{"id":6614,"date":"2022-03-01T15:30:24","date_gmt":"2022-03-01T15:30:24","guid":{"rendered":"https:\/\/florealpeleato.com\/?p=6614"},"modified":"2022-03-01T15:30:24","modified_gmt":"2022-03-01T15:30:24","slug":"sous-les-toits-de-new-york","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/sous-les-toits-de-new-york\/","title":{"rendered":"Sous les toits de New York"},"content":{"rendered":"<p>Art\u00edculo dedicado a Sidney Lumet, publicado en el n\u00ba 575 de la revista Positif en el marco del dossier &#8220;New York, impressions au cin\u00e9ma&#8221;.<\/p>\n<p>Sans doute parce qu\u2019il a grandi pendant la D\u00e9pression au sein d\u2019une famille pauvre dans un quartier de Manhattan, alors peupl\u00e9 d\u2019immigr\u00e9s et aujourd\u2019hui hupp\u00e9,\u00a0 qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 com\u00e9dien tr\u00e8s t\u00f4t \u00e0 Brooklyn, puis qu\u2019apr\u00e8s la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale il a men\u00e9 une vie boh\u00eame dans Greenwich Village, et qu\u2019aux cours des ann\u00e9es cinquante il en a d\u00e9j\u00e0 explor\u00e9 de nombreux recoins pour ses films t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s, New York est dans la filmographie de Sidney Lumet une toile de fond fr\u00e9quente autant qu\u2019une mosa\u00efque composite qui \u00e9chappe aux attentes.<\/p>\n<p>Non pas que les icones de la ville telles que le World Trade Center n\u2019y apparaissent pas (<em>The wiz, <\/em>1978), mais Lumet s\u2019entend \u00e0 parcourir sa ville en connaisseur qui la traverse en tous sens, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elle est dans ses films film\u00e9e \u00e0 hauteur d\u2019homme par un cin\u00e9aste concern\u00e9 par la vie de ses semblables et qui donc se confronte \u00e0 leur quotidien. Pas de glamour donc, ni de promesses d\u2019enchantement nocturne ou encore de lueurs d\u2019aurore romantique. Rien ne doit nous d\u00e9tourner du drame. Pas de clin d\u2019oeil au spectateur avis\u00e9, pas de lieux prestigieux, pas plus que de concessions commerciales. N\u2019oublions pas que contrairement aux id\u00e9es re\u00e7ues concernant une carri\u00e8re trop abondante pour \u00eatre personnelle et r\u00e9ussie, il n\u2019a que tr\u00e8s rarement film\u00e9 \u00e0 Hollywood (<em>Le lendemain du crime, The morning after<\/em>, 1986) et est rest\u00e9 aussi fid\u00e8le \u00e0 New York que, par exemple, Woody Allen mais que l\u2019image qu\u2019il en donne n\u2019\u00e9veille en nous aucun souvenir d\u2019un chez soi plein de charme. Il est d\u2019ailleurs difficile de deviner les pr\u00e9f\u00e9rences du cin\u00e9aste \u00e0 propos d\u2019un quartier\u00a0: \u201c<em>La ville peut incarner toutes les humeurs. Je pr\u00e9f\u00e8re maintenant tourner en studio plut\u00f4t qu\u2019en ext\u00e9rieurs comme \u00e0 mes d\u00e9buts. New York n\u2019est pas une ville homog\u00e8ne. Chaque quartier a une odeur particuli\u00e8re\u201d<\/em>.<\/p>\n<p>En qu\u00eate d\u2019une \u00ab\u00a0odeur particuli\u00e8re\u00a0\u00bb il lui arrive de plonger un personnage dans un quartier qui a ses r\u00e8gles strictes et une g\u00e9ographie particuli\u00e8re, telle la femme polici\u00e8re (M\u00e9lanie Griffith) qui recherche un assassin parmi la communaut\u00e9 juive hassidique dans <em>Une \u00e9trang\u00e8re parmi nous <\/em>(<em>A stranger among us<\/em>, 1992), ou dans un quartier reconnaissable en partie, le Harlem hispanique (<em>Q&amp;A<\/em>, 1990) ou le Harlem noir qui d\u00e9pla\u00eet tant \u00e0 Sol Nazerman (Rod Steiger), l\u2019\u00e9migr\u00e9 allemand survivant des camps d\u2019extermination nazis dans <em>Le pr\u00eateur sur gages<\/em> (<em>The pawnbroker<\/em>, 1965) et dans lequel les images quasi documentaires et n\u00e9anmoins tr\u00e8s sculpt\u00e9es de Boris Kaufman pr\u00e9sentent la vie d\u2019Harlem avec une vigueur alors rare, mais le plus souvent ses images de New York en gomment les signes les plus \u00e9vidents. Lorsqu\u2019\u00e0 la fin de l\u2019un de ses plus beaux films, le m\u00e9sestim\u00e9 <em>A bout de course <\/em>(<em>Running on empty<\/em>, 1988), un adolescent (River Phoenix) quitte la province o\u00f9 la police harc\u00e8le ses parents fugitifs qui furent des activistes politiques dans les ann\u00e9es soixante-dix et parvient \u00e0 New York Lumet filme \u00e0 peine quelques points de rep\u00e8re pour nous situer dans la m\u00e9galopole qui pourrait \u00eatre une autre grande ville. L\u2019important est le drame humain et le jeune protagoniste n\u2019a gu\u00e8re le temps ni l\u2019envie d\u2019ailleurs de go\u00fbter les beaut\u00e9s de New York. Ce sera pour plus tard, hors champ, lorsqu\u2019il aura enfin l\u2019opportunit\u00e9 de d\u00e9velopper son talent de jeune pianiste.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/s725-04f4b7.jpg\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6618 alignleft\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/s725-04f4b7-300x169.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/s725-04f4b7-300x169.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/s725-04f4b7.jpg 725w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Chez Lumet prime l\u2019acuit\u00e9 d\u2019un regard rompu \u00e0 l\u2019exercice du rep\u00e9rage. On pourrait croire \u00e0 une propension \u00e0 filmer des reportages urbains. Rien de plus faux: le reportage se contente d\u2019enregister le r\u00e9el. L\u2019ouverture d\u2019<em>Un apr\u00e8s-midi de chien <\/em>(<em>Dog Day afternoon<\/em>, 1975) est trompeuse. Son approche d\u00e9dramatis\u00e9e qui oscille entre l\u2019imagerie t\u00e9l\u00e9visuelle et la nonchalance touristique est le contrepoint du drame claustrophobique \u00e0 venir. Ce qui en apparence n\u2019est que la description de moments creux film\u00e9s un jour d\u2019\u00e9t\u00e9 est en fait un condens\u00e9 du drame d\u2019une ville o\u00f9 le contr\u00f4le est impossible, o\u00f9 chaque impasse cache une trag\u00e9die avort\u00e9e. Et se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 une approche documentaire n\u2019est pas tout \u00e0 fait juste non plus\u00a0; le documentaire est un art de l\u2019\u00e9coute\u00a0; l\u2019engagement de la fiction est autre, il repose sur une prise de position. Bien s\u00fbr leurs fronti\u00e8res sont mouvantes et les cent trente lieux de tournage du <em>Prince de New York <\/em>(<em>The Prince of the city<\/em>, 1981) dans lesquels se croisent pr\u00e8s d\u2019une centaine de personnages interpr\u00e9t\u00e9s pour moiti\u00e9 par des non professionnels tend \u00e0 indiquer un go\u00fbt du m\u00e9tissage dramatique. Lumet a raison de s\u2019enorgueillir que Kurosawa ait admir\u00e9 la stylisation du film car au fur et \u00e0 mesure que l\u2019appareil d\u2019\u00e9tat enserre l\u2019inspecteur Danny Ciello (Treat Williams) dans l\u2019\u00e9tau d\u2019une enqu\u00eate aux milles m\u00e9andres dont chacun montre un pan de corruption la ville devient aussi lisse qu\u2019\u00e9trange, une sorte d\u2019immense prison labyrinthique o\u00f9 l\u2019homme perd le contact avec autrui, si bien que les sons de la ville s\u2019estompent aussi.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/x1080.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6620 alignleft\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/x1080-300x170.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"170\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/x1080-300x170.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/x1080-1024x582.jpg 1024w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/x1080-768x436.jpg 768w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/x1080-1536x873.jpg 1536w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/x1080.jpg 1600w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Sa vision de New York n\u2019est nullement picturale ou photographique, elle r\u00e9sulte d\u2019une organisation de l\u2019espace dict\u00e9e plut\u00f4t par l\u2019architecture. N\u2019\u00e9crit-il pas\u00a0dans <em>Making movies <\/em>: <em>\u00ab\u00a0Parfois, plut\u00f4t que de s\u00e9lectionner une palette de couleurs, j\u2019ai choisi un style architectural.<\/em> Ce qui conf\u00e8re aux lieux film\u00e9s, pourtant presque banals, une teneur abstraite renforc\u00e9e par une lumi\u00e8re froide. Ce d\u00e9coupage r\u00e9pond aussi \u00e0 une pr\u00e9ocuppation propre \u00e0 un homme de th\u00e9\u00e2tre puisque l\u2019architecture consiste en une dramatisation de l\u2019espace. Sa ville est grise \u2013 non pas terne \u2013, mate et sans issue pour qui veut trouver le repos. Ecoutons-le\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Mon enfance \u00e0 New-York s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e pendant la D\u00e9pression. Et, comme vous le savez, \u00eatre pauvre dans une grande ville revient \u00e0 mener une triste et terrible existence. C\u2019est pire que d\u2019\u00eatre pauvre \u00e0 la campagne. Parce qu\u2019il n\u2019y a aucun havre de paix, aucun endroit o\u00f9 respirer, o\u00f9 se retrouver seul. Vous \u00eates cern\u00e9 par la foule, dans une bo\u00eete. \u00c0 plusieurs dans une bo\u00eete minuscule. Je pense que mes principaux traits de caract\u00e8re viennent de l\u00e0. Quand vous \u00eates pauvre dans une grande ville, vous vous retrouvez tr\u00e8s rapidement conscient de la classe \u00e0 laquelle vous appartenez. Vous devenez vite conscient de votre statut social.\u00a0\u00bb<\/em> On croirait qu\u2019il d\u00e9crit l\u2019espace de <em>Network <\/em>(1976), cette prison citadine de verre, d\u2019\u00e9crans, de bureaux semblales \u00e0 des rings o\u00f9 il est impossible d\u2019\u00e9viter le combat, de couloirs o\u00f9 \u00eatre seul ne signifie pas \u00eatre libre. Lutter, tomber, survivre, continer. Tel est le programe des mieux lotis dans une ville-machine m\u00e9diatique, politique et polic\u00e9e qui tant\u00f4t les assimile, tant\u00f4t les broye. En montrant surtout l\u2019envers du d\u00e9cor Lumet \u00a0d\u00e9sacralise New York. Voil\u00e0 l\u2019enjeu\u00a0: filmer l\u2019homme dans son milieu m\u00eame s\u2019il s\u2019agit de \u00ab\u00a0bo\u00eetes\u00a0\u00bb imbriqu\u00e9es les unes dans les autres, comme dans l\u2019excellent <em>7h 58, ce samedi-l\u00e0 <\/em>(2006) o\u00f9 la ville p\u00e8se sur ses habitants, bien qu\u2019il la montre peu, et dans la s\u00e9rie t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e <em>Tribunal Central<\/em> (<em>100 Centre Street<\/em>, 2001) dont la Cour de la justice est le lieu d\u2019observation des comportements.<\/p>\n<p>De <em>Serpico <\/em>(1973) \u00e0 <em>Dans l\u2019ombre de Manhattan <\/em>(<em>Night Falls on Manhattan<\/em>, 1997) <em>\u00a0<\/em>la protagoniste de ses films new yorkais est la rue, creuset de la diversit\u00e9 sociale, du melting-pot ethnique, lieu de rencontres et d\u2019affrontements, th\u00e9\u00e2tre de situations en apparence banales mais souvent impr\u00e9vues. Franck Serpico incarne \u00e0 lui seul la mosa\u00efque de la ville car ses changements vestimentaires, d\u2019attitude, de discours r\u00e8v\u00e8lent les glissements d\u2019une identit\u00e9 si mouvante qu\u2019elle en devient opaque. La rue appartient \u00e0 tout le monde ou plut\u00f4t nous sommes tous contraints d\u2019y vivre ou convi\u00e9s \u00e0 la traverser. La rue est donc l\u2019espace d\u2019un regard potentiellement plus d\u00e9mocratique\u00a0; Lumet y revient r\u00e9guli\u00e8rement comme pour capter une respiration collective, m\u00eame par le d\u00e9tour de l\u2019artifice, car le microcosme r\u00e9uni dans la banque braqu\u00e9e par Sonny (Al Pacino) et Sal (John Cazale) est un condens\u00e9 de la population de la ville.<\/p>\n<p>Et lorsque la rue n\u2019est pas le d\u00e9cor principal c\u2019est son environnement imm\u00e9diat\u00a0: fa\u00e7ades et vitrines, escaliers, ruelles, culs de sac, bars, bureaux anonymes, petits commerces. Cette vraisemblance des lieux aiguis\u00e9e par le refus de la belle image rend parfois difficile l\u2019emploi d\u2019une musique d\u2019accompagnement. La partition de Mikis Th\u00e9dorakis dans <em>Serpico <\/em>est l\u2019exemple patent d\u2019une vaine illustration qui nous \u00e9loigne de la trame et surtout du protagoniste. Ce commentaire musical est un hors-sujet. Les sons ont une autre \u00e9paisseur dramatique. Dans ses films des ann\u00e9es soixante-dix le r\u00e9alisateurs accorde toute son attention aux syst\u00e8mes d\u2019\u00e9coute qui emprisonnent les personnages.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/descarga.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-6616 alignleft\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/descarga.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"168\" \/><\/a>Ils marchent sans se soucier de la vie dans les hauteurs, raison pour laquelle les gratte-ciels apparaissent peu dans les films de Lumet. A peine voient-il le ciel et son absence dans <em>Le prince de New York <\/em>(<em>The Prince of the city<\/em>, 1981) dit bien l\u2019enfermement de Danny Ciello, incapable de regarder autre chose que les rues et les visages des accus\u00e9s. On ne lui a pas appris \u00e0 lever les yeux vers le ciel. Et pourtant, vient un moment dans <em>Le gang Anderson <\/em>(<em>The Anderson tapes<\/em>, 1971), dans \u00a0<em>Serpico<\/em>, \u00a0dans <em>Un apr\u00e8s-midi de chien <\/em>ou <em>Le prince de New York<\/em>, o\u00f9 Lumet a la tentation de filmer les toits de la ville, pour filmer la fuite de John Anderson (Sean Connery) et les manoeuvres d\u2019encerclement de la police, la br\u00e8ve \u00e9chapp\u00e9e belle de Danny Ciello, pour observer Sonny cern\u00e9 par les tireurs d\u2019\u00e9lite qui surplombent la banque situ\u00e9e dans Brooklyn. Lumet a-t-il dans son enfance arpent\u00e9 les toits de son quartier, a-t-il saut\u00e9 d\u2019immeuble en immeuble ou a-t-il r\u00eav\u00e9 de le faire\u00a0? Ou est-ce simplement une figure r\u00e9currente\u00a0? Le toit est ce havre de paix, peut-\u00eatre le seul, o\u00f9 respirer, o\u00f9 se retrouver seul, tandis qu\u2019en bas gronde la ville dont on per\u00e7oit la lame de fond. L\u2019homme sur le toit est le funambule tent\u00e9 par l\u2019ascension, l\u2019oubli de soi et du monde, mais affaibli parfois par le vertige. Ni John Anderson, ni Serpico, ni Sonny n\u2019\u00e9chappent \u00e0 leurs poursuivants. En ce qui concerne Danny Ciello il n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 sa conscience tourment\u00e9e.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/at_c.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6619 alignleft\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/at_c-300x162.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"162\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/at_c-300x162.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/at_c-1024x554.jpg 1024w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/at_c-768x415.jpg 768w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/at_c.jpg 1080w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Les personnages ont fort \u00e0 faire avec les difficult\u00e9s du quotidien, trop pour s\u2019arr\u00eater ou pour fl\u00e2ner. Le marcheur chez Lumet n\u2019est pas un promeneur, c\u2019est un individu soucieux d\u2019atteindre un but et qui souvent n\u2019y parvient pas. Pour ainsi dire il se heurte aux murs de brique si pr\u00e9sents dans ses films\u00a0; ils ont quelque chose de carc\u00e9ral comme si la prison \u00e9tait autant \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur qu\u2019\u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. Il est tout \u00e0 fait conscient de procurer au spectateur cette impression\u00a0:<em> \u00ab\u00a0Le sentiment d\u2019enfermement est tr\u00e8s fort, m\u00eame dans mes ext\u00e9rieurs new-yorkais. Je fais tr\u00e8s peu de panoramiques. C\u2019est pour traduire \u00e0 l\u2019image cette sorte de pi\u00e8ge psychologique o\u00f9 se d\u00e9battent beaucoup de mes personnages. Ce que je cherche, quand je tourne en ext\u00e9rieurs, c\u2019est une m\u00e9taphore ou une illustration directe de la v\u00e9rit\u00e9 profonde de mon personnage. Quand mes ext\u00e9rieurs conf\u00e8rent un sentiment de pi\u00e8ge, d\u2019enfermement, c\u2019est presque toujours parce que c\u2019est comme \u00e7a que je vois mes personnages.\u00a0\u00bb<\/em> Cela permet aussi de montrer l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 des personnages gr\u00e2ce au cloisonnement du d\u00e9cor\u00a0: Sol Nazerman (<em>Le pr\u00eateur sur gages<\/em>) ne sait vivre que derri\u00e8re des murs, Danny Ciello se condamne \u00e0 vivre dans des \u00eelots. Il en est de m\u00eame pour John Anderson qui \u00e0 peine sorti de prison s\u2019enferme en quelque sorte dans le loft de sa ma\u00eetresse afin de pr\u00e9parer son coup de ma\u00eetre qui \u00e0 son tour va signifier s\u2019enfermer dans un \u00e9difice o\u00f9 voler tous les appartements. Le cloisonnement peut atteindre la totalit\u00e9 du r\u00e9cit (<em>Un apr\u00e8s-midi de chien<\/em>), car le superbe sc\u00e9nario de Franck Pierson d\u00e9crit un d\u00e9veloppement et omet volontairement de montrer les pr\u00e9misses et les cons\u00e9quences. Dans New York la ligne qui s\u00e9pare l\u2019int\u00e9rieur et l\u2019ext\u00e9rieur\u00a0est t\u00e9nue : Serpico est \u00e0 l\u2019aise partout mais n\u2019est v\u00e9ritablement bien nulle part. Autour de lui la foule solitaire en perp\u00e9tuel mouvement tente d\u2019\u00e9chapper aux invisibles prisons sociales per\u00e7ues par Lumet d\u00e8s l\u2019enfance.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Art\u00edculo dedicado a Sidney Lumet, publicado en el n\u00ba 575 de la revista Positif en el marco del dossier &#8220;New York, impressions au cin\u00e9ma&#8221;. Sans doute parce qu\u2019il a grandi pendant la D\u00e9pression au sein d\u2019une famille pauvre dans un quartier de Manhattan, alors peupl\u00e9 d\u2019immigr\u00e9s et aujourd\u2019hui hupp\u00e9,\u00a0 qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 com\u00e9dien tr\u00e8s t\u00f4t [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":6621,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[7],"tags":[265,214,266],"class_list":["post-6614","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-cine-americano","tag-al-pacino","tag-sidney-lumet","tag-treat-williams"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6614","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6614"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6614\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6621"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6614"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6614"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6614"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}