{"id":6704,"date":"2023-03-10T17:51:35","date_gmt":"2023-03-10T17:51:35","guid":{"rendered":"https:\/\/florealpeleato.com\/?p=6704"},"modified":"2023-03-10T17:51:35","modified_gmt":"2023-03-10T17:51:35","slug":"le-tombeau-de-giuliano-mattei-et-luciano","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/le-tombeau-de-giuliano-mattei-et-luciano\/","title":{"rendered":"Le tombeau de Giuliano, Mattei et Luciano"},"content":{"rendered":"<h6>LE TOMBEAU DE GIULIANO, MATTEI ET LUCIANO<\/h6>\n<p>N\u00ba 540, f\u00e9vrier 2006, p 100-102.<\/p>\n<h6>D\u2019ordinaire la biographie film\u00e9e est propuls\u00e9e par une force centrip\u00e8te gr\u00e2ce \u00e0 laquelle le protagoniste est plac\u00e9 au centre des \u00e9v\u00e8nements, mais Francesco Rosi et ses collaborateurs pr\u00e9f\u00e8rent une force centrifuge qui emp\u00eache d\u2019approcher l\u2019intimit\u00e9 de Giuliano, Mattei et Luciano, bien que l\u2019apparition du patronyme dans les titres semble situer les trois hommes au coeur du r\u00e9cit. La mort est la force centrifuge qui\u00a0 aimante <em>Salvatore Giuliano<\/em>,<em> L\u2019affaire Mattei<\/em> et<em> Lucky Luciano <\/em>parce qu\u2019elle donne un sens crypt\u00e9 aux exp\u00e9riences v\u00e9cues. Et puis, une fois la mort survenue, toute vie devient lieu de m\u00e9moire. Nul Rosebud ne vient \u00e9claircir le myst\u00e8re de ces vies, comme si Rosi avait eu \u00e0 l\u2019esprit au moment de la conception des trois films le vers suivant de Ren\u00e9 Char : <em>\u201cJe partage ton myst\u00e8re mais je ne veux pas conna\u00eetre ton secret\u201d.<\/em> Nous ne savons pas pourquoi Giuliano s\u2019est engag\u00e9 pas plus que ce que contient son m\u00e9moire \u00e9voqu\u00e9 pendant le proc\u00e8s de Viterbe ; si Mattei a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 et qui sont les commanditaires ; comment Luciano a pu diriger la Mafia \u00e0 partir de sa retraite napolitaine. Nous n\u2019avons que des pr\u00e9somptions.<\/h6>\n<h6>Ce n\u2019est pas tant la vie de ces trois hommes qui int\u00e9resse Rosi que leur aire d\u2019influence. A peine l\u2019auteur accorde-t-il quelques plans \u00e0 la veuve d\u2019Enrico Mattei, une sc\u00e8ne \u2013 cruciale certes \u2013 \u00e0 la m\u00e8re de Giuliano, et la compagne \u00e9pisodique de Luciano appel\u00e9e la \u201ccomtesse\u201d n\u2019a droit qu\u2019\u00e0 un r\u00f4le tr\u00e8s secondaire. L\u2019auteur ne s\u2019attache pas \u00e0 cr\u00e9er des personnages protagonistes mais des figures fortes qui remplissent une fonction dramatique. Nous n\u2019assistons pas \u00e0 la mani\u00e8re dont un homme traverse l\u2019Histoire mais nous voyons plut\u00f4t comment une vie est travers\u00e9e par l\u2019Histoire, de sorte qu\u2019\u00e0 bien des \u00e9gards les trois films s\u2019\u00e9loignent du sillon de la biographie.\u00a0 D\u2019ailleurs, l\u2019identit\u00e9 de ces hommes demeure fragment\u00e9e et brouill\u00e9e car l\u2019invisibilit\u00e9 de Giuliano, le panache de Mattei, le silence et l\u2019absence partielle de Luciano sont des masques.<\/h6>\n<h6>En cin\u00e9aste moderne Rosi proc\u00e8de \u00e0 une ablation de l\u2019enfance \u2013 ni traumatisme, ni paradis perdu \u2013, et s\u2019emploie davantage \u00e0 comprendre l\u2019encha\u00eenement des cons\u00e9quences qu\u2019\u00e0 d\u00e9tecter les causes profondes qui pr\u00e9sident aux destin\u00e9es de ces trois hommes d\u2019ordre qui sont aussi des hommes de l\u2019ombre. Sans doute le besoin obsessionnel d\u2019envisager l\u2019analyse \u00e0 partir de plusieurs points de vue est l\u2019une des raisons pour lesquelles Rosi refuse la chronologie, m\u00eame si dans chacun des trois films la deuxi\u00e8me partie est moins tumulteuse et respecte presque la succession lin\u00e9aire des faits. D\u2019abord Rosi \u00e9tourdit puis la dialectique reprend ses droits. C\u2019est pourquoi aussi, face au pouvoir occulte de Giuliano, Luciano, voire de Mattei, les enqu\u00eateurs multiples sont confront\u00e9s \u00e0 l\u2019air rar\u00e9fi\u00e9 des dossiers, des sous-sols, des couloirs, des biblioth\u00e8ques, des terrains-vagues, des lieux d\u00e9sert\u00e9s, des rues borgnes, afin d\u2019\u00e9lucider la mani\u00e8re dont les \u00e9v\u00e8nements sont frapp\u00e9s au sceau de l\u2019in\u00e9luctable.<\/h6>\n<h6>Au coeur de ces trois \u201cbiopics\u201d synoptiques une question nous assaille : o\u00f9 est la v\u00e9rit\u00e9 ? L\u2019opacit\u00e9 demeure malgr\u00e9 l\u2019accumulation des faits \u00e9gren\u00e9s, des t\u00e9moignages contradictoires. La r\u00e9alit\u00e9 \u00e9chappe \u00e0 l\u2019enqu\u00eateur qui n\u2019en obtient qu\u2019une reconstitution hypoth\u00e9tique \u00e0 partir des interrogatoires. A force de scruter photographies, paysages, visages et images film\u00e9es, cet arpenteur d\u2019archives s\u2019entoure malgr\u00e9 lui de vitres, d\u2019\u00e9crans, de cam\u00e9ras, d\u2019appareils photos et de miroirs.<\/h6>\n<h6>Tel Th\u00e9s\u00e9e, le cin\u00e9aste est conduit dans un labyrinthe cr\u00e9\u00e9 par un D\u00e9dale aux ordres d\u2019une sorte d\u2019\u00e9tat dans l\u2019Etat monstrueux pareil au Minotaure \u2013 et peu importe que ce soit l\u2019E.N.I ou la Mafia\u00a0 ; il est guid\u00e9 par le fil d\u2019Ariane qu\u2019est l\u2019enqu\u00eate mais au terme de son parcours il d\u00e9couvre face \u00e0 l\u2019\u00e9quivalent d\u2019une urne vide qu\u2019il est en fait un Sisyphe condamn\u00e9 \u00e0 pousser son rocher pour avoir tromp\u00e9 les Dieux. (Les tristes dieux des temps modernes sont des feudataires dont le pouvoir n\u2019est d\u00fb ni \u00e0 l\u2019origine divine, ni au talent, ni \u00e0 la d\u00e9m\u00e9sure mais \u00e0 l\u2019argent.) Cette condamnation \u00e0 la r\u00e9p\u00e9tition est implicitement contenue dans une sc\u00e8ne. Mattei p\u00eache au bord d\u2019un lac. Un journaliste s\u2019entretient avec lui puis \u00e9coute l\u2019enregistrement qu\u2019il vient d\u2019effectuer, de sorte que les deux hommes ne vivent plus un moment mais s\u2019en d\u00e9tachent pour r\u00e9fl\u00e9chir. Interroger l\u2019Histoire ou invectiver la justice fl\u00e9trie revient \u00e0 r\u00e9\u00e9couter jusqu\u2019\u00e0 la sati\u00e9t\u00e9 les bribes d\u2019information recueillies.<\/h6>\n<h6>Dans ces trois films vouloir acc\u00e9der \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 c\u2019est, selon Rosi, s\u2019exposer aux foudres d\u2019un pouvoir obscur. La disparition du journaliste De Mauro dans <em>L\u2019affaire Mattei <\/em>en est l\u2019exemple le plus probant. L\u2019enqu\u00eateur contraint d\u2019\u00eatre un voyeur cesse bient\u00f4t de voir. D\u2019abord spectateur des alliances, des rites de passage, des mensonges et des trahisons, des corruptions, des faits maquill\u00e9s et des morts violentes, l\u2019enqu\u00eateur est pris dans l\u2019enchev\u00eatrement arachn\u00e9en des faits, sous le contr\u00f4le d\u2019une puissance sup\u00e9rieure. D\u2019o\u00f9 ces r\u00e9seaux de regards dans lesquels un homme qui observe est observ\u00e9 \u00e0 son tour. D\u00e8s <em>Salvatore Giuliano<\/em> Rosi ouvre la voie au<em> Point de non retour<\/em> qui \u00e0 son tour annonce les complots de<em> Klute, Get Carter, A cause d\u2019un assassinat, Les trois jours du condor, La th\u00e9orie des dominos, I comme Icare, <\/em>ou encore <em>Cadavres exquis.<\/em> D\u2019o\u00f9 \u00e9galement la mort lente du silence qui glace les personnes impliqu\u00e9es dans la trame. Apr\u00e8s l\u2019agitation, les apostrophes et les diatribes voici revenu le r\u00e8gne du silence.<em> \u00ab\u00a0Le silence isole\u00a0: le taciturne est plus solitaire que les bavards. Il b\u00e9n\u00e9ficie aussi de la puissance de l\u2019isolement. Il est le gardien d\u2019un tr\u00e9sor, et ce tr\u00e9sor est en lui.. (&#8230;) C\u2019est la parole qui tisse tous les liens entre les hommes, le silence les fige.\u00a0\u00bb<\/em> <a href=\"#_edn1\" name=\"_ednref1\">1<\/a> Apr\u00e8s la mort de Mattei\u00a0 un correspondant du Time l\u2019affirme sans ambages : cet homme-l\u00e0 vaut cinq-cents mots. Combien de mots vaut donc chacune de nos vies\u00a0?<\/h6>\n<h6>La conclusion du cin\u00e9aste n\u2019est pas : \u201cchacun sa v\u00e9rit\u00e9\u201d ou encore \u201cil n\u2019y a pas de v\u00e9rit\u00e9\u201d mais plut\u00f4t \u201cil ne nous est pas donn\u00e9 de la conna\u00eetre\u201d, il est alors hautement difficile de savoir qui est coupable et qui est innocent. Et puisque nous ne pouvons acc\u00e9der \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 Rosi choisit de taire le nom de nombreux personnages ce qui est parfois source de confusion : nous ne savons plus qui est qui et le spectateur avance \u00e0 t\u00e2tons dans le labyrinthe aux c\u00f4t\u00e9s de l\u2019enqu\u00eateur.\u00a0 Les sauts dans le temps ajoutent \u00e0 la sensation de vertige d\u2019autant que Rosi filme souvent des s\u00e9quences dont il efface parfois le d\u00e9but ou la fin et privil\u00e9gie le montage de sc\u00e8nes br\u00e8ves o\u00f9 l\u2019on passe du jour \u00e0 la nuit, d\u2019un lieu clos \u00e0 l\u2019immensit\u00e9, d\u2019un visage \u00e0 une foule, puis au contraire il dilate certaines s\u00e9quences qui transmettent une impression de stagnation : l\u2019interrogatoire final de Luciano, par exemple.<\/h6>\n<h6>Certains cin\u00e9astes \u00e0 la recherche d\u2019un <em>continuum <\/em>temporel filment sans coutures, que leur r\u00e9cit \u00e9pouse ou pas la courbe de la chronologie ; chez d\u2019autres les jointures sont d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment apparentes. Si Rosi dans ces trois films additionne les strates de temps sans jamais cr\u00e9\u00e9r de fluidit\u00e9 c\u2019est que, comme l\u2019\u00e9crit Josep Pla : <em>\u201cLa raison est centr\u00e9e dans l\u2019espace, la sensibilit\u00e9 dans le temps\u201d<\/em>. <a href=\"#_edn2\" name=\"_ednref2\">2<\/a> La part belle accord\u00e9e \u00e0 l\u2019analyse conditionne l\u2019espace film\u00e9 avec une pr\u00e9cision extr\u00eame ; par l\u00e0 m\u00eame elle emp\u00eache qu\u2019affleure l\u2019id\u00e9e que le temps existe, qu\u2019il s\u2019\u00e9coule ou qu\u2019il s\u2019agr\u00e8ge. Mais il est paradoxal que cette volont\u00e9 de contr\u00f4le de l\u2019espace pr\u00e9cis\u00e9ment s\u2019applique \u00e0 trois films qui s\u2019ach\u00e8vent dans la d\u00e9r\u00e9liction, dans une sorte d\u2019impuissance rageuse. La passion de Rosi est dialectique, sa vocation, didactique. Nous n\u2019en finirions pas de d\u00e9terminer si la pens\u00e9e forge le sentiment, comme les temp\u00e9raments classiques l\u2019affirment,\u00a0 ou si le sentiment accouche de la pens\u00e9e, selon la conviction romantique. Dans <em>Giuliano, Mattei <\/em>et<em> Luciano <\/em>la pens\u00e9e est ma\u00eetresse et r\u00e8gne sans partage.<\/h6>\n<h6>Un \u00e9pilogue couronne <em>Salvatore Giuliano<\/em>, un saut dans le futur situ\u00e9 en 1960, c\u2019est-\u00e0-dire dix ans apr\u00e8s la mort de Giuliano. Un homme est assassin\u00e9 sur la place d\u2019un village. Le cercle de la foule s\u2019ouvre puis son ombre cerne le cadavre dont le visage est contre terre dans une position analogue \u00e0 celle de Salvatore Giuliano d\u00e9couvert dans les premiers plans du film. Nous d\u00e9couvrons alors qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un mafieux qui a contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019assassinat de Giuliano. A la fin de <em>L\u2019affaire Mattei<\/em>, l\u2019arr\u00eat sur image du corps invisible d\u2019Enrico Mattei plac\u00e9 dans une b\u00e2che blanche en guise de linceul renvoie aux premi\u00e8res s\u00e9quences du film qui reconstituent l\u2019accident d\u2019avion ou suppos\u00e9 tel. La voix off de Mattei qui accompagne cet ultime fragment reproduit aussi une phrase d\u00e9j\u00e0 entendue. Alors que le potentat de la Mafia s\u2019\u00e9croule dans un a\u00e9roport \u00e0 la fin de <em>Lucky Luciano<\/em>, la voix de Siragusa du Bureau des Narcotiques r\u00e9p\u00e8te en off une phrase du dialogue ant\u00e9rieur: <em>\u201cA force de se courir les uns apr\u00e8s les autres on se retrouvera au point de d\u00e9part et toute sera comme avant\u201d<\/em>. Le paraphe de ces trois films h\u00e9las impose au spectateur la circularit\u00e9 jusqu\u2019alors sous-jacente du r\u00e9cit. L\u2019histoire se r\u00e9p\u00e8te, nous l\u2019avions compris.<\/h6>\n<h6>Il est fr\u00e9quent que le \u201cbiopic\u201d soit romanesque, parfois m\u00eame sentimental, de mani\u00e8re \u00e0 \u00e9tablir pour le moins une empathie avec le spectateur. Rosi lui n\u2019en a cure. C\u2019est plut\u00f4t au th\u00e9\u00e2tre auquel fait penser le d\u00e9fil\u00e9 des nombreux personnages qui n\u2019ont qu\u2019une ou deux phrases \u00e0 dire avant de saluer le spectateur et retourner dans l\u2019ombre. Th\u00e9\u00e2tre encore ces hommes lige soumis aux codes anciens de l\u2019honneur, ces cris antiques de la m\u00e8re de Giuliano aupr\u00e8s de la d\u00e9pouille mortelle de son fils, ce rassemblement du premier mai \u00e0 Portella della Ginesta, ces t\u00e9moins appel\u00e9s \u00e0 la barre pendant le proc\u00e8s de Viterbe, ce po\u00e8me en hommage \u00e0 la Sicile r\u00e9cit\u00e9 face \u00e0 une \u00e2pre montagne\u00a0; cette harangue populiste de Mattei \u00e0 Gagliano, ces d\u00e9clarations fracassantes aux m\u00e9dias\u00a0; ce monologue de Luciano sur la citoyennet\u00e9 suivi de cette promesse d\u2019ascension sociale faite \u00e0 un serveur devant les capos de la Mafia, cette conf\u00e9rence de presse durant laquelle Luciano amuse les journalistes ; ces repas festifs ou protocolaires, cette ronde de politiciens ladres, ces salles de conseil d\u2019administration vides o\u00f9 deux hommes se confessent et constatent que l\u2019ordre du monde leur \u00e9chappe, ces sortes de gradins o\u00f9 s\u2019entassent en cercle les spectateurs passifs d\u2019un drame.<\/h6>\n<h6><em>Salvatore Giuliano, L\u2019affaire Mattei, Lucky Luciano <\/em>ou la rencontre du th\u00e9\u00e2tre et de l\u2019essai. Affirmer des principes, en appeller \u00e0 la rigueur, choisir un cadre formel, se forger une m\u00e9thode, mettre \u00e0 nu des m\u00e9canismes \u2013 ici de pouvoir \u2013, encha\u00eener des questions et d\u00e9boucher sur une question qui englobe les pr\u00e9c\u00e9dentes est propre de l\u2019essayiste qui s\u2019engage dans telle ou telle voie puis s\u2019en \u00e9loigne, puis nuance un jugement ou se contredit, et enfin suscite la r\u00e9flexion plus qu\u2019il n\u2019apporte des r\u00e9ponses.<\/h6>\n<h6>L\u2019inach\u00e8vement est inh\u00e9rent \u00e0 l\u2019essai. Toute fiction s\u2019en\u00a0 rapproche lorsqu\u2019elle renonce aux atours de la m\u00e9lodie \u2013 la clart\u00e9 de la trame que l\u2019on conte, la fermet\u00e9 du dessin des personnages \u2013, et pr\u00e9f\u00e8re en effacer les contours pour mieux tisser des lignes harmoniques, si bien qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019\u00e9crire un sc\u00e9nario, de le filmer puis de le monter mais de subordonner l\u2019histoire \u00e0 la forme. Le montage devient alors, et de mani\u00e8re patente, l\u2019expression d\u2019une pens\u00e9e\u00a0: un changement de plan a valeur d\u2019argument, un effet sonore peut produire une interrogation. Toute fiction fondue dans le feu de l\u2019essai, nous dit Rosi, pr\u00e9serve notre vitalit\u00e9 d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e pour vitup\u00e9rer encore ; elle nous aide \u00e0\u00a0 \u00eatre libre, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 vouloir, devoir et surtout savoir s\u2019opposer au pouvoir.<\/h6>\n<p><a href=\"#_ednref1\" name=\"_edn1\">1<\/a> Elias Canetti,<em> Masse et puissance<\/em>, Editions Gallimard, Collection Tel, \u00ab\u00a0\u00c9l\u00e9ments de puissance, Le secret\u00a0\u00bb, 1966, p 313.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref2\" name=\"_edn2\">2<\/a> Josep Pla, <em>El cuaderno gris<\/em>, Edicions Destino, Collection \u00c1ncora y Delf\u00edn, 1975, vol 464, p 489.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LE TOMBEAU DE GIULIANO, MATTEI ET LUCIANO N\u00ba 540, f\u00e9vrier 2006, p 100-102. 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