{"id":6419,"date":"2019-07-01T11:17:04","date_gmt":"2019-07-01T11:17:04","guid":{"rendered":"http:\/\/florealpeleato.com\/?p=6419"},"modified":"2019-07-01T11:17:04","modified_gmt":"2019-07-01T11:17:04","slug":"enquete-sur-un-hotel-au-dessus-de-tout-soupcon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/enquete-sur-un-hotel-au-dessus-de-tout-soupcon\/","title":{"rendered":"Enqu\u00eate sur un h\u00f4tel au-dessus de tout soup\u00e7on"},"content":{"rendered":"<p>Art\u00edculo publicado en junio de 2019 en el n\u00ba 700 de la revista Positif.<\/p>\n<p>\u00c0 partir de d\u00e9cembre 1976 des millions de couples \u00e9ph\u00e9m\u00e8res s\u2019embrassent \u00e0 l\u2019\u00e9coute d\u2019une chanson, surtout pendant le duo final de guitares entre Don Felder et le nouveau venu Joe Walsh. Cette chanson enregistr\u00e9e par un groupe de rock californien n\u2019est pourtant pas un hymne douceureux aux amours adolescentes. Elle d\u00e9crit en 6\u201930\u2019\u2019 le cauchemar d\u2019un homme h\u00e9berg\u00e9 dans un h\u00f4tel de luxe d\u2019o\u00f9 il ne pourra s\u2019\u00e9chapper.\u00a0 \u00c0 l\u2019\u00e9poque nul ne pr\u00eate attention aux paroles de la chanson \u00e9crites par Don Henley et Glen Frey qui souhaitent une ouverture pareille \u00e0 un \u00e9pisode de <em>Twilight Zone. \u00ab\u00a0We wanted to write the song just like it was a movie.\u00a0\u00bb<\/em> dira Don Henley, bien des ann\u00e9es plus tard, dans un entretien accord\u00e9 \u00e0 Cameron Crowe. Et Glen Frey d\u2019ajouter pour NBS que le rythme de la chanson a \u00e9t\u00e9 dict\u00e9 par la volont\u00e9 de trouver un effet de montage cin\u00e9matographique\u00a0:\u00a0 \u00ab<em>Just one shot to the next&#8230;\u00a0\u00bb <\/em><\/p>\n<p>En cette deuxi\u00e8me moiti\u00e9 des ann\u00e9es soixante-dix personne n\u2019est sensible au potentiel dramatique de la chanson, sauf peut-\u00eatre un cin\u00e9aste dont les filles Anya et Vivian ont entre quinze et vingt ans, et l\u2019a\u00een\u00e9e Katherina, n\u00e9e du premier mariage de sa femme Christiane, a un peu plus de vingt ans, et toutes trois certainement \u00e9coutent ce <em>slow<\/em> des dizaines de fois sur les ondes ou sur microsillons. Un artiste fait feu de tout bois et ce serait m\u00e9conna\u00eetre le processus cr\u00e9atif que de n\u00e9gliger une chanson sous pr\u00e9texte qu\u2019elle est commerciale. Beaucoup confondent les influences et les pr\u00e9f\u00e9rences. Qu\u2019un metteur en sc\u00e8ne mentionne ses auteurs favoris dans l\u2019espoir que son travail ne sera pas indigne d\u2019eux ne signifie pas pour autant qu\u2019ils aient laiss\u00e9 en lui une empreinte durable, ni m\u00eame solide. Il peut \u00eatre influenc\u00e9 par un fragment, plus que par une oeuvre compl\u00e8te, parfois m\u00eame \u00e0 son insu, voire par une production de qualit\u00e9 m\u00e9diocre parce quelle stimule son esprit occup\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er quelque chose qui dans le meilleur des cas sera consid\u00e9r\u00e9 une oeuvre d\u2019art.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Shining-4.jpg\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6421 alignleft\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Shining-4-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"200\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Shining-4-300x200.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Shining-4-768x512.jpg 768w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Shining-4.jpg 770w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Il est probable que Stanley Kubrick ait souvent \u00e9cout\u00e9 <em>Hotel California<\/em> en compagnie de ses filles ou l\u2019ait simplement entendu ou subi, selon son degr\u00e9 d\u2019int\u00e9r\u00eat ou de tol\u00e9rance. On l\u2019imagine davantage enclin \u00e0 pr\u00e9f\u00e9rer d\u2019autres r\u00e9pertoires musicaux, mais on ne pouvait alors \u00e9chapper \u00e0 la chanson du groupe Eagles. Depuis la sortie du disque il a souvent \u00e9t\u00e9 dit que l\u2019h\u00f4tel mentionn\u00e9 dans la chanson \u00e9tait un centre de d\u00e9sintoxication pour alcooliques et drogu\u00e9s o\u00f9 les traitements de choc inflig\u00e9s aux patients \u00e9taient s\u00e9v\u00e8res, mais en 1977 personne ne le savait.<\/p>\n<p>Don Henley a affirm\u00e9 tardivement que la chanson fait allusion \u00e0 la d\u00e9cadence produite par les exc\u00e8s de sa g\u00e9n\u00e9ration. Trop de plaisirs artificiels, d\u2019argent, de corruption et d\u2019arrogance. \u00a0Il s\u2019est aussi r\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e0 la perte de l\u2019innocence et \u00e0 l\u2019envers du r\u00eave am\u00e9ricain inscrits dans ce \u00ab\u00a0concept album\u00a0\u00bb publi\u00e9 en 1976 en r\u00e9ponse au bicentenaire de la naissance des \u00c9tats-Unis. Le lyrisme d\u00e9senchant\u00e9 de la derni\u00e8re chanson, <em>The Last Resort,<\/em> ne laisse aucun doute \u00e0 ce sujet. Apr\u00e8s avoir arrach\u00e9 l\u2019Am\u00e9rique aux Indiens, <em>\u00ab\u00a0Some rich men came and raped the land\u00a0\u00bb<\/em> en toute impunit\u00e9. Dans ce pays que l\u2019on dit \u00eatre le Paradis : <em>\u00ab\u00a0We satisfy our endless needs and justify our bloody deeds in the name of destiny and in the name of God.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>Hotel California<\/em> poss\u00e8de un atout majeur\u00a0: c\u2019est une chanson-film, c\u2019est-\u00e0-dire un travelling musical aussi fluide qu\u2019un plan s\u00e9quence. Et surtout sa succession d\u2019images frappe l\u2019imagination des auditeurs. Fallait-il que les \u00e9treintes soient douces pour oublier son avanc\u00e9e vers l\u2019horreur. Est-il possible que Kubrick l\u2019ait \u00e9cout\u00e9e sans visualiser les couloirs labyrinthiques de cet h\u00f4tel b\u00e2ti au coeur du n\u00e9ant o\u00f9 des prisonniers volontaires, hant\u00e9s par des voix obs\u00e9dantes, participent \u00e0 un rituel sanglant\u00a0?<\/p>\n<p>La chanson-film r\u00e8gne aujourd\u2019hui encore parce qu\u2019elle condense une histoire concentr\u00e9e autour d\u2019un protagoniste, plus encore parce dans la m\u00e9lodie s\u2019incarne ce qu\u2019est au cin\u00e9ma la mise en sc\u00e8ne. Dans le domaine de la musique rock et pop la plupart des chroniqueurs sont fid\u00e8les \u00e0 son sch\u00e9ma, plus ou moins minimaliste, plus ou m\u00e9lodramatique ou caustique, mais toujours narratif. \u00a0Il suffit de penser \u00e0 Lou Reed, Patti Smith, John Lennon, Ray Davies, Elvis Costello, Joni Mitchell, Tom Waits, Suzanne Vega, Neil Young, Bruce Sprinsteen, Paul Simon, John Trudell, Serge Gainsbourg, Richard Thomson ou Morrissey.<\/p>\n<p>La chanson-plan propose l\u2019encha\u00eenement presque abstrait d\u2019une mosa\u00efque de plans, elle renonce \u00e0 raconter une histoire. Bob Dylan s\u2019y emploie depuis un demi-si\u00e8cle, Nick Cave, Leonard Cohen, Thom Yorke, Van Morrison, Lhasa de Sela et Townes Van Zandt oscillent entre les deux formes d\u2019\u00e9criture, G\u00e9rard Manset et Christophe d\u2019abord proches de la chanson-film s\u2019en sont \u00e9loign\u00e9s, Bashung a saut\u00e9 de plain-pied dans la chanson-plan gr\u00e2ce aux textes \u00e9crits par Boris Bergman puis par Jean Fauque. Quant aux interpr\u00e8tes de hip-hop, de rap et de slam, il se \u00a0d\u00e9lectent de ce cubisme musical.<\/p>\n<p>En 1979, Kubrick contacte Diane Johnson, vers\u00e9e en litt\u00e9rature gothique, apr\u00e8s avoir lu son roman <em>The Shadow Knows <\/em>(1974) et lui sugg\u00e8re d\u2019adapter <em>The Shining<\/em> (1977), le roman de Stephen King. Au cours de onze semaines d\u2019intense collaboration elle construit aux c\u00f4t\u00e9s de Kubrick un sc\u00e9nario qu\u2019elle ne lira jamais. Selon l\u2019universitaire le cin\u00e9aste insistait pour donner des fondements psychologiques \u00e0 l\u2019horreur, et par l\u00e0 m\u00eame une consistance qui faisait d\u00e9faut \u00e0 la plupart des films de genre. D\u2019autre part, il tenait \u00e0 explorer le domaine des songes pour tracer en pointill\u00e9s la ligne de partage entre le territoire de la raison et celui du surnaturel.<a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Shinin-g-3.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6420 alignright\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Shinin-g-3-300x169.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Shinin-g-3-300x169.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Shinin-g-3-768x432.jpg 768w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Shinin-g-3.jpg 1000w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Les lacunes volontaires du sc\u00e9nario, la disparition d\u00e9plor\u00e9e par Diane Johnson de la sc\u00e8ne o\u00f9 Jack trouvait un album de coupures de presse \u00e0 propos d\u2019\u00e9v\u00e8nements tragiques survenus dans l\u2019h\u00f4tel qui l\u2019aidaient \u00e0 \u00e9crire mais supposait un pacte avec des forces obscures, l\u2019\u00e9limination des sc\u00e8nes o\u00f9 \u00e9tait \u00e9voqu\u00e9e la violence conjugale subie par Wendy, les contraintes de la production concernant la dur\u00e9e, la suppression de la toute derni\u00e8re sc\u00e8ne quelques jours avant l\u2019exploitation en salles, la photographie des jumelles prise en 1971 par Diane Arbus dont se serait inspir\u00e9 le r\u00e9alisateur, la richesse du terreau symbolique ont \u00e9t\u00e9 analys\u00e9s dans des milliers de pages et dans des documentaires tels que <em>Room 237<\/em> (Rodney Ascher, 2012) qui propose neuf lectures de ce que serait le sens cach\u00e9 du film.<\/p>\n<p>Cela fait de <em>Shining <\/em>(1980) l\u2019un des films les plus glos\u00e9s de l\u2019histoire du cin\u00e9ma par des f\u00e9tichistes convaincus de trouver la cl\u00e9 d\u2019acc\u00e8s au monde secret de Kubrick. Certains se sont \u00e9gar\u00e9s sur des voies \u00e9sot\u00e9riques o\u00f9 l\u2019on attribue \u00e0 chaque lettre, \u00e0 chaque nombre, \u00e0 chaque couleur, \u00e0 chaque mot, \u00e0 chaque son, \u00e0 chaque composition visuelle une signification cach\u00e9e \u00e0 l\u2019ensemble des mortels mais enfin r\u00e9v\u00e9l\u00e9e \u00e0 quelques initi\u00e9s. Ces th\u00e9ories syst\u00e9matis\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9chelle d\u2019un film sont sans issue, pire encore elles entretiennent l\u2019id\u00e9e fausse d\u2019un artiste machiav\u00e9lique m\u00e9prisant \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ses spectateurs.<\/p>\n<p>Pour ma part j\u2019opte pour le principe de \u00ab\u00a0La lettre vol\u00e9e\u00a0\u00bb. La nouvelle d\u2019Edgar Poe a suscit\u00e9 les ex\u00e9g\u00e8ses de prestigieux auteurs, parmi lesquels Marie Bonaparte, Andr\u00e9 Breton, Paul Val\u00e9ry et Jacques Lacan. Je me garderai donc d\u2019en donner la moindre interpr\u00e9tation et me limiterai \u00e0 r\u00e9sumer les faits. \u00c0 Paris un ministre a d\u00e9rob\u00e9 \u00e0 la reine une lettre afin d\u2019exercer sur elle une pression politique. On dit la lettre vol\u00e9e de la plus haute importance mais son contenu reste inconnu jusqu\u2019\u00e0 la fin. Apr\u00e8s des recherches aussi exhaustives qu\u2019infructueuses le pr\u00e9fet s\u2019adresse \u00e0 Auguste Dupin r\u00e9put\u00e9 pour son esprit analytique et d\u00e9ductif.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Peut-\u00eatre est-ce la simplicit\u00e9 m\u00eame de la chose qui vous induit en erreur\u00a0\u00bb <\/em>dit celui-ci au fonctionnaire mis en \u00e9chec par le stratag\u00e8me du voleur, car il comprend d\u2019embl\u00e9e que la lettre doit \u00eatre mise en \u00e9vidence par le ministre dans son propre bureau. H\u00e9las, le pr\u00e9fet <em>\u00ab\u00a0n\u2019a jamais cru probable ou possible que le ministre e\u00fbt d\u00e9pos\u00e9 sa lettre juste sous le nez du monde entier, comme pour mieux emp\u00eacher un individu quelconque de l\u2019apercevoir.\u00a0\u00bb <\/em>ni qu\u2019il \u00ab\u00a0<em>avait eu recours \u00e0 l\u2019exp\u00e9dient le plus ing\u00e9nieux du monde, le plus large, qui \u00e9tait de ne pas m\u00eame essayer de la cacher.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Apr\u00e8s un nouveau mois d\u2019enqu\u00eates frustrantes men\u00e9es par le pr\u00e9fet aveugl\u00e9 par ses propres m\u00e9thodes, l\u2019ami de Dupin se fait recevoir par le ministre, qu\u2019il conna\u00eet, et en profite pour fixer son oeil scrutateur sur le moindre d\u00e9tail jusqu\u2019au moment o\u00f9 son regard est attir\u00e9 par un document : <em>\u00a0\u00ab A la longue, mes yeux, en faisant le tour de la chambre, tomb\u00e8rent<\/em> <em>sur un mis\u00e9rable porte-cartes (&#8230;) qui avait trois ou quatre compartiments,<\/em> <em>contenait cinq ou six cartes de visite et une lettre unique. Cette derni\u00e8re<\/em> <em>\u00e9tait fortement salie et chiffonn\u00e9e. Elle \u00e9tait presque d\u00e9chir\u00e9e en deux par le milieu, comme si on avait eu d\u2019abord l\u2019intention de la d\u00e9chirer enti\u00e8rement, ainsi qu\u2019on fait d\u2019un objet sans valeur ; mais on avait vraisemblablement chang\u00e9 d\u2019id\u00e9e.\u00a0\u00bb <\/em>En un mot\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Il \u00e9tait clair pour moi que la<\/em> <em>lettre avait \u00e9t\u00e9 retourn\u00e9e comme un gant, repli\u00e9e et recachet\u00e9e.\u00a0\u00bb <\/em>Si la lettre a \u00e9t\u00e9 pli\u00e9e c\u2019est qu\u2019en 1844, date \u00e0 laquelle a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit le texte de Poe, l\u2019enveloppe n\u2019\u00e9tait pas en usage. Sur le revers de la lettre cachet\u00e9e on \u00e9crivait l\u2019adresse du destinataire. Ensuite, l\u2019ami de Dupin remplace la lettre par une autre similaire en apparence mais le ministre ignore que son secret a \u00e9t\u00e9 perc\u00e9 au jour.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Shining-6.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6422 alignleft\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Shining-6-300x148.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"148\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Shining-6-300x148.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Shining-6.jpg 320w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>De la m\u00eame mani\u00e8re, Kubrick a froiss\u00e9 les plans de <em>Shining<\/em>, les as pli\u00e9s sous nos yeux avec assurance, ou faut-il parler d\u2019audace, puis nous a retourn\u00e9s comme un gant. En quoi l\u2019<em>Hotel California <\/em>des Eagles peut-il \u00e9voquer la fa\u00e7ade de la Timberline Lodge situ\u00e9e en Or\u00e9gon et les int\u00e9rieurs de l\u2019Ahwahnee Hotel \u00e9rig\u00e9 dans le parc Yosemite qui ont guid\u00e9 le metteur en sc\u00e8ne dans sa conception de l\u2019h\u00f4tel <em>Overlook <\/em>? Dans quelle mesure les paroles de la chanson peuvent avoir fortifi\u00e9 l\u2019imagination de Kubrick alors en phase d\u2019\u00e9criture de <em>Shining\u00a0<\/em>? Avant de rappeler quelques paroles de la chanson, il faut s\u2019interroger sur la pochette du disque.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 la silhouette des palmiers d\u00e9coup\u00e9s dans un soleil couchant et les tours blanches surmont\u00e9es d\u2019un d\u00f4me d\u2019aspect oriental le Beverly Hills Hotel de los Angeles est inqui\u00e9tant. Moins lointain qu\u2019il ne le para\u00eet, bl\u00eame, entour\u00e9 d\u2019\u00e9paisseurs noires, vid\u00e9 de figures humaines, en d\u00e9pit de maigres points de lumi\u00e8re aux fen\u00eatres. Don Henley, chanteur, batteur et leader du groupe, souhaitait le ton l\u00e9g\u00e8rement sinistre de la photographie de l\u2019h\u00f4tel appel\u00e9 parfois Pink Palace. C\u2019est une sorte de <em>\u00ab\u00a0ghost ship\u00a0\u00bb<\/em>, <em>\u00a0<\/em>pour employer l\u2019expression utilis\u00e9e par Wendy apr\u00e8s avoir visit\u00e9 les immenses cuisines de l\u2019h\u00f4tel Overlook aux c\u00f4t\u00e9s de Halloran. Oui, l\u2019Hotel California est un b\u00e2teau fant\u00f4me.<\/p>\n<p>Cette photographie ext\u00e9rieure de l\u2019h\u00f4tel nous donne le point de vue d\u2019un voyeur, ce qui renvoie \u00e0 trois d\u00e9buts de chapitre du film pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s d\u2019un carton. \u00ab\u00a0A month later\u00a0\u00bb est suivi d\u2019une vue frontale de l\u2019h\u00f4tel massif aur\u00e9ol\u00e9 d\u2019une lumi\u00e8re apaisante, \u00ab\u00a0Tuesday\u00a0\u00bb s\u2019ouvre sur la m\u00eame vue au cr\u00e9puscule, apr\u00e8s \u00ab\u00a0Saturday\u00a0\u00bb le cadre plus serr\u00e9 \u00e9touffe \u00e0 la nuit tomb\u00e9e l\u2019\u00e9difice pris dans une tourmente de neige. Nous avons face \u00e0 la masse blanche et confuse le point de vue d\u2019un observateur occulte. Cette progression vers l\u2019enfermement claustrophobique correspond au d\u00e9veloppement du c\u00e9l\u00e8bre motif dramatique du tricycle conduit par Danny, d\u2019abord dans l\u2019imposant Colorado Lounge au rez-de-chauss\u00e9e, puis \u00e0 l\u2019\u00e9tage o\u00f9 se trouve la chambre 237 et enfin dans la partie r\u00e9serv\u00e9e au personnel o\u00f9 l\u2019attendent les jumelles habill\u00e9es de bleu.<\/p>\n<p>Au dos de la pochette une autre photographie, celle-ci prise au Lido de Hollywood, montre une salle vide bord\u00e9e d\u2019arches et de fen\u00eatres en ogive, avec au fond la silhouette d\u2019un balayeur. Plus \u00e9tonnante est la photographie que l\u2019on trouve \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la pochette du disque. On y voit le m\u00eame d\u00e9cor mais cette fois au moment d\u2019une f\u00eate nocturne dont les convives regardent l\u2019objectif de la cam\u00e9ra. Laissons de c\u00f4t\u00e9 les interpr\u00e9tations sataniques en vogue \u00e0 l\u2019\u00e9poque et remarquons qu\u2019immanquablement vient \u00e0 l\u2019esprit le souvenir du dernier plan du film, c\u2019est-\u00e0-dire la photographie en noir et blanc intitul\u00e9e <em>\u00ab\u00a0Overlook Hotel, July 4th Ball 1921\u00a0\u00bb <\/em>au centre de laquelle Jack Torrance en personne arbore un sourire avenant. Ce n\u2019est qu\u2019une co\u00efncidence, mais l\u2019imagination d\u2019un artiste est un foyer parfois sur le point de s\u2019\u00e9teindre qu\u2019une \u00e9tincelle suffit \u00e0 raviver. Elle est semblable au tison dissimul\u00e9 par Prom\u00e9th\u00e9e dans la tige d\u2019une f\u00e9rule apr\u00e8s l\u2019avoir vol\u00e9 au dieux.<\/p>\n<p>Il faut maintenant en venir aux paroles de la chanson. Au commencement il y avait un conducteur contraint par la fatigue et peut-\u00eatre par l\u2019abus d\u2019alcool et de drogue \u00e0 s\u2019arr\u00eater dans un h\u00f4tel ou passer la nuit. \u00ab\u00a0<em>On a dark desert highway<\/em>&#8230;\u00a0\u00bb \u00e9voque ces routes infinies o\u00f9 se dissolvent les fronti\u00e8res g\u00e9ographiques mais aussi morales et mentales. <em>\u00ab\u00a0Up ahead in the distance I saw a shimmering light, my head grew heavy and my sight grew dim, I had to stop for the night.\u201d<\/em> Dans l\u2019immensit\u00e9 brille un point de lumi\u00e8re, peut-\u00eatre est-ce un mirage d\u00fb \u00e0 l\u2019\u00e9puisement du conducteur.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Shining-1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6423 alignleft\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Shining-1-300x169.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Shining-1-300x169.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Shining-1-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Shining-1-768x432.jpg 768w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Shining-1-1536x864.jpg 1536w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Shining-1.jpg 1600w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Sit\u00f4t arriv\u00e9 il est accueilli par une femme myst\u00e9rieuse munie d\u2019une chandelle qui le pr\u00e9c\u00e8de dans des couloirs d\u2019o\u00f9 proviennent des voix. Il s\u2019\u00e9tonne\u00a0: <em>\u00ab\u00a0And I was thinking to myself. <\/em><em>This could be Heaven or this could be Hell.\u00bb <\/em>D\u00e9j\u00e0 il se trouve \u00e0 la crois\u00e9e des chemins entre le r\u00e9el balis\u00e9 et les contr\u00e9es fantastiques. L\u2019Enfer se tapit derri\u00e8re le Paradis, comme la belle de la chambre 237 se mue en sorci\u00e8re de sabbat. Lorsqu\u2019il croit entendre les voix lui souhaiter la bienvenue \u2013 il n\u2019en est pas certain \u2013 commence le refrain mondialement c\u00e9l\u00e8bre\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Welcome to the Hotel California. Such a lovely place. Such a lovely face.\u00a0\u00bb <\/em>Quel \u00e9trange commentaire que ce \u00ab\u00a0such a lovely face\u00a0\u00bb. Est-il convoit\u00e9 sans m\u00eame le savoir\u00a0? Est-il \u00e9pi\u00e9 mais par qui et comment\u00a0? Il est alors indiqu\u00e9 que l\u2019h\u00f4tel poss\u00e8de de nombreuses chambres disponibles, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il est vide, et si il est habit\u00e9 les clients y sont rares.<\/p>\n<p>Puis il accompagne la jeune femme \u00e0 la <em>\u00ab\u00a0courtyard\u00a0<\/em>\u00bb, que l\u2019on pourrait traduire par cour d\u2019honneur ou cour int\u00e9rieure, qui rappelle fort la sorte de patio de style espagnol ou colonial aper\u00e7u dans la pochette int\u00e9rieure du disque non moins que la \u00ab\u00a0Gold Room\u00a0\u00bb du film, de proportions certes beaucoup plus vastes et d\u2019un luxe rutilant. L\u00e0, de beaux jeunes hommes dansent. <em>\u00ab\u00a0Some dance to remember, some dance to forget.\u00a0\u00bb<\/em> est-il precis\u00e9 pour confirmer encore que le personnage p\u00e9n\u00e8tre dans un lieu o\u00f9 notre perception temporelle n\u2019a plus cours.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 que l\u2019homme, comme si il \u00e9tait un habitu\u00e9, dit au Captain <em>\u00ab\u00a0Please bring me my wine\u00a0\u00bb<\/em>, lequel r\u00e9pond <em>\u00ab\u00a0We havent\u2019 had that spirit here since nineteen sixty-nine<\/em>.\u00a0\u00bb Cela \u00a0tend \u00e0 nous laisser croire qu\u2019en d\u00e9pit des apparences, et m\u00eame si l\u2019homme n\u2019en est pas conscient, ce n\u2019est pas la premi\u00e8re fois qu\u2019il s\u00e9journe \u00e0 l\u2019h\u00f4tel California. Est-ce pousser trop loin que de trouver un \u00e9cho dans les deux sc\u00e8nes ou Jack Torrance rencontre au bar de la \u00ab\u00a0Gold Room\u00a0\u00bb le serveur nomm\u00e9 Lloyd qui le conna\u00eet depuis longtemps et indique que, selon les ordres de la direction, il n\u2019a pas \u00e0 payer ses consommations\u00a0et qu\u2019il est trop t\u00f4t pour savoir qui les lui offre ? Les mots prononc\u00e9s par Grady induisent aussi l\u2019angoissante possibilit\u00e9 d\u2019une spirale sans fin\u00a0: il dit \u00e0 Jack\u00a0 n\u2019\u00eatre pas le gardien de l\u2019h\u00f4tel, que le concierge c\u2019est lui Jack, et qu\u2019il en a toujours \u00e9t\u00e9 ainsi.<\/p>\n<p>Un peu plus tard la jeune femme dit sans ambages\u00a0: <em>\u00ab\u00a0We are all just prisoners here, of our own device.\u00a0\u00bb <\/em>Quel est cet Hotel California dont les h\u00f4tes sont des prisonniers consentants pr\u00eats \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer une \u00ab\u00a0f\u00eate\u00a0\u00bb qui n\u2019est autre qu\u2019une mise \u00e0 mort\u00a0? <em>\u00ab\u00a0And in the Master\u2019s chambers, they gathered for the feast. <\/em><em>They stab it with their steely knives but they just can\u2019t kill the beast\u201d <\/em>Au d\u00e9but de <em>Shining<\/em>, dans la voiture qui les emporte vers l\u2019h\u00f4tel Overlook, Wendy demande \u00e0 Jack si a eu lieu dans la r\u00e9gion la \u201cDonner party\u201d. \u00c0 Danny qui demande de quoi il s\u2019agit son p\u00e8re r\u00e9pond qu\u2019un si\u00e8cle plus t\u00f4t des pionniers bloqu\u00e9s par les neiges ont \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9s \u00e0 commettre des actes de cannibalisme. Cette trace ind\u00e9l\u00e9bile de l\u2019horreur qui aimante les vivants vers la folie est implicite dans la bacchanale sanglante de la chanson. Elle l\u2019est \u00e9galement dans le film par deux fois au moins, lorsque Grady dit \u00e0 Jack dans les toilettes rouges qu\u2019il a d\u00fb \u00ab\u00a0corriger\u00a0\u00bb ses deux filles et sa femme qui s\u2019opposait \u00e0 ce qu\u2019il fasse son \u00ab\u00a0devoir\u00a0\u00bb puis quand Jack, enferm\u00e9 par Wendy dans la chambre froide, s\u2019entend dire par Grady, invisible derri\u00e8re la porte ou pr\u00e9sent dans son esprit malade, <em>\u00ab\u00a0I, and others, have come to believe that your heart is not in this&#8230;\u00a0That you haven\u00b4t the belly for it\u00a0\u00bb <\/em>Ces paroles sybillines ont la fermet\u00e9 d\u2019une injonction qui ne peut \u00eatre ignor\u00e9e. Sacrifier sa femme et son fils est la double condition impos\u00e9e \u00e0 Jack pour \u00eatre accept\u00e9 dans une communaut\u00e9 unie dans l\u2019exercice du mal.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Others\u00a0\u00bb, si vague et si bref, peut concerner une secte h\u00e9riti\u00e8re d\u2019un docteur Mabuse moderne, mais de l\u00e0 \u00e0 en conclure, comme certains l\u2019ont fait en empruntant d\u2019autres voies, une hantise d\u2019un carnage concentrationnaire il n\u2019y a qu\u2019un pas que je ne franchirai pas. N\u00e9anmoins, Diane Johnson a \u00e9tay\u00e9 une th\u00e8se proche et bien connue, \u00e0 savoir que Kubrick \u00e9tait pr\u00e9occup\u00e9 par l\u2019extermination des peuples indiens. Et chacun se souvient que l\u2019Overlook Hotel est b\u00e2ti sur les ruines d\u2019un cimeti\u00e8re indien.<\/p>\n<p>Il est improbable que les auteurs de la chanson aient \u00e9crit \u00ab\u00a0Master\u2019s chambers\u00a0\u00bb en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Fritz Lang, mais tout spectateur de ses films consacr\u00e9s \u00e0 Mabuse sait que ses z\u00e9lateurs appellent \u00ab\u00a0Ma\u00eetre\u00a0\u00bb, celui dont la voix les hypnotise pour annihiler leur volont\u00e9. Invisible et omniscient est aussi l\u2019esprit puissant qui r\u00e8gne sur les cr\u00e9atures de l\u2019h\u00f4tel Overlook. \u00a0Si la crainte du mal a obs\u00e9d\u00e9 Kubrick pendant l\u2019\u00e9criture du sc\u00e9nario, et si il a \u00e9cout\u00e9 attentivement <em>Hotel California<\/em>, je serais pr\u00eat \u00e0 parier qu\u2019il s\u2019est souvenu de Lang, ne serait-ce qu\u2019une seconde, une seconde de r\u00e9miniscence fertile, m\u00eame si ce souvenir a aussit\u00f4t \u00e9t\u00e9 anesth\u00e9si\u00e9 dans un tiroir de sa m\u00e9moire.<a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Shining-5.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6424 alignright\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Shining-5-300x157.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"157\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Shining-5-300x157.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Shining-5-768x401.jpg 768w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Shining-5.jpg 1024w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Le dernier souvenir du protagoniste de la chanson est sa tentative de fuite, mais bien vite on lui fait savoir que\u00a0: <em>\u00ab\u00a0We are programmed to receive. <\/em><em>You can check out any time you like, but you can never leave.\u00a0\u00bb <\/em>Comme des m\u00e2choires pr\u00eates \u00e0 broyer les portes se referment, tandis que les guitares de Don Felder et Glen Frey commencent leur envol\u00e9e virtuose. Le voyageur meurt sans doute sous les coups de lame ou de dents avant que ne se r\u00e9p\u00e8te une nouvelle fois le cycle terrifiant.<\/p>\n<p>La chanson des Eagles a vraisemblablement rencontr\u00e9 la trajectoire de Kubrick en pleine effervescence cr\u00e9atrice. A-t-elle pu \u00eatre une source d\u2019inspiration partielle ? Oui. Est-elle une influence directe\u00a0? Ce serait trop simple. Un artiste digne de ce nom nage dans des eaux troubles et profondes. \u00a0Son r\u00f4le est d\u2019en extraire une glaise qui peu \u00e0 peu aura les contours d\u2019une oeuvre. Et son processus de s\u00e9dimentation demeure un myst\u00e8re. Bien entendu, je peux me tromper mais j\u2019ai l\u2019intime conviction que l\u2019intuition est une meilleure compagne que l\u2019analyse, si l\u2019on veut bien renoncer \u00e0 ce que l\u2019on ma\u00eetrise, car le savoir entrave souvent la connaissance. Cependant, si mon hypoth\u00e8se est un jour confirm\u00e9e par une d\u00e9couverte, les couples s\u2019enlaceront \u00e0 l\u2019\u00e9coute d\u2019<em>Hotel California <\/em>non plus pour \u00e9prouver un frisson amoureux mais pour surmonter l\u2019effroi.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En junio de 2019 Positif public\u00f3 en su n\u00ba 700 mi texto sobre &#8220;El resplandor (The Shining, 19080) de Stanley Kubrick. Ha dado lugar a infinitas interpretaciones, desde las m\u00e1s sesudas hasta muy descabelladas. A\u00fan as\u00ed la pel\u00edcula se resiste a darnos su clave de acceso. Ah\u00ed va mi punto de vista, fundamentado en una intuici\u00f3n reiterada pero me sorprend\u00eda mucho que nadie antes hubiera pensado lo mismo y aplac\u00e9 durante a\u00f1os la tentaci\u00f3n de escribir un art\u00edculo.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":6425,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[7],"tags":[225,226,227],"class_list":["post-6419","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-cine-americano","tag-diane-johnson","tag-jack-nicholson","tag-kubrick"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6419","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6419"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6419\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6425"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6419"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6419"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6419"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}