{"id":6345,"date":"2018-09-24T15:17:10","date_gmt":"2018-09-24T15:17:10","guid":{"rendered":"http:\/\/florealpeleato.com\/?p=6345"},"modified":"2018-09-24T15:17:10","modified_gmt":"2018-09-24T15:17:10","slug":"mexique-terre-grande","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/mexique-terre-grande\/","title":{"rendered":"Mexique, terre grande"},"content":{"rendered":"<p>Art\u00edculo publicado en POSITIF (N\u00ba552, febrero de 2007, sobre cuatro melodramas de Emilio Fern\u00e1ndez de los a\u00f1os cuarenta y <em>Macario <\/em>de Roberto Gavald\u00f3n.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui encore les m\u00e9lodrames mexicains r\u00e9alis\u00e9s par Emilio Fern\u00e1ndez gardent leur saveur capiteuse. Tout y est d\u2019ardeur virile et f\u00e9minine, de m\u00e2le\u00a0 cr\u00e2nerie, de passions contrari\u00e9es, d\u2019interdits sociaux, d\u2019honneur bafou\u00e9, de chansons populaires, de harangues r\u00e9volutionnaires, de destins douloureux chez cet homme qui fut cavalier, soldat, cascadeur, acteur, danseur, <em>\u00ab indio\u00a0\u00bb <\/em>fameux pour ses incartades et ses semonces, pour sa promptitude \u00e0 manier les armes \u00e0 feu, qui fit pourtant baptiser Dulce Olivia la rue de Mexico o\u00f9 il vivait en hommage \u00e0 Olivia de Havilland qu\u2019il aima d\u2019un amour platonique.<\/p>\n<p>Ses films enivrent mais laissent un arri\u00e8re-go\u00fbt qui att\u00e9nue leur intensit\u00e9 paroxystique sous-tendue par l\u2019id\u00e9e que le cin\u00e9ma se doit d\u2019\u00eatre un spectacle cathartique, un rituel religieux, une f\u00eate pour les yeux \u00e0 laquelle nous sommes convi\u00e9s par un ma\u00eetre de c\u00e9r\u00e9monie qui\u00a0 ne laisse rien au hasard, au point d\u2019oppresser parfois leur respiration.<\/p>\n<p>Tout prend valeur de symbole chez l\u2019homme qui puisa dit-on dans ses souvenirs d\u2019enfance pour sugg\u00e9rer \u00e0 Sam Peckinpah l\u2019\u00e9pisode des scorpions et des fourmis par lequel commence <em>La horde sauvage.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: left\">Symbolique est dans <em>Mar\u00eda Candelaria <\/em>(1943) l\u2019orage qui pr\u00e9c\u00e8de l\u2019acc\u00e8s de paludisme ainsi que la \u00ab\u00a0mont\u00e9 au calvaire\u00a0\u00bb finale de la protagoniste (Dolores del R\u00edo) ou encore la capacit\u00e9 de Lorenzo Rafael (Pedro Armend\u00e1riz) pour abattre la porte de la prison qui la s\u00e9pare de son amante sur le point d\u2019\u00eatre lapid\u00e9e. Symbolique est dans <em>Sal\u00f3n M\u00e9xico <\/em>(1949) \u00a0l\u2019escalier dont Mercedes (Marga L\u00f3pez) doit gravir les degr\u00e9s pour parvenir aux combles o\u00f9 elle vit pr\u00e8s du ciel ;\u00a0symbolique est le discours de sa jeune soeur Beatriz sur l\u2019h\u00e9ro\u00efsme du saint, du savant et de la m\u00e8re\u00a0; la profession de Roberto, le pr\u00e9tendant de Beatriz, l\u2019est tout autant\u00a0: il est aviateur, ange dit-elle. Symboliques encore ces chansons qui commentent l\u2019action dramatique, ces feux d\u2019artifice, ces \u00e9glises o\u00f9 vaine est la puissance des hommes, ces rais de lumi\u00e8re surnaturelle qui illuminent les personnages touch\u00e9s par la gr\u00e2ce.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\"><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/principal_maria_candelaria.jpg\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6347 alignleft\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/principal_maria_candelaria-300x184.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"184\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/principal_maria_candelaria-300x184.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/principal_maria_candelaria.jpg 651w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Chez Emilio Fern\u00e1ndez le silence est souvent l\u2019\u00e9quivalent d\u2019un point d\u2019exclamation. Lorsqu\u2019au d\u00e9but de <em>Mar\u00eda Candelaria<\/em> (1944) l\u2019h\u00e9ro\u00efne conduit sa barque remplie de fleurs le long des canaux de Xochimilco elle est frein\u00e9e par les paysans hostiles qui viennent en barque \u00e0 sa rencontre pour lui interdire l\u2019acc\u00e8s au march\u00e9 des fleurs. La confrontation est d\u2019autant plus solennelle qu\u2019elle est muette. Dans <em>Enamorada<\/em> (1946), apr\u00e8s que le g\u00e9n\u00e9ral r\u00e9volutionnaire Jos\u00e9 Juan Reyes (Pedro Armend\u00e1riz) a fait donner l\u2019aubade sous son balcon, l\u2019indomptable et loquace Beatriz (Mar\u00eda Felix) est conquise par sa probit\u00e9 chevaleresque, en d\u00e9pit de son origine paysanne. Dans l\u2019\u00e9glise o\u00f9 il lui confesse son amour, Beatriz assise sur un prie-dieu,\u00a0 les mains jointes et la t\u00eate couverte d\u2019un simple ch\u00e2le, telle une madone, renonce \u00e0 la parole. Peut-\u00eatre ne fait-elle pas voeu de silence mais son tonnerre vocal cesse enfin, \u00e0 peine dira-t-elle quelques mots de plus avant la fin du film. Dans<em> La perla<\/em> (1947) lorsque Quino (Pedro Armend\u00e1riz) montre la perle miraculeuse aux p\u00eacheurs du village, leur \u00e9merveillement m\u00eal\u00e9 de crainte est exprim\u00e9 par le silence. Ce go\u00fbt du silence lourd de sens Emilio Fern\u00e1ndez le poussa \u00e0 l\u2019extr\u00eame quelques ann\u00e9es plus tard dans <em>La red <\/em>(1953), r\u00e9cit \u00e0 peine dialogu\u00e9 d\u2019amours triangulaires situ\u00e9 au bord de la mer, ou \u00e0 chaque geste de Rossana Podesta r\u00e9pondait un regard jaloux de chacun des deux hors-la-loi, amis d\u2019abord puis rivaux. Et si le silence n\u2019est pas \u00e0 proprement parler symbolique du moins conf\u00e8re-t-il un effet de th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 accrue \u00e0 certaines s\u00e9quences. Ainsi en est-il de la sc\u00e8ne de <em>Sal\u00f3n M\u00e9xico <\/em>o\u00f9 Mercedes vole cinq cents pesos \u00e0 son amant Paco dans un h\u00f4tel de passe, tandis que se projette sur les murs de la chambre la lumi\u00e8re des n\u00e9ons.<\/p>\n<p>Mais la propension au symbolisme peut g\u00e2ter un film dans son entier. <em>La perla<\/em>, si vant\u00e9e en son temps, est une parabole sur la d\u00e9ch\u00e9ance d\u2019un homme simple dont la vie est boulevers\u00e9e par la d\u00e9couverte d\u2019une perle. Quino le p\u00eacheur est un \u00eatre fruste confront\u00e9 \u00e0 la convoitise. Ce n\u2019est plus un scorpion qui menace la vie de son beb\u00e9 mais la mesquinerie des hommes. Le b\u00e9b\u00e9 mourra d\u2019une balle en ouvrant la main dans laquelle il tient la perle. Ce film tir\u00e9 de l\u2019oeuvre de John Steinbeck souffre d\u2019\u00eatre l\u2019illustration film\u00e9e d\u2019une id\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Les perles apportent la richesse et le chagrin\u00a0\u00bb dit le chanteur qui s\u2019accompagne d\u2019une guitare lors de la f\u00eate du village. Plus tard Juana (Mar\u00eda Elena Marqu\u00e9s) dit \u00e0 Quino\u00a0: \u00ab\u00a0D\u00e9truis-l\u00e0 ou c\u2019est elle qui nous d\u00e9truira\u00a0\u00bb. La perle qui devait apporter l\u2019\u00e9sp\u00e9rance et la beaut\u00e9 draine la m\u00e9chancet\u00e9, la cupidit\u00e9 et la mort.<\/p>\n<p>Et s\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019un symbole qui s\u2019offre \u00e0 l\u2019analyse ici une \u00e9nigme, l\u00e0 un signe chargent la sc\u00e8ne de sens. Dans <em>Enamorada<\/em> (1946), lors de la longue s\u00e9quence (vingt minutes) au cours de laquelle le g\u00e9n\u00e9ral r\u00e9volutionnaire convoque les notables de la ville une petite fille assiste impavide aux accusations tandis qu\u2019elle grignote un sucre d\u2019orge assise sur une table. Au cur\u00e9 du village qui n\u2019est autre que son ami d\u2019enfance Rafael, le g\u00e9n\u00e9ral dit \u00eatre le p\u00e8re adoptif de la petite fille depuis que son vrai p\u00e8re est mort au combat. L\u2019\u00e9trange enfant est fille d\u2019une <em>soldadera<\/em> et se pr\u00e9nomme Adelita, comme la cantini\u00e8re de la r\u00e9volution mexicaine \u00e9lev\u00e9e au rang de mythe gr\u00e2ce \u00e0 la c\u00e9l\u00e8bre chanson entonn\u00e9e par los soldats mont\u00e9s au front. Elle n\u2019appara\u00eet quasiment plus dans le film mais elle semble annoncer le sort de l\u2019orgueilleuse Beatriz que la passion conduira \u00e0 \u00eatre une <em>soldadera<\/em> aux c\u00f4t\u00e9s du g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>Notons au passage quelques similitudes avec <em>Morocco <\/em>de Sternberg. Dans une taverne Jos\u00e9 Juan Reyes reproduit le geste du l\u00e9gionnaire Tom Brown (Gary Cooper) qui gravait au couteau sur une table le nom d\u2019Amy Jolly (Marl\u00e8ne Di\u00e9trich). La dignit\u00e9 de Roberts (Eugenio Rossi), le compr\u00e9hensif fianc\u00e9 am\u00e9ricain de Beatriz, est le pendant de la longanimit\u00e9 de La Bessi\u00e8re (Adolphe Menjou). L\u2019un et l\u2019autre sont \u00e9trangers dans le milieu d\u00e9crit. L\u2019arriv\u00e9e des soldats en ville signal\u00e9e par les roulements de tambour produit chez les deux femmes le m\u00eame d\u00e9sillement des yeux, le m\u00eame oubli des codes de conduite, la m\u00eame extase, le m\u00eame collier de perles qui se rompt au moment o\u00f9 Beatriz va se marier et lorsque La Bessi\u00e8re annonce \u00e0 ses amis son mariage avec Amy Jolly. Enfin, Beatriz choisit de forfaire \u00e0 l\u2019honneur pour accompagner Jos\u00e9 Juan Reyes comme la courtis\u00e9e Amy Jolly jetait ses escarpins pour suivre pieds nus dans le d\u00e9sert la colonne de femmes marocaines.<\/p>\n<p>Nombreux sont dans ces films les signes pr\u00e9monitoires. Citons-en deux. Dans <em>La perla <\/em>Quino dit \u00e0 Juana avoir un pressentiment la veille de sa p\u00eache, dans <em>Sal\u00f3n Mexico <\/em>Mercedes dit \u00e0 Lupe (Miguel Incl\u00e1n) craindre un malheur. Peu apr\u00e8s elle accepte un gard\u00e9nia alors que selon Lupe il vaut mieux jeter cette fleur r\u00e9serv\u00e9e aux morts.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/La-perla-3.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6348 alignleft\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/La-perla-3-300x150.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/La-perla-3-300x150.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/La-perla-3.jpg 620w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>La sensibilit\u00e9 d\u2019Emilio Fern\u00e1ndez s\u2019accorde au mieux avec le temp\u00e9rament de Gabriel Figueroa dont la photographie en noir en et blanc rivalise avec la gravure. Tous deux partagent un go\u00fbt de l\u2019image plus picturale que dynamique, plus sculpturale que dramatique. Ils fa\u00e7onnent un univers qui peut \u00eatre qualifi\u00e9 de baroque. Alejo Carpentier soutenait \u00e0 la fin de sa vie que\u00a0: <em>\u00ab\u00a0L\u2019Am\u00e9rique a toujours \u00e9t\u00e9 baroque&#8230; le roman et le gothique jamais ne sont parvenus en Am\u00e9rique&#8230; Et pourquoi l\u2019Am\u00e9rique est la terre d\u2019\u00e9lection du baroque\u00a0? Parce que toute symbiose, tout m\u00e9tissage engendre le baroquisme. Le baroquisme am\u00e9ricain est renforc\u00e9 par l\u2019apport cr\u00e9ole&#8230; l\u2019homme am\u00e9ricain, qu\u2019il soit fils de blancs venus d\u2019europe, fils de noir africain, fils d\u2019indien n\u00e9 sur le continent, a conscience d\u2019\u00eatre autre chose&#8230;\u00a0\u00bb<\/em>(1) L\u2019\u00e9crivain cubain d\u2019origine russe et fran\u00e7aise reprenait \u00e0 son compte un argument d\u2019Eugenio d\u2019Ors\u00a0: le baroque n\u2019est pas un style historique mais un esprit, une vision de l\u2019homme. Et l\u2019on sait \u00e0 quel point metteur en sc\u00e8ne et op\u00e9rateur revendiquaient l\u2019h\u00e9ritage culturel m\u00e9tiss\u00e9 du Mexique.<\/p>\n<p>Le visage id\u00e9al a dans les films d\u2019Emilio Fern\u00e1ndez photographi\u00e9s par Gabriel Figueroa des contours statuaires. Les premiers plans de <em>Mar\u00eda Candelaria <\/em>montrent des oeuvres pr\u00e9colombiennes puis une t\u00eate sculpt\u00e9e de femme sur laquelle se superpose le visage d\u2019une indienne. Tout leur cin\u00e9ma est l\u00e0, dans ce visage de princesse ador\u00e9, dans cette trace vivante d\u2019une civilisation disparue. Ce motif d\u2019un \u00e2ge d\u2019or ant\u00e9rieur \u00e0 la conqu\u00eate est repris en sourdine dans <em>Sal\u00f3n M\u00e9xico.<\/em> Mercedes visite avec sa soeur Beatriz le mus\u00e9e national o\u00f9 sont expos\u00e9s de nombreuses pi\u00e8ces arqu\u00e9ologiques. C\u2019est l\u00e0 pr\u00e9cis\u00e9ment qu\u2019elle lui souhaite d\u2019aller loin et d\u2019\u00eatre heureuse.<\/p>\n<p>Il y a chez Emilio Fern\u00e1ndez et Gabriel Figueroa une aspiration \u00e0 l\u2019intemporalit\u00e9, voire \u00e0 l\u2019\u00e9ternit\u00e9, r\u00e9sum\u00e9e dans les plans d\u2019ouverture de <em>La perla. <\/em>Une vague se brise sur la gr\u00e8ve puis apparaissent \u00e0 contre-jour, de dos, deux femmes v\u00eatues de blanc la t\u00eate couverte d\u2019un ch\u00e2le, elle sont\u00a0 debout face \u00e0 la mer\u00a0; la vague continue d\u2019\u00e9cumer puis nous voyons les deux femmes, toujours de dos, ainsi qu\u2019une enfant \u00e0 leur droite venue d\u2019on ne sait o\u00f9. Ne pas assister \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e de la petite fille renforce l\u2019abstraction et le lyrisme du plan qui s\u2019offre comme tableau vivant. La vague roule encore et nous voyons maintenant trois femmes group\u00e9es et sur le bord droit une quatri\u00e8me femme v\u00eatue de blanc\u00a0; la vague roule toujours et nous voyons les trois femmes, au loin, en haut, \u00e0 gauche de l\u2019\u00e9cran, la quatri\u00e8me occupe le bord droit du champ visuel et deux femmes plus proches sont plac\u00e9es en amorce sur le bord gauche. Metteur en sc\u00e8ne et directeur de la photographie \u00e9laborent une composition triangulaire d\u2019une beaut\u00e9 corset\u00e9e o\u00f9 la verticalit\u00e9 des silhouettes immobiles est apais\u00e9e par l\u2019horizontalit\u00e9 de la mer. Si nous \u00e9liminons le son de ce d\u00e9but de s\u00e9quence nous croyons voir un film muet.<\/p>\n<p>Les deux hommes s\u2019attachent \u00e0 modeler les visages en contre-jour ou \u00e9clair\u00e9s par une lumi\u00e8re lat\u00e9rale, parfois ils \u00e9clairent d\u2019un rai les yeux dans des visages noy\u00e9s d\u2019ombre. Il aiment filmer les visages en amorce, en contre-plong\u00e9e \u2013 Pedro Armend\u00e1riz l\u2019est presque toujours \u2013 ou de profil. Dans <em>La perla<\/em>, lorsque la porte du m\u00e9decin, qui ne veut pas recevoir Quino et Juana parce qu\u2019il sont pauvres, se referme le r\u00e9alisateur et son directeur de photographie filment le profil droit de Quino ainsi que l\u2019ombre du visage de Juana refl\u00e9t\u00e9 sur la porte. Cette volont\u00e9 d\u2019isoler le visage pour le magnifier est tr\u00e8s nette dans <em>Mar\u00eda Candelaria <\/em>quand Lorenzo Rafael est jet\u00e9 dans sa cellule. Un puissant trait de lumi\u00e8re blanche issu d\u2019une petite fen\u00eatre situ\u00e9e en haut sur le bord gauche de l\u2019\u00e9cran inonde son visage tandis que la silhouette dispara\u00eet dans l\u2019obscurit\u00e9 charbonneuse.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/mariacandelaria1.jpeg\"><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6349 alignleft\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/mariacandelaria1-300x247.jpeg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"247\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/mariacandelaria1-300x247.jpeg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/mariacandelaria1.jpeg 500w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Ces visages creus\u00e9s par la gouge, ces ciels drap\u00e9s de nuages, ces vagues d\u00e9ferlantes, ces terres soleilleuses, ces blancs aveuglants, ces magueys et ces palmiers qui hachurent l\u2019\u00e9cran expriment le souhait des auteurs de cr\u00e9er des compositions et non des cadrages. H\u00e9las, la composition sature parfois le cadrage, notamment dans les sc\u00e8nes o\u00f9 des plans film\u00e9s en studio \u00a0succ\u00e8dent \u00e0 des plans film\u00e9s en d\u00e9cors naturels. Le go\u00fbt de la composition nourrit aussi la fr\u00e9quente sym\u00e9trie dans la cadence des plans. Les premiers plans d\u2019<em>Enamorada <\/em>montrent un canon, puis deux, enfin trois. Lorsque \u00e0 la fin de <em>Mar\u00eda Candelaria <\/em>l\u2019h\u00e9ro\u00efne est poursuivie de nuit par les habitants de Xochimilco nous voyons d\u2019abord une torche brandie par la main d\u2019une personne qui court, ensuite deux, trois, quatre et enfin les villageois qui courent avec une torche \u00e0 la main. Le dernier tiers de <em>La perla <\/em>est consacr\u00e9 \u00e0 la fuite de Quino, Juana et leur fils. Cette travers\u00e9e du d\u00e9sert inspir\u00e9e par l\u2019imagerie du western et celle de la Bible montre les d\u00e9placements des personnages de droite vers la gauche, sauf lorsque Juana \u00e9puis\u00e9e et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e refuse de continuer. A cet instant Fern\u00e1ndez et Figueroa brisent la continuit\u00e9 pour introduire un encha\u00eenement de mouvements de Juana vers la droite. C\u2019est aussi simple qu\u2019efficace.<\/p>\n<p>Cette conception de l\u2019image cin\u00e9matographique est quelque peu litt\u00e9raire. Il est d\u2019ailleurs singulier que Figueroa ait dit\u00a0: <em>\u201cPour avoir un bon film il faut qu\u2019il y ait derri\u00e8re un bon auteur. Les meilleurs films que j\u2019ai photographi\u00e9 sont <\/em>La perla, <em>\u00e9crite par John Steinbeck,<\/em> Dieu est mort <em>de Graham Greene, <\/em>La nuit de l\u2019iguane <em>de Tennesse Williams, <\/em>Macario <em>de Bruno Traven, <\/em>Nazar\u00edn <em>de Benito P\u00e9rez Gald\u00f3s<\/em>, Sonatas <em>et<\/em> Divinas palabras<em> de Valle Incl\u00e1n, <\/em>El gallo de oro<em> de Juan Rulfo, <\/em>La malquerida<em> de Jacinto Benavente et <\/em>Au dessous du volcan <em>de Malcom Lowry.\u201d<\/em>(2) Cette conviction est non seulement contestable mais un aper\u00e7u de sa filmographie infirme son propos.<\/p>\n<p>Les meilleurs films du duo Fern\u00e1ndez\/Figueroa ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crits par Mauricio Magdaleno dont le prestige hors du Mexique ne peut \u00eatre compar\u00e9 avec les noms mentionn\u00e9s ci-dessus. Il est l\u2019auteur de <em>Flor silvestre <\/em>(1943),<em> Mar\u00eda Candelaria, <\/em>et surtout <em>Sal\u00f3n M\u00e9xico<\/em>,<em> Pueblerina <\/em>(1949),<em> V\u00edctimas del pecado <\/em>(1951) et <em>R\u00edo escondido <\/em>(1948) dans lequel culmine le style de photographie qui \u00e9voquait pour Carlos Fuentes une fleur carnivore<em>.<\/em> C\u2019est \u00e0 cet homme influenc\u00e9 par la litt\u00e9rature romanesque du XIX si\u00e8cle qui cultiva le th\u00e9\u00e2tre, le journalisme, le roman \u00e9pique (3) et l\u2019\u00e9criture du sc\u00e9nario que l\u2019on doit d\u2019avoir distill\u00e9 dans une forme destin\u00e9e au plus grand nombre une connaissance intime des structures mythiques. <em>Sal\u00f3n M\u00e9xico <\/em>est un m\u00e9lodrame dans l\u2019acception la plus laudative du terme. La trame est simple, les sentiments intenses, les personnages entiers, les dilemmes d\u00e9chirants. Tout est convenu mais r\u00e9duit \u00e0 l\u2019essentiel de sorte que le \u00ab\u00a0baroquisme\u00a0\u00bb de Fern\u00e1ndez et Figueroa flamboie ici mieux qu\u2019ailleurs. La patine du film noir \u00e9loigne l\u2019histoire de son apparent r\u00e9alisme pour le baigner dans cette aura de transcendance appos\u00e9e par les auteurs dans d\u2019autres films. Mercedes est digne des h\u00e9ro\u00efnes des plus beaux <em>women\u2019s movies <\/em>d\u2019Hollywood. Gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation de Marga L\u00f3pez, moins diva que Mar\u00eda F\u00e9lix qui rarement nous \u00e9pargne ses mines, moins doloriste et fig\u00e9e que Dolores del R\u00edo, le sacrifice de Mercedes atteint \u00e0 la grandeur. N\u00e9anmoins, son r\u00e9alisateur pr\u00e9f\u00e9rait \u00e0 ce \u00ab\u00a0petit film\u00a0\u00bb urbain les fresques plac\u00e9es sous le sceau de l\u2019indig\u00e9nisme, de la r\u00e9volution et du muralisme.<\/p>\n<p><em><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/macario.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6346 alignleft\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/macario-300x212.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"212\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/macario-300x212.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/macario-768x543.jpg 768w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/macario.jpg 1024w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Macario <\/em>(1960) est une attachante adaptation de l\u2019excellente nouvelle de Bruno Traven. Roberto Gavald\u00f3n a respect\u00e9 sa construction limpide, le ton de la fable, maints dialogues, outre ses principaux \u00e9pisodes. Ne figurent pas dans le texte le retour de Macario auquel on apprend qu\u2019un enfant est tomb\u00e9 dans le puits ni le moment o\u00f9 les soldats brisent les fioles. Le film se ressent de son origine litt\u00e9raire car rien ici n\u2019est oblique, le message s\u2019offre d\u2019embl\u00e9e. Le pittoresque caract\u00e9rise l\u2019interpr\u00e9tation. Ignacio L\u00f3pez Tarso, \u00e0 l\u2019aise pour incarner un paysan, s\u2019appesantit pour approcher du registre fantastique. La sc\u00e8ne de la grotte o\u00f9 les vies humaines sont repr\u00e9sent\u00e9es par des centaines de bougies ne vient pas de Traven, elle se trouve dans \u00abLa\u00a0mort marraine\u00a0\u00bb des fr\u00e8res Grimm et \u00ab\u00a0L\u2019homme juste\u00a0\u00bb de Fr\u00e9d\u00e9ric Mistral. Peut-\u00eatre la tradition mexicaine l\u2019a-t-elle int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 son syncr\u00e9tisme. Remarquons qu\u2019au Mexique les r\u00e9cits de Traven se trouvent parmi les rayons consacr\u00e9s aux auteurs mexicains. Voil\u00e0 une \u00e9trange reconnaissance pour un \u00e9crivain dont l\u2019identit\u00e9 se pr\u00eata \u00e0 tant de conjectures. Figueroa et Gavald\u00f3n virent-il dans la caverne l\u2019opportunit\u00e9 de fouiller un peu plus dans l\u2019imaginaire collectif\u00a0?<\/p>\n<p>(1) Conf\u00e9rence anim\u00e9e par Alejo Carpentier le 22 mai 1975 \u00e0 l\u2019Ateneo de<\/p>\n<p>(2) <em>Artes de M\u00e9xico. El arte de gabriel Figueroa, <\/em>n\u00ba 2 hiver 1988. Entretien avec Margarita de Orellana, p 51.<\/p>\n<p>(3) Il est contemporain des classiques du roman mexicain tels que <em>Los de abajo <\/em>(1915) de Mariano Azuela, <em>El \u00e1guila y la serpiente<\/em> (1928) de Mart\u00edn Luis Guzm\u00e1n et <em>Al filo del agua <\/em>(1947) de Agust\u00edn Ya\u00f1ez. Il connut d\u2019ailleurs leurs auteurs.<\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Emilio Fern\u00e1ndez, cuyas im\u00e1genes fueron a menudo filmadas por Gabriel Figueroa, gustaba de dirigir melodramas cargados de erotismo y simbolismo latentes y excesos  debidos a personajes presa de pasiones devastadoras. En cuanto a Roberto Gavald\u00f3n, se le debe una adaptaci\u00f3n famosa del precioso cuento titulado &#8220;Macario&#8221; de B. Traven, autor del m\u00e1s conocido &#8220;Tesoro de la Sierra Madre&#8221;.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":6350,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[51],"tags":[184,185,186,187,188],"class_list":["post-6345","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-cine-hispanico","tag-emilio-fernandez","tag-gabriel-figueroa","tag-maria-felix","tag-pedro-armendariz","tag-roberto-gavaldon"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6345","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6345"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6345\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6350"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6345"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6345"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6345"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}