c<em>Quand j\u2019\u00e9tais jeune je croyais en la beaut\u00e9 des images, mais aujourd\u2019hui , surtout je crois \u00e0 la justesse d\u2019un plan. Parce que le cin\u00e9ma \u2013 c\u2019est l\u2019une de le\u00e7ons que j\u2019ai apprise \u2013 ce n\u2019est pas une affaire d\u2019images, mais de plans.\u201d <\/em>(25) Dans les propos de Guer\u00edn on devine l\u2019ombre tut\u00e9laire de Bresson, d\u2019Ozu et de Rossellini ; on peut craindre que le discours de Godard vienne un jour ass\u00e9cher cette pens\u00e9e vivante et que Guer\u00edn s\u2019enferme dans un syst\u00e8me s\u2019il d\u00e9cide d\u2019entrer de plain-pied dans le monde de la fiction. Toutefois il est l\u2019un des seuls avec V\u00edctor Erice pour qui le cin\u00e9ma est, selon l\u2019expression de Tarkovski, une mani\u00e8re de \u201csculpter dans le temps\u201d. A n\u2019en pas douter, <em>Innisfree<\/em>(1990) et <em>Tren de sombras <\/em>(1996) sont deux beaux voyages cin\u00e9philiques au pays des morts. Le premier sur les traces de John Ford \u2013 Innisfree est le village o\u00f9 Ford tourna <em>L\u2019homme tranquille <\/em>\u00a0\u2013 , le deuxi\u00e8me dans une hypoth\u00e9tique m\u00e9moire familiale. Et ces voyages subtils qui confrontent le pass\u00e9 et le pr\u00e9sent sont une mani\u00e8re d\u2019inscrire une vie dans le temps.<\/p>\n<p>La plupart des nouveaux r\u00e9alisateurs s\u2019est form\u00e9e en tournant des courts-m\u00e9trages, sauf Agust\u00edn D\u00edaz Yanes, Manuel G\u00f3mez Pereira et Salvador Garc\u00eda Ruiz qui avaient plus de trente-cinq ans lorsqu\u2019ils tourn\u00e8rent leur premier long-m\u00e9trage. (26) Et souvent le court-m\u00e9trage est la carte de visite qui permet de d\u00e9celer, plus que les signes d\u2019identit\u00e9, la capacit\u00e9 \u00e0 se d\u00e9tacher parmi d\u2019autres (l\u2019Espagne produit chaque ann\u00e9e une centaine environ de courts-m\u00e9trages). Il faut ajouter que les films de long-m\u00e9trage de nouveaux r\u00e9alisateurs repr\u00e9sentent depuis 1990 pr\u00e8s d\u2019un tiers de la production annuelle<\/p>\n<p>Signalons qu\u2019autour des nouveaux r\u00e9alisateurs sont apparus de nombreux acteurs \u2013 la liste serait trop longue \u2013, des directeurs de la photographie (Flavio Mart\u00ednez Labiano, Gonzalo Berridi,\u00a0 Kiko de la Rica, Teo Delgado), des monteurs (Pablo Blanco, Nacho Ruiz Capillas, Iv\u00e1n Aledo, \u00c1ngel Hern\u00e1ndez Zo\u00eddo) des compositeurs (Alberto Iglesias, Bingen Mendiz\u00e1bal, Lucio Godoy, Roque Ba\u00f1os) qui ont permis un renouvellement qui n\u2019exclut pas la collaboration avec des professionnels prestigieux tels que Jos\u00e9 Luis Alcaine ou Javier Aguirresarobe pour les directeurs de photographie, ou Jos\u00e9 Salcedo dans le cas des monteurs.<\/p>\n<p>Une tendance se dessine peu \u00e0 peu. Certains r\u00e9alisateurs, toujours plus nombreux, tournent le dos \u00e0 l\u2019Europe pour regarder vers les Etats-Unis afin de s\u2019approprier les genres et surtout les codes d\u2019expression. <em>Tesis<\/em> (1996) et<em> Ouvre les yeux <\/em>(1999) d\u2019Alejandro Amen\u00e1bar, <em>S\u00e9 qui\u00e9n eres<\/em> (2000) et <em>El alquimista impaciente <\/em>(2002) de Patricia Ferreira, <em>Poniente<\/em> (2002) de Chus Guti\u00e9rrez, <em>Guerreros <\/em>(2000) de Daniel Calparsoro, et plus encore <em>La caja 507 <\/em>(2002) d\u2019Enrique Urbizu, adoptent les atours du cin\u00e9ma am\u00e9ricain classique: cadrages, encha\u00eenements, rythme, montage, point de vue narratif et moral, d\u00e9veloppement dramatique. Cela s\u2019applique \u00e9galement aux films de Mariano Barroso (de <em>Mi hermano del alma, <\/em>1994 \u00e0<em> Kasbah, <\/em>2000) qui s\u2019est form\u00e9 aux Etats- Unis, comme David Trueba. Ajoutons que Chus Guti\u00e9rrez a tourn\u00e9 son premier film \u00e0 New York (<em>Sublet, <\/em>1991) et qu\u2019 Isabel Coixet a tourn\u00e9 son deuxi\u00e8me film dans l\u2019Or\u00e9gon <em>(Cosas que nunca te dije, <\/em>1996). Par ailleurs, Mar\u00eda Ripoll a tourn\u00e9 son premier film \u00e0 Londres (<em>Lluvia en los zapatos, <\/em>1999) et elle r\u00e9alise en ce moment \u00e0 Hollywood un <em>remake <\/em>de <em>Manger, boire, aimer <\/em>d\u2019Ang Lee. <em>Intacto <\/em>(2001), le premier film de Juan Carlos Fresnadillo, se d\u00e9marque l\u00e9g\u00e8rement des films cit\u00e9s car son esth\u00e9tique <em>design <\/em>prolonge les codes narratifs du <em>thriller <\/em>obscur, quelque peu fantastique, au point que le film semble d\u00e9racin\u00e9, habit\u00e9 plus par des figures que par des personnes. A n\u2019en pas douter, ces r\u00e9alisateurs subissent aussi la forte pression des producteurs qui souhaitent concurrencer les films am\u00e9ricains et s\u2019appuient souvent sur des lecteurs de sc\u00e9narios form\u00e9s aux Etats-Unis qui mettent en application certaines formules dramatiques.<\/p>\n<p>Il y a en Espagne la persistance d\u2019un r\u00eave am\u00e9ricain qu\u2019incarnent aujourd\u2019hui Antonio Banderas, Pen\u00e9lope Cruz et l\u2019excellent Javier Bardem. Seul parmi les r\u00e9alisateurs qui ont tent\u00e9 l\u2019exp\u00e9rience Alejandro Amen\u00e1bar a obtenu un succ\u00e8s. <em>Les autres<\/em> (2001), bien que con\u00e7u comme un film am\u00e9ricain, a \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9 en Espagne avec une \u00e9quipe espagnole mais avec un budget qui d\u00e9passe de beaucoup le budget moyen d\u2019un film espagnol. Pour ceux qui sont all\u00e9s tourner en Am\u00e9rique, Manuel G\u00f3mez Pereira (<em>Desafinado, <\/em>2001), \u00c1lex de la Iglesia (<em>Perdita Durango, <\/em>1996), Fernando Trueba (<em>Two much<\/em>,1994) et leurs pr\u00e9decesseurs Jos\u00e9 Luis Borau (<em>R\u00edo abajo<\/em>,\u00a0 1984), Ricardo Franco\u00a0 (<em>Gringo mojado<\/em>,1984), Fernando Colomo (<em>La l\u00ednea del cielo, <\/em>1983), Bigas Luna (<em>Reborn,<\/em> 1981), l\u2019exp\u00e9rience am\u00e9ricaine laisse un go\u00fbt plut\u00f4t amer. Attendons de voir si <em>En el tiempo de las mariposas<\/em> (2002) de Mariano Barroso est un succ\u00e8s. Il est \u00e9galement possible que Juanma Bajo Ulloa et Juan Carlos Fresnadillo soient tent\u00e9s par une exp\u00e9rience am\u00e9ricaine. Et parmi les techniciens, un seul, Juan Ruiz Anch\u00eda, a trouv\u00e9 aux Etats-Unis une terre d\u2019accueil favorable. Ce brillant chef op\u00e9rateur, disciple lorsqu\u2019il \u00e9tait jeune de Conrad Hall, a travaill\u00e9 avec Andrei Kontchalovsky, James Foley et David Mamet.<\/p>\n<figure id=\"attachment_5744\" aria-describedby=\"caption-attachment-5744\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/Lejos-d-elos-arboles-DESAMOR.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-5744 size-medium\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/Lejos-d-elos-arboles-DESAMOR-300x168.jpg\" alt=\"Lejos d elos \u00e1rboles DESAMOR\" width=\"300\" height=\"168\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-5744\" class=\"wp-caption-text\">Lejos de los \u00e1rboles<\/figcaption><\/figure>\n<p>Se pose enfin la question du documentaire (27). Ne nous leurrons pas, l\u2019essor du documentaire \u2013 surtout \u00e0 Barcelone \u2013 depuis deux ans est d\u00fb en partie au fait que certain type de film documentaire est moins on\u00e9reux que le cin\u00e9ma de fiction, qu\u2019il se pr\u00eate aux coproductions, mais aussi et c\u2019est heureux, en partie au fait que le public \u2013 quelques films ont \u00e9t\u00e9 exploit\u00e9s \u00e0 Madrid et Barcelone dans ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler des salles d\u2019art et d\u2019essai \u2013 et les r\u00e9alisateurs d\u00e9couvrent cette forme d\u2019expression. S\u2019il n\u2019existe pas de tradition documentaire en Espagne, des oeuvres fortes jalonnent son histoire : l\u2019oeuvre de Basilio Mart\u00edn Patino depuis trente ans le\u00a0 prouve avec \u00e9clat, ainsi que <em>Juguetes rotos <\/em>(1966) de Manuel Summers, <em>Lejos\u00a0 de los \u00e1rboles<\/em> de Jacinto Esteva (1972), <em>El desencanto <\/em>de Jaime Ch\u00e1varri (1976) ou encore <em>La vieja memoria <\/em>de Jaime Camino (1977). M\u00eame si les r\u00e9alisateurs d\u00e9butants souhaitent s\u2019y consacrer, rares sont les lieux de formation. Certes, Patricio Guzm\u00e1n et Javier Rioyo animent \u00e7a et l\u00e0 des ateliers, de m\u00eame\u00a0 que la Casa de Am\u00e9rica \u00e0 Madrid accueille r\u00e9guli\u00e8rement des auteurs de documentaire provenant d\u2019Am\u00e9rique latine, mais leur vision documentaire est avant tout nourrie par le point de vue de l\u2019historien, par l\u2019\u00e9tude au scalpel du r\u00e9el. Et, de fait, <em>Despu\u00e9s de tantos a\u00f1os<\/em> (1994) de Ricardo Franco,<em> Asesinato en febrero <\/em>(2001) de Eterio Ortega,<em> La espalda del mundo<\/em> (1999) et <em>La guerrilla de la memoria<\/em> (2002) de Javier Corcuera, l\u2019\u00e9mouvant <em>Los ni\u00f1os de Rusia <\/em>de Jaime Camino et<em> Asaltar los cielos<\/em> (1996), le premier et le plus r\u00e9ussi des trois films cor\u00e9alis\u00e9s par Jos\u00e9 Luis L\u00f3pez Linares et Javier Rioyo, sont des dossiers. La plong\u00e9e vers l\u2019ab\u00eeme qu\u2019est <em>Aro Tolbukhin (en la mente del asesino, <\/em>2002<em>) <\/em>d\u2019Agust\u00ed Villaronga,\u00a0 Lydia Zimmermann et Isaac Racine et<em> Cravan Vs Cravan<\/em> (2002) d\u2019I\u00f1aki Lacuesta nous conduisent vers une forme documentaire nouvelle en Espagne : le documentaire m\u00eal\u00e9 de fiction. Manque peut-\u00eatre une vision de l\u2019essai documentaire, du film introspectif et digressif, \u00e9pistolaire presque, proche de la confession ou du collage.\u00a0 En ce sens, <em>Monos como Becky<\/em> (1999) de Joaqu\u00edn Jord\u00e1 et Nuria Villaz\u00e1n, et <em>En construcci\u00f3n <\/em>(2001) de Jos\u00e9 Luis Guer\u00edn ouvrent une br\u00e8che. Gageons que d\u2019autres s\u2019y engouffreront.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, entre la tentation am\u00e9ricaine, le repli autarcique, l\u2019ouverture europ\u00e9enne \u00e0 laquelle conduit n\u00e9cessairement nombre de coproductions, le pari formel et marginal et le documentaire, le r\u00e9alisateur espagnol doit effectuer un choix d\u00e9licat, car le foss\u00e9 se creuse entre le film \u00e0 gros budget soumis \u00e0 des contraintes \u00e9videntes et le film qui ne tient qu\u2019\u00e0 un fil.<\/p>\n<p>Quelques donn\u00e9es \u00e9conomiques invitent en apparence \u00e0 la confiance mais il convient de s\u2019y arr\u00eater. Entre 1990 et 2001 le nombre de tournages a \u00e9t\u00e9 multipli\u00e9 par deux mais 36 % des films n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 distribu\u00e9s et 33% des films n\u2019ont pas eu de distribution internationale ; 225 nouveaux r\u00e9alisateurs sont apparus mais 89 n\u2019ont pas tourn\u00e9 de deuxi\u00e8me long-m\u00e9trage ; les nouveaux r\u00e9alisateurs ont repr\u00e9sent\u00e9 26 % des films produits mais 38% de leurs films n\u2019ont pas obtenu 100.000 entr\u00e9s ; le nombre d\u2019\u00e9crans est pass\u00e9 de 1700 \u00e0 3700 mais il s\u2019agit de complexes multisalles qui diffusent essentiellement des films am\u00e9ricains. Pendant cette p\u00e9riode les recettes ont \u00e9t\u00e9 multipli\u00e9es par trois mais parall\u00e8lement le budget d\u2019un film a \u00e9t\u00e9 multipli\u00e9 par trois. A titre d\u2019exemple, Alejandro Amen\u00e1bar a compos\u00e9 la musique de <em>Tesis <\/em>\u00a0avec un ordinateur mais il a souhait\u00e9 la collaboration de l\u2019orchestre de Prague pour <em>Ouvre les yeux <\/em>et de l\u2019orchestre de Londres pour <em>Les autres<\/em>.<\/p>\n<p>Entre 1995 et 2001 le nombre de spectateurs est pass\u00e9 de 11 \u00e0 20 millions mais parmi les dix premiers distributeurs huit sont am\u00e9ricains et les huit premiers concentrent 80% du march\u00e9 ; 30% des films au cours de cette p\u00e9riode ont \u00e9t\u00e9 des coproductions.<\/p>\n<p>Il existe en Espagne 315 entreprises qui se consacrent \u00e0 l\u2019audiovisuel mais une vingtaine concentre le plus gros de cette activit\u00e9 ; seul un film espagnol se situe habituellement parmi les dix meilleures recettes ; le temps d\u2019exploitation d\u2019un film espagnol en 2001 \u00e9tait en moyenne de six semaines alors m\u00eame que le nombre de copies d\u2019exploitation \u00e9tait multipli\u00e9 par deux ou par trois ; seuls quatre producteurs ont la capacit\u00e9 de produire dix films par an\u00a0 et une centaine ne peut en produire qu\u2019un.<\/p>\n<p>En 2002 l\u2019Espagne a produit 114 films de long-m\u00e9trage \u2013 beaucoup ont \u00e9t\u00e9 des feux follets \u2013 alors qu\u2019en 1990 l\u2019Espagne n\u2019en produisait que 42. Enfin, en 2001 le cin\u00e9ma espagnol repr\u00e9sentait 17,8 % des parts de march\u00e9 mais deux films concentraient 11% ( <em>Les autres <\/em>d\u2019Alejandro Amen\u00e1bar et <em>Torrente 2, operaci\u00f3n Marbella<\/em> de Santiago Segura) alors qu\u2019en 2002 le cin\u00e9ma espagnol n\u2019a atteint que 12% et qu\u2019il a perdu 36,4% de recettes. Tout ceci confirme que le cin\u00e9ma espagnol est un malade chronique toujours convalescent. (28)<\/p>\n<p>Dans un tel paysage El\u00edas Querejeta est le patriarche respect\u00e9 de tous. Il a produit une dizaine de films de Saura ; il a donn\u00e9 leur premi\u00e8re opportunit\u00e9 \u00e0 V\u00edctor Erice, Manuel Guti\u00e9rrez Arag\u00f3n, Jaime Ch\u00e1varri, Montxo Armend\u00e1riz, Fernando Le\u00f3n de Aranoa, Javier Corcuera et Gracia Querejeta. Il a depuis bient\u00f4t quarante ans maintenu un rythme de production constant et mesur\u00e9 et a contribu\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er dans le cin\u00e9ma espagnol un havre o\u00f9 l\u2019on vient chercher ce qu\u2019ailleurs on refuse : un regard personnel, un artisanat honn\u00eate, une identit\u00e9 forte.<\/p>\n<p>Gerardo Herrero (<em>Tornasol films, <\/em>sept films produits en 2002) repr\u00e9sente l\u2019autre face de la production, ouverte aux coproductions, notamment avec l\u2019Am\u00e9rique latine. Il a produit Ken Loach depuis <em>Land and freedom <\/em>(1995), Manoel de Oliveira, Alain Tanner, Arturo Ripstein, Sergio Cabrera, Diego Arsuaga, Adolfo Aristarain, Juan Jos\u00e9 Campanella, Francisco Lombardi, Marcelo Pi\u00f1eyro, H\u00e9ctor Olivera, Juan Carlos Tab\u00edo et les espagnols Patricia Ferreira, Agust\u00edn D\u00edaz Yanes et Salvador Garc\u00eda Ruiz, sans compter les sept films qu\u2019il a lui-m\u00eame tourn\u00e9s.<\/p>\n<p>Pour de nombreuses soci\u00e9t\u00e9s de production espagnoles l\u2019alternative se situe l\u00e0 : envisager une croissance lente et contenue afin de cr\u00e9er un sceau, au risque de ne pas survivre car il faut produire co\u00fbte que co\u00fbte, ou se lancer dans de multiples projets, souvent comme coproducteur, au risque de se disperser ou d\u2019alterner de violents hauts et bas. Quelle que soit la strat\u00e9gie choisie, le mod\u00e8le de financement en 2002 a \u00e9t\u00e9 le suivant: aides publiques (18%), cr\u00e9dits (8,4%), apport du producteur (32,8%), t\u00e9l\u00e9visions (34,5%), avances de distribution (4,1%) et enfin autres (2%).<\/p>\n<p>Pour les r\u00e9alisateurs, plus que jamais, le style de production conditionne le film \u00e0 venir. Certains producteurs voudront, quoi qu\u2019ils en disent, un film \u201c\u00e0 l\u2019am\u00e9ricaine\u201d, d\u2019autres un\u00a0 film \u201ceurop\u00e9en\u201d. Reste enfin la possibilit\u00e9 de s\u2019autoproduire \u2013 Montxo Armend\u00e1riz a pris ce risque r\u00e9cemment. Almod\u00f3var, Borau, Colomo et Patino l\u2019ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 il y a longtemps \u2013, tout en sachant que le film peut demeurer \u00e0 jamais dans un tiroir dans le cas d\u2019un nouveau r\u00e9alisateur. En d\u00e9pit de toutes ces raisons, l\u2019exigence, qui n\u2019est autre que le point de rencontre paradoxal entre l\u2019ambition et l\u2019humilit\u00e9, qui fortifie les choix et qui met en p\u00e9ril, l\u2019exigence est le point crucial qui va d\u00e9terminer l\u2019avenir, sinon de la production espagnole, du moins de l\u2019engagement des r\u00e9alisateurs espagnols.<\/p>\n<p>L\u2019exigence seule ne peut expliquer le silence de V\u00edctor Erice. Apr\u00e8s avoir r\u00e9alis\u00e9 trois films phares du cin\u00e9ma espagnol l\u2019\u201daffaire\u201d de <em>La promesa de Shanga\u00ef<\/em> (29) para\u00eet sonner le glas d\u2019un cin\u00e9ma r\u00eaveur.\u00a0 Quelques semaines avant le d\u00e9but du tournage qui devait durer six mois Andr\u00e9s Vicente G\u00f3mez, annula la production du film.(30) Les raisons officielles furent le perfectionnisme d\u2019Erice, ses incertitudes et son incompatibilit\u00e9 avec le producteur.\u00a0 Douter ne semble plus permis. De plus, l\u2019obstination \u00e0 consid\u00e9rer le cin\u00e9ma d\u2019auteur comme un cin\u00e9ma pauvre et minoritaire \u2013 <em>Barry Lyndon<\/em>, <em>Andrei Roublev, Apocalypse now <\/em>et <em>La porte du paradis <\/em>ne sont-ils pas des films d\u2019\u201dauteur\u201d sompteux ? \u2013 entrave les \u00e9lans et limite les possibilit\u00e9s. Qu\u2019adviendra-t-il d\u2019Erice et de ceux qui go\u00fbtent encore un cin\u00e9ma qui puise ses sources dans l\u2019imaginaire ?<\/p>\n<figure id=\"attachment_5747\" aria-describedby=\"caption-attachment-5747\" style=\"width: 297px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/Tristana-DESAMOR.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-5747 size-full\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/Tristana-DESAMOR.jpg\" alt=\"Tristana DESAMOR\" width=\"297\" height=\"170\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-5747\" class=\"wp-caption-text\">Tristana<\/figcaption><\/figure>\n<p>Le cin\u00e9ma espagnol : une terre fertile \u00e9ternellement en jach\u00e8re, appauvrie par une industrie, puisque telle est son nom, menac\u00e9e par les grands pr\u00e9dateurs, par des producteurs \u00e0 tort ou \u00e0 raison frileux, et plus encore par la croyance qu\u2019un film doit ressembler \u00e0 ce qu\u2019on croit qu\u2019il doit \u00eatre et non \u00e0 ce que l\u2019on voudrait qu\u2019il soit. Mais aussi une terre embellie par un public confiant, par des personnes (r\u00e9alisateurs, sc\u00e9naristes, producteurs, acteurs et techniciens) qui continuent \u00e0 croire que le cin\u00e9ma espagnol a beaucoup \u00e0 offrir. On s\u2019en souvient, Bu\u00f1uel quitta tr\u00e8s t\u00f4t l\u2019Espagne car il eut sans doute l\u2019intuition que son oeuvre ne pourrait y \u00e9clore. Esp\u00e9rons que d\u2019autres ne seront pas contraints d\u2019emprunter le chemin du silence ou de l\u2019exil.<em>Ojal\u00e1<\/em> (31)<em>.<\/em><\/p>\n<p>Floreal Peleato<\/p>\n<ul>\n<li>Carlos Losilla, \u201cAd\u00f3nde va el cine espa\u00f1ol\u201d, <em>Dirigido por<\/em>, n\u00ba 257, mai 1997, p 36.<\/li>\n<li>Entretien avec Carlos Reviriego, <em>El cultural, <\/em>15-05-02, p 49.<\/li>\n<li>Cf\u00a0: Jos\u00e9 \u00c1lvarez Junco<em>, <\/em>prix national de litt\u00e9rature 2002 dans la cat\u00e9gorie essai pour <em>Mater dolorosa. La idea de Espa\u00f1a en el siglo XIX.<\/em> (Taurus, 2002)Pr\u00e9cisons que jadis les historiens<\/li>\n<\/ul>\n<p>Claudio S\u00e1nchez Albornoz et Am\u00e9rico Castro firent de l\u2019hispanit\u00e9 le terrain de leur pol\u00e9mique. <em>Espa\u00f1a. Un enigma hist\u00f3rico <\/em>(1957) de Claudio S\u00e1nchez Albornoz fut la r\u00e9ponse \u00e0 <em>Espa\u00f1a en su historia. <\/em><em>Cristianos, moros y jud\u00edos <\/em>(1946) d\u2019Am\u00e9rico Castro<em>.<\/em>Le premier d\u00e9fendait l\u2019id\u00e9e d\u2019un Espagne plut\u00f4t germanique, peu touch\u00e9e en profondeur par les apports maures et juifs. Le deuxi\u00e8me, au contraire, les consid\u00e9rait essentiels.<\/p>\n<p>(4)\u00a0\u00a0\u00a0 Jos\u00e9 Ortega y Gasset, <em>Meditaciones del Quijote, Obras selectas, <\/em>Austral Summa, 2000, p 20<\/p>\n<p>Ce livre fut publi\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en 1914.<\/p>\n<ul>\n<li>Carlos F. Heredero, <em>Espejo de miradas. Entrevistas con nuevos directores del cine espa\u00f1ol de los a\u00f1os noventa, <\/em>27 Festival de Alcal\u00e1 de Henares \u2013 Comunidad de Madrid, 1997, p 681:<\/li>\n<li>Cf: les romans <em>La voz dormida <\/em>de Dulce Chac\u00f3n, <em>Los colores de la guerra<\/em> de Juan Carlos Arce, <em>Soldados de Salamina <\/em>de Javier Cerca ainsi que de nombreux livres d\u2019histoire. Significatif est \u00e9galement le succ\u00e8s de l \u2019exposition intitul\u00e9e <em>Exilio<\/em> qui s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e \u00e0 l\u2019automne 2002 au Palais de cristal (Parc du Retiro \u00e0 Madrid) et qui concerne l\u2019exil des espagnols \u00e0 partir de 1936.<\/li>\n<li>Crist\u00f3bal Serra, \u201cEl arte del aforismo\u201d, entretien avec Arcadi Espada, suppl\u00e9ment <em>Babelia, El Pa\u00eds, <\/em>samedi 02 mars 2002, p 2.<\/li>\n<li>Jos\u00e9 Bergam\u00edn, \u201cNuestra defensa de la cultura\u201d dans <em>Antolog\u00eda, <\/em>Editorial Castalia, 2001, p 295- 296<\/li>\n<\/ul>\n<p>Il faut pr\u00e9ciser qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un texte \u00e9crit en 1937 en pleine Guerre Civile.<\/p>\n<p>(9)\u00a0\u00a0 <em>Dirigido por, <\/em>mars 1992<\/p>\n<p>Les meilleurs films du cin\u00e9ma espagnol selon les critiques de la revue:<\/p>\n<p>1)<em>El verdugo , Viridiana <\/em>3)<em> El espir\u00edtu de la colmena <\/em>4) <em>Falstaff <\/em>5)<em>Pl\u00e1cido <\/em>6) <em>El cochecito, El Sur <\/em>8) <em>El extra\u00f1o viaje, El mundo sigue <\/em>10) <em>Arrebato<\/em><\/p>\n<p><em>Dirigido por, <\/em>janvier 2001<\/p>\n<p>Les meilleurs films espagnols des ann\u00e9es 90 selon les collaborateurs de la revue:\u00a0 <em>El sol del membrillo, Tren de sombras, Amantes, Secretos del coraz\u00f3n, Monos como Becky, Tierra, Solas, Leo<\/em><\/p>\n<p><em>Nickelode\u00f3n, <\/em>\u00a0n\u00ba 1, hiver 1995<\/p>\n<p>Les meilleurs films du cin\u00e9ma espagnol: enqu\u00eate r\u00e9alis\u00e9e aupr\u00e8s de 100 personnalit\u00e9s espagnoles.<\/p>\n<p>1)<em>El verdugo<\/em> 2<em>) Viridiana<\/em> 3) <em>El espir\u00edtu de la colmena<\/em> 4)<em>Pl\u00e1cido<\/em> 5) <em>El extra\u00f1o viaje<\/em> 6) <em>Los santos inocentes<\/em> 7) <em>El Sur<\/em> 8) <em>Calle mayor<\/em> 9) <em>Bienvenido, mister Marshall<\/em> 10) <em>Furtivos <\/em>11) <em>La t\u00eda tula<\/em> 12) <em>Historias de la radio<\/em> 13) <em>Surcos, Tristana, \u00bfQu\u00e9 he hecho yo para merecer esto?<\/em> 16) <em>Mi t\u00edo Jacinto, El crack, Canci\u00f3n de cuna <\/em>19) <em>La caza, Belle Epoque<\/em><\/p>\n<p><em>Cineman\u00eda, <\/em>n 51, d\u00e9cembre 1999, p 106.<\/p>\n<p>Les meilleurs films du cin\u00e9ma espagnol selon une douzaine de critiques:<\/p>\n<p>1)<em>El verdugo, El extra\u00f1o viaje <\/em>3) <em>El espir\u00edtu de la colmena, Viridiana, Pl\u00e1cido <\/em>6) <em>El Sur <\/em>7) <em>La caza, Arrebato <\/em>9) <em>Vida en sombras<\/em> 10) <em>Bienvenido Mr Marshall, Calle Mayor, Muerte de un ciclista, Los santos inocentes, Tren de sombras, El viaje a ninguna parte<\/em><\/p>\n<ul>\n<li>Rafael Azcona, <em>Nosferatu, <\/em>n\u00ba 33, avril 2000, entretien avec Esteve Riambau et Casimiro Torreiro,<\/li>\n<\/ul>\n<p>p 14.<\/p>\n<ul>\n<li>Mar\u00eda Zambrano, \u201cEspa\u00f1a y su pintura\u201d dans <em>Algunos lugares de la pintura,<\/em>Espasa-Calpe, 1989, p 69. Il s\u2019agit d\u2019un texte \u00e9crit \u00e0 Rome en 1960.<\/li>\n<li>Cf: <em>Informe de juventud 2000<\/em>, publi\u00e9 par l\u2019Instituto de la Juventud (INJUVE).<\/li>\n<li><em>Letras de cine, <\/em>n\u00ba 6, 2002, p 125.<\/li>\n<\/ul>\n<p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/em>Voir aussi ce que dit le compositeur Luis de Pablo de la tradition musicale espagnole: \u201c<em>Les <\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 constantes de la musique espagnole sont le go\u00fbt de la ligne, de l\u2019arabesque et des p\u00e9riodes courtes,<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de la mati\u00e8re, la pudeur jointe \u00e0 une certaine v\u00e9h\u00e9mence\u201d<\/em> <em>Le monde de la musique, <\/em>n\u00ba<\/p>\n<p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/em>235, septembre 1999, p 42.<\/p>\n<ul>\n<li><em>Ep\u00edlogo, <\/em>diffus\u00e9 sur Canal plus le 04-11-02 \u00e0 23h 30.<\/li>\n<li>Rafael Alberti, <em>La arboleda perdida, 3, Quinto libro <\/em>(1988-1996), Alianza Editorial, p 77-78<\/li>\n<\/ul>\n<p>(16) Corpus Barga, <em>Los pasos contados\u00a0 I, Una vida espa\u00f1ola a caballo en dos siglos (1887-1955), <\/em>Visor<\/p>\n<p>Libros, Letras Madrile\u00f1as Contempor\u00e1neas, 2002, p 56. <em>Los pasos contados<\/em> fut \u00e9crit en 1963.<\/p>\n<p>(17)Fernando Trueba, <em>Diccionario de cine, <\/em>Planeta, 1997, p 40-41.<\/p>\n<p><em>Esperpento<\/em>: extravagance, folie, chose absurde,\u00a0 mais aussi genre th\u00e9\u00e2tral cr\u00e9\u00e9 par Valle-Incl\u00e1n.<\/p>\n<p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Sainete<\/em>: pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre dr\u00f4le et br\u00e8ve de caract\u00e8re populaire.<\/p>\n<p>(18) Rafael Azcona, <em>Nosferatu, <\/em>n\u00ba 33, avril 2000, entretien avec Esteve Riambau et Casimiro Torreiro, p 9<\/p>\n<p>(19)Carlos F. Heredero, <em>Espejo de miradas. Entrevistas con nuevos directores del cine espa\u00f1ol de los <\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 a\u00f1os noventa, <\/em>27 Festival de Alcal\u00e1 de Henares \u2013 Comunidad de Madrid, 1997, p 643.<\/p>\n<p>(20) Carlos F. Heredero et Antonio Santamarina, <em>Semillas de futuro, Cine espa\u00f1ol 1990-2001<\/em><\/p>\n<p>Sociedad Estatal Espa\u00f1a Nuevo Milenio, 2002, p 60.<\/p>\n<p>(21) Carlos F. Heredero, <em>Espejo de miradas. Entrevistas con nuevos directores del cine espa\u00f1ol de los <\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 a\u00f1os noventa, <\/em>27 Festival de Alcal\u00e1 de Henares \u2013 Comunidad de Madrid, 1997, p 222.<\/p>\n<p>(22) Carlos F. Heredero et Antonio Santamarina, <em>Semillas de futuro, Cine espa\u00f1ol 1990-2001<\/em><\/p>\n<p>Sociedad Estatal Espa\u00f1a Nuevo Milenio, 2002, p 65.<\/p>\n<p>(23) Esteve Riambau et Casimiro Torreiro, Historias, palabras, im\u00e1genes, 29 Festival d&rsquo;Alcal\u00e1 de Henares, Comunidad de Madrid, p 249.<\/p>\n<p>(24) Entretien avec Jos\u00e9 Luis Guer\u00edn r\u00e9alis\u00e9 par \u00c1lvaro Arroba, <em>Letras de cine, <\/em>n\u00ba 6, 2002, p 72.<\/p>\n<p>(25) Entretien avec V\u00edctor Erice r\u00e9alis\u00e9 par Mario Campa\u00f1a, <em>Ajoblanco, <\/em>n\u00ba 123, novembre 1999, p 25.<\/p>\n<p>(26) Cf: <em>Una d\u00e9cada prodigiosa, el cortometraje espa\u00f1ol de los noventa,<\/em> Jos\u00e9 M. Vel\u00e1zquez y Luis \u00c1ngel<\/p>\n<p>Ram\u00edrez, 30 Festival de Alcal\u00e1 de Henares- Comunidad de Madrid, 2000.<\/p>\n<p>(27) Josep Mar\u00eda Catal\u00e1, Josetxo Cerd\u00e1n, Casimiro Torreiro, <em>Imagen, memoria y fascinaci\u00f3n. Sobre el <\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 documental espa\u00f1ol, IV festival de cine espa\u00f1ol de M\u00e1laga, <\/em>8 \u00bd, Libros de cine, 2001.<\/p>\n<p>Ajoutons que, signe des temps, l\u2019Academia de Cine vient de cr\u00e9er un Goya au meilleur court-m\u00e9trage<\/p>\n<p>documentaire.<\/p>\n<p>(28) Cf: \u201cInforme del a\u00f1o: el cine espa\u00f1ol de 2001\u201d dans <em>Academia, Revista del cine espa\u00f1ol,<\/em>n\u00ba 31, p<\/p>\n<p>150-204.<\/p>\n<p>Cf:\u201dInforme del a\u00f1o: el cine espa\u00f1ol de 2002\u201d dans <em>Academia, Revista del cine espa\u00f1ol,<\/em>n\u00ba 33, p 46-<\/p>\n<p>89.<\/p>\n<p>Cf: <em>La producci\u00f3n audiovisual espa\u00f1ola ante el reto de la internacionalizaci\u00f3n, <\/em>un rapport<\/p>\n<p>\u00e9labor\u00e9 par PRODESCON pour FAPAE-ICEX.<\/p>\n<p>(29) Il s\u2019agit de l\u2019adaptation du roman de Juan Mars\u00e9 intitul\u00e9 <em>El embrujo de Shanga\u00ef. <\/em>L\u2019adaptation et la<\/p>\n<p>pr\u00e9paration du film dur\u00e8rent trois ans. La dur\u00e9e pr\u00e9vue du film \u00e9tait de trois heures.<\/p>\n<p>Le titre <em>La promesa de Shanga\u00ef <\/em>est un hommage \u00e0 <em>Shanga\u00ef gesture <\/em>de Sternberg que V\u00edctor Erice<\/p>\n<p>d\u00e9couvrit en 1946 et plus\u00a0 particuli\u00e8rement au personnage de Poppy qu\u2019interpr\u00e9tait Gene Tierney<\/p>\n<p>Le sc\u00e9nario de <em>La promesa de Shanga\u00ef <\/em>a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 par Aret\u00e9 (Plaza y Jan\u00e9s, 2001).<\/p>\n<p>(30) En 2001 Fernando Trueba tourna une adaptation de <em>El embrujo de Shanga\u00ef <\/em>r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 partir<\/p>\n<p>d\u2019un nouveau sc\u00e9nario.<\/p>\n<p>(31) <em>Ojal\u00e1<\/em>: je l\u2019esp\u00e8re, pourvu que, si seulement&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mi primer art\u00edculo publicado en Positif (abril de 2003). Me hab\u00edan solicitado un texto largo que permitiera comprender el contexto hist\u00f3rico, est\u00e9tico y social en el que se desarrollaba la cinematograf\u00eda espa\u00f1ola. Trat\u00e9 de resaltar constantes, no de limitarme a las pel\u00edculas entonces m\u00e1s recientes, de hacer hincapi\u00e9 en lo que se percibe menos \u201cdesde fuera\u201d o cuando un periodista o cr\u00edtico apenas permanece unos d\u00edas en Espa\u00f1a para escribir un art\u00edculo.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":5914,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[51],"tags":[48,49,50,52,53,54,55,56,57,58,59,60],"class_list":["post-5865","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-cine-hispanico","tag-arte-espanol","tag-cine-espanol-contemporaneo","tag-cine-espanol-de-los-noventa","tag-fernando-fernan-gomez","tag-fernando-trueba","tag-ivan-zulueta","tag-jose-luis-guerin","tag-luis-garcia-berlanga","tag-orson-welles","tag-pedro-almodovar","tag-rafael-azcona","tag-victor-erice"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5865","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5865"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5865\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5914"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5865"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5865"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5865"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}