{"id":6599,"date":"2022-03-01T14:26:03","date_gmt":"2022-03-01T14:26:03","guid":{"rendered":"https:\/\/florealpeleato.com\/?p=6599"},"modified":"2022-03-01T14:26:03","modified_gmt":"2022-03-01T14:26:03","slug":"visages-dun-monde-flottant-ou-quatre-femmes-filmees-par-naruse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/visages-dun-monde-flottant-ou-quatre-femmes-filmees-par-naruse\/","title":{"rendered":"Visages d&#8217;un monde flottant ou quatre femmes film\u00e9es par Naruse"},"content":{"rendered":"<p>Art\u00edculo publicado en en\u00famero doble de julio\/agosto de 2007 (n\u00ba 557-558) en el dossier Mizoguchi-Ozu-Naruse.<\/p>\n<p>Trop souvent l\u2019on confond la monotonie et l\u2019ennui. On voudrait que la monotonie soit le fruit de l\u2019incurie, de la maladresse, de l\u2019usure, de rh\u00e9toriques stylistiques d\u2019autant plus \u00e9prouvantes qu\u2019elles sont d\u00e9daigneuses. Bien des exemples il est vrai le confirment et pourtant la monotonie peut exprimer la recherche constante d\u2019un artiste obsessionnel qui se risque \u00e0 lasser pour mieux dire ce qu\u2019il a d\u00e9j\u00e0 dit ou ce que d\u2019autres avant lui ont capt\u00e9 et transmis.<\/p>\n<p>Les sculptures des dieux et d\u00e9esses et les sc\u00e8nes bibliques perp\u00e9tu\u00e9s depuis les temps anciens, l\u2019<em>Art de la fugue <\/em>de Bach, les sonates pour piano de Scarlatti, les <em>Variations Diabelli<\/em> de Beethoven, les estampes consacr\u00e9es au \u00a0mont Fuji par Hokusai et Hiroshige sont monotones tout autant que la montagne Sainte-Victoire peinte par C\u00e9zanne, les Nymph\u00e9as de Monet, les cycles picturaux de Picasso et Tapi\u00e8s, les sc\u00e9narios \u00e9crits par Kogo Noda pour Ozu, les d\u00e9ploiements monochromes de l\u2019art contemporain, ses innombrables s\u00e9ries photographiques et plastiques, et maintes oeuvres litt\u00e9raires qui se r\u00e9clament, parfois en vain, de la modernit\u00e9.<\/p>\n<p>Il faudrait y ajouter les mosa\u00efques de Mikio Naruse d\u2019o\u00f9 le jaillissement et l\u2019extr\u00eame sont exclus, d\u2019o\u00f9 la brillance est bannie au profit de situations ni trop t\u00e9nues, ni trop fortes, trait\u00e9es avec la m\u00eame distance \u00e9motionnelle ou plut\u00f4t avec la m\u00eame attention. Ce refus de l\u2019\u00e9clat nourrit aussi les plans encha\u00een\u00e9s selon un rythme \u00e9tale au cours de sc\u00e8nes qui nuancent et renouvellent les motifs. Tout semble lent quand tout est rapide et sec. Cette surface dramatique d\u00e9polie, d\u00e9dor\u00e9e, lui permet d\u2019obtenir une marqueterie dont chaque fragment s\u2019imbrique dans un tout compact sans nous livrer le secret gr\u00e2ce auquel le temps d\u2019une vie banale en apparence s\u2019inscrit dans notre m\u00e9moire. Les contours en sont difficiles \u00e0 cerner tant le cin\u00e9aste aplanit jusqu\u2019\u00e0 r\u00e9duire \u00e0 l\u2019uniforme en sorte que s\u2019il survient l\u2019extraordinaire devient quotidien.<\/p>\n<p>Certains livres gagnent \u00e0 \u00eatre lus \u00e0 haute voix, d\u2019autres invitent au silence\u00a0; certains tableaux requi\u00e8rent que l\u2019on s\u2019\u00e9loigne pour mieux les admirer, d\u2019autres que l\u2019on s\u2019approche\u00a0; certaines pi\u00e8ces musicales et certains films s\u2019appr\u00e9cient mieux loin des mondanit\u00e9s. Pour go\u00fbter \u00e0 l\u2019art de la variation de Naruse oppos\u00e9 au go\u00fbt de la vari\u00e9t\u00e9 il ne faut craindre ni le silence, ni la r\u00e9p\u00e9tition, ni surtout la sensation, stimulante par ailleurs, qu\u2019une tapisserie tiss\u00e9e dans des tons gris ne d\u00e9voile que peu \u00e0 peu sa beaut\u00e9.<\/p>\n<p>Parmi les images r\u00e9currentes du cin\u00e9aste le visage d\u2019une femme enneig\u00e9e condense tout son talent. Entendons une femme ensevelie sous ses \u00e9motions, glac\u00e9e par le sacrifice, affaiblie par le manque de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 d\u2019autrui, souvent par la veulerie des hommes, us\u00e9e par l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019un amour heureux, att\u00e9r\u00e9e par son propre d\u00e9litement, par sa difficult\u00e9 \u00e0 dire et vivre ses sentiments car il n\u2019est pas question pour elle de renoncer aux usages. Dans <em>Le grondement de la montagne <\/em>(<em>Yama no oto<\/em>, 1954) le mari falot dit de sa jeune \u00e9pouse Kikuko (Setsuko Hara) qu\u2019elle est un lac tandis que son amante est un torrent. Oui, les femmes enneig\u00e9es de Naruse ont le calme trompeur d\u2019un lac et sa profondeur abyssale qui attire les temp\u00e9raments suicidaires.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/grondement-de-la-montagne.jpg\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6600 alignleft\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/grondement-de-la-montagne-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"200\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/grondement-de-la-montagne-300x200.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/grondement-de-la-montagne.jpg 600w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Le cin\u00e9aste traque ou suscite le moindre cillement, toute moue, tout pincement, tout haussement, toute contraction qui r\u00e9v\u00e8le une f\u00ealure. Le fracas du monde se lit sur ces visages f\u00e9minins r\u00e9tract\u00e9s qui s\u2019\u00e9clairent quelques secondes avant qu\u2019une sorte de cire ne contraigne l\u2019\u00e9motion leur donnant ainsi un masque de contrition aussi \u00e9nigmatique que l\u2019objet qui intrigue le beau-p\u00e8re de Kikuko dans <em>Le grondement de la montagne.<\/em> Les silhouettes sveltes de ces femmes peu sexu\u00e9es sont des feux follets qui \u00e9mergent dans des ruelles, des maisons basses, des escaliers et des soupentes, des terrains vagues h\u00e9riss\u00e9s de haies et de palissades, parmi des arbres d\u00e9nud\u00e9s, des parcs vides, des avenues que l\u2019on parcourt en tramway et dans des trains bond\u00e9s par une foule solitaire, en voiture parfois mais le plus souvent en d\u00e9ambulant car d\u00e9ambuler c\u2019est \u00eatre seul tout en \u00e9tant avec l\u2019autre.<\/p>\n<p>Kikuko a les attributs du masque neutre mentionn\u00e9 ci-dessus. Elle endure les vexations de son mari, son infid\u00e9lit\u00e9, elle avorte sans plainte ni impr\u00e9cation, jamais un mot malveillant ne sort de sa bouche. C\u2019est une femme de floraison lente dont les proches ne soup\u00e7onnent pas d\u2019embl\u00e9e la force mise au service du \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb, du non \u00e0 la vie. Sa douceur est un leurre car elle cache son orgueil bless\u00e9. Autour d\u2019elle le film ne \u00ab\u00a0monte\u00a0\u00bb pas mais il \u00ab\u00a0descend\u00a0\u00bb lentement\u00a0; il n\u2019y aura pas de chocs, juste des froissements. Lorsqu\u2019on la voit assise tenant dans les bras l\u2019enfant de sa belle-soeur\u00a0 un cadrage lointain l\u2019isole sous la v\u00e9randa. Son beau-p\u00e8re qui vient d\u2019apprendre la perte de son b\u00e9b\u00e9 demande que lui soit retir\u00e9 l\u2019enfant pour lui \u00e9viter, dit-il, la fatigue. Naruse consacre alors un bref plan moyen \u00e0 Kikuko. Elle ne laisse rien voir de son tourment, \u00e0 peine d\u00e9tourne-t-elle les yeux. Bien que soumise \u00e0 sa vertu souffrante Kikuko se tait ; \u00e0 l\u2019image de la maison de ses beaux-parents assaillie la nuit par la pluie battante elle semble un havre de paix. La biens\u00e9ance qui l\u2019exige l\u2019\u00e9tiole peu \u00e0 peu. Elle d\u00e9cide de vivre loin de son mari et de son beau-p\u00e8re pour lequel elle ressent la dilection la plus vive. La derni\u00e8re sc\u00e8ne la montre marchant aux c\u00f4t\u00e9s du vieil homme dans un parc. Elle l\u2019aime et n\u2019ose ne lui dire. La rupture est consomm\u00e9e, la s\u00e9paration est in\u00e9luctable mais m\u00eame lorsqu\u2019elle pleure Naruse la filme assise sur un banc, de dos, comme pour nous \u00e9pargner ses sanglots. Acc\u00e8de-t-elle \u00e0 la libert\u00e9, comme le lui dit son beau-p\u00e8re\u00a0? Rien n\u2019est moins s\u00fbr.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/nuages-flottants.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6601 alignleft\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/nuages-flottants-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"200\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/nuages-flottants-300x200.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/nuages-flottants.jpg 600w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Dans <em>Nuages flottants <\/em>(<em>Ukigumo<\/em>, 1955) la voie de Yukiko (Hideko Takamine) est tout aussi solitaire. D\u2019abord viol\u00e9e par un parent elle est ensuite d\u00e9laiss\u00e9e par Tomioka, un homme mari\u00e9, ind\u00e9cis et volage qui si il lui accorde des moments de plaisir lui inflige nombre d\u2019ingratitudes. Volte-faces, faiblesses et mensonges \u00a0se succ\u00e8dent. Tout le film n\u2019est qu\u2019une suite de rendez-vous manqu\u00e9s avec la vie de deux \u00eatres abus\u00e9s par un r\u00eave d\u2019amour. \u00ab\u00a0Ni avec toi ni sans toi\u00a0\u00bb r\u00e9sume leur triste devenir dans un Japon en apesanteur jonch\u00e9 encore de d\u00e9combres. Marcher sans cesse aux c\u00f4t\u00e9s de Tomioka donne \u00e0 Yukiko l\u2019illusion qu\u2019ils sont mari et femme. Elle l\u2019aime et c\u2019est assez pour surmonter l\u2019adversit\u00e9, les heurts, un avortement et la maladie qui la mine. Avant de le suivre sur une \u00eele o\u00f9 la pluie diluvienne la condamne \u00e0 n\u2019\u00eatre qu\u2019une fleur fan\u00e9e, telle celle de la chanson que lui apprend le soldat am\u00e9ricain, elle s\u2019effondre. (A-t-on vu au cin\u00e9ma couple plus abattu que cet homme et cette femme fouett\u00e9s par la pluie qui cingle une barque en partance vers une \u00eele\u00a0?) Pas un premier plan pourtant ne ternit la nacre de son visage an\u00e9mi\u00e9. D\u00e8s le d\u00e9but du film Naruse isole son masque blanc dans la grisaille du d\u00e9cor. Ses regards gliss\u00e9s dans le vide sont de brefs travellings oculaires plus subtils que les mouvements d\u2019une cam\u00e9ra. A l\u2019instant o\u00f9 l\u2019amant dit vouloir \u00e9lever l\u2019enfant et se sentir coupable le r\u00e9alisateur filme un plan moyen de Yukiko qui baisse les yeux presque toujours \u00e0 l\u2019aff\u00fbt d\u2019un regard qu\u2019elle ne rencontre pas. On voudrait que le plan dure mais Naruse s\u2019y refuse. Il a capt\u00e9 l\u2019intensit\u00e9, cela lui suffit. \u00a0Et Tomioka aime-t-il Yukiko\u00a0? Il se souvient trop tard des heures partag\u00e9es en Indochine et peint les l\u00e8vres de la morte sous la pauvre lumi\u00e8re d\u2019une lampe. Dehors la tourmente gronde, indiff\u00e9rente au drame muet, car il n\u2019y a rien \u00e0 faire sinon taire la douleur. Le visage rayonnant de Yukiko aper\u00e7u en flash-back remplace bri\u00e8vement sa blancheur mortuaire.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Quand-une-f.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6602 alignleft\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Quand-une-f-300x220.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"220\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Quand-une-f-300x220.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Quand-une-f-1024x750.jpg 1024w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Quand-une-f-768x563.jpg 768w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Quand-une-f-1536x1125.jpg 1536w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Quand-une-f.jpg 1600w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Pas un geste de tendresse n\u2019est r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 Keiko (Hideko Takamine au sommet de son art) la g\u00e9rente du bar Carton (<em>Quand une femme monte l\u2019escalier, Onna ga kaidan wo agaru toki<\/em>, 1960). Elle est courtis\u00e9e avec \u00e9gards par des clients qui veulent l\u2019\u00e9pouser, pas un ne surmonterait le m\u00e9pris affich\u00e9 de cette vestale, mais elle n\u2019aime qu\u2019un homme mari\u00e9 qui refuse de quitter femme et enfants. Nous ne saurons si la jeune veuve a r\u00e9ellement plac\u00e9 une lettre d\u2019amour sur la tombe de son d\u00e9funt mari mais nous devinons qu\u2019elle est enti\u00e8re au point de s\u2019imposer une r\u00e8gle de vie stricte. Keiko ne trouve pas plus de pr\u00e9venance aupr\u00e8s de sa m\u00e8re et de son fr\u00e8re qui sollicitent de l\u2019argent. Pour autant qu\u2019elle veuille se convaincre que la solitude est le prix de l\u2019ind\u00e9pendance elle d\u00e9teste monter les escaliers du Carton m\u00eame si une fois en haut elle croit, ou feint de croire, en sa chance. D\u2019ailleurs ne consulte-t-elle pas une voyante\u00a0? Au d\u00e9but du film une h\u00f4tesse de bar se suicide plus tard c\u2019est le tour de l\u2019insouciante Yuri qui a travaill\u00e9 avec elle avant de lui d\u00e9rober des clients pour ouvrir son propre local, s\u00e9duite par les promesses d\u2019un homme d\u2019affaires rapace. Keiko sait que l\u2019alternative est un mariage sans amour ou l\u2019achat d\u2019un bar. Avant qu\u2019elle ne monte une nouvelle fois les marches et boive en d\u00e9pit de son d\u00e9go\u00fbt en compagnie d\u2019hommes esseul\u00e9s elle va au devant de sa douleur puisqu\u2019elle marche jusqu\u2019\u00e0 la gare de chemins de fer pour prendre cong\u00e9 de son amant mut\u00e9 \u00e0 Osaka. C\u2019est un adieu incommodant pour les deux car le p\u00e8re est accompagn\u00e9 par sa famille. Keiko remet aux enfants de l\u2019homme qui d\u00e9tourne le regard un faux cadeau, elle lui rend des actions offertes en guise de d\u00e9dommagement. Peu apr\u00e8s la voix en off de Keiko nous assure qu\u2019elle doit \u00eatre forte comme les arbres mill\u00e9naires pour r\u00e9sister au froid de l\u2019hiver. Une fois parvenue sur le seuil du Carton elle sourit et sa mod\u00e9ration l\u2019emporte sur le d\u00e9sespoir. Sur le visage de Keiko les fr\u00e9missements film\u00e9s en accord avec les modulations de sa voix \u00a0disent son infinie tristesse.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Nuages-Epars-2-1450x800-c.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6603 alignleft\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Nuages-Epars-2-1450x800-c-300x163.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"163\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Nuages-Epars-2-1450x800-c-300x163.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Nuages-Epars-2-1450x800-c-1024x557.jpg 1024w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Nuages-Epars-2-1450x800-c-768x418.jpg 768w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Nuages-Epars-2-1450x800-c.jpg 1450w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Le dernier film du metteur en sc\u00e8ne (<em>Nuages \u00e9pars, Midaregumo<\/em>, 1967) offre un nouveau portrait de femme sous la neige. Yumiko (Yoko Tsukasa) est enceinte, son mari bient\u00f4t sera en poste \u00e0 Washington. Leur bonheur prend fin brutalement lorsqu\u2019il meurt dans un accident de voiture. Shiro, le conducteur responsable bien que reconnu non coupable par les autorit\u00e9s, souhaite verser une pension \u00e0 Yumiko qui l\u2019accepte un temps puis refuse. Ici encore Naruse filme \u00a0le veuvage, la perte d\u2019un enfant car Yumiko avorte, le rejet de l\u2019argent, l\u2019\u00e9loignement puis des retrouvailles non d\u00e9sir\u00e9es, \u00a0une femme convoit\u00e9e, exploit\u00e9e, mais ici l\u2019homme (Shiro) est honn\u00eate et bon. La douleur les s\u00e9pare d\u2019abord puis l\u2019amour naissant, non r\u00e9ciproque et bient\u00f4t r\u00e9prim\u00e9 par Yumiko qui s\u2019interdit tout d\u00e9bordement \u00e9motionnel. Le destin les r\u00e9unit dans le village natal de la jeune femme. La pluie provoque la fi\u00e8vre de Shiro. Elle le soigne, lui prend la main, le regarde, l\u2019accepte enfin. Quelle connaissance des \u00eatres fallait-il pour filmer Yumiko mi troubl\u00e9e, mi sereine. Pourtant elle r\u00e9siste encore. C\u2019est dans un parc ensoleill\u00e9 qu\u2019elle dit \u00e0 Shiro, d\u00e9j\u00e0 convalescent, que durant cinq mois d\u2019hiver son village natal est isol\u00e9 sous la neige. Lorsqu\u2019\u00e0 la fin du film Yumiko c\u00e8de enfin \u00e0 son \u00e9lan dans l\u2019escalier qui la conduit chez son futur amant son visage au teint tant\u00f4t \u00e9burn\u00e9, tant\u00f4t c\u00e9rul\u00e9en, laisse percer le d\u00e9sir et le besoin d\u2019\u00eatre ensemble. Mais il est trop tard car afin de lui \u00e9viter de souffrir il a demand\u00e9 une nouvelle mutation. Apr\u00e8s une nuit d\u2019adieu la s\u00e9paration, qui bien s\u00fbr \u00e9voque la fin de <em>In the mood for love<\/em>, est d\u2019une stup\u00e9fiante concision. Yumiko marche sur les rives d\u2019un lac tandis que Shiro part pour Lahore. Leur coeur en hiver souffre d\u2019aimer en vain.<\/p>\n<p>Le peintre Whistler avait raison\u00a0: seul le travail peut effacer la trace du travail. Comment Naruse parvient-il \u00e0 enclore ces\u00a0 visages presque immobiles et n\u00e9anmoins agit\u00e9s de soubresauts, comment peut-il\u00a0 saisir entre deux plans une vie qui bascule\u00a0? C\u2019est un myst\u00e8re. Par chance la neige fond parfois pour laisser place au plaisir et au bonheur mais Naruse pr\u00e9f\u00e9ra filmer l\u2019autre visage de notre condition.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Art\u00edculo publicado en en\u00famero doble de julio\/agosto de 2007 (n\u00ba 557-558) en el dossier Mizoguchi-Ozu-Naruse. Trop souvent l\u2019on confond la monotonie et l\u2019ennui. On voudrait que la monotonie soit le fruit de l\u2019incurie, de la maladresse, de l\u2019usure, de rh\u00e9toriques stylistiques d\u2019autant plus \u00e9prouvantes qu\u2019elles sont d\u00e9daigneuses. Bien des exemples il est vrai le confirment [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":6604,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[8],"tags":[263,264],"class_list":["post-6599","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-otros-aspectos","tag-hideko-takamine","tag-mikio-naruse"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6599","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6599"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6599\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6604"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6599"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6599"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6599"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}