{"id":6332,"date":"2018-09-24T14:46:24","date_gmt":"2018-09-24T14:46:24","guid":{"rendered":"http:\/\/florealpeleato.com\/?p=6332"},"modified":"2018-09-24T14:46:24","modified_gmt":"2018-09-24T14:46:24","slug":"margaret-joan-et-jean-trois-voix-trois-detins","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/margaret-joan-et-jean-trois-voix-trois-detins\/","title":{"rendered":"Margaret, Joan et Jean : trois voix, trois destins"},"content":{"rendered":"<p>Art\u00edculo publicado en POSITIF (n\u00ba 677-678, julio\/agosto de 2017, dossier &#8220;Femmes dans la cin\u00e9ma am\u00e9ricain&#8221;)<\/p>\n<p>Margaret Sullavan, Jean Arthur et Joan Bennett brillent pendant une d\u00e9cennie environ, mais ni le talent ni la beaut\u00e9 ne leur garantissent une longue carri\u00e8re. Apr\u00e8s avoir atteint la quarantaine l\u2019\u00e9loignement progressif des studios devient d\u00e9finitif. Et pourtant leur voix singuli\u00e8re inspire certains cin\u00e9astes, et non des moindres, pour livrer de beaux portraits de femmes.<\/p>\n<p>\u00c0 peine une quinzaine de films tourn\u00e9s en pr\u00e8s de vingt ans, voil\u00e0 la couronne de lauriers tress\u00e9e par Margaret Sullavan avant de sombrer dans la d\u00e9pression puis de mourir \u00e0 cinquante ans \u00e0 cause d\u2019une overdose de barbituriques. Fr\u00eale \u00e0 l\u2019\u00e9cran, indomptable \u00e0 la ville, dit-on, et exigeante lorsqu\u2019elle choisissait les sc\u00e9narios.<\/p>\n<p>D\u00e8s son tout premier film, le d\u00e9licat<em> Une nuit seulement <\/em>(Only Yersterday, 1933) de John M. Stahl,\u00a0 on savoure sa voix n\u00e9e pour exaucer des voeux et dire des pri\u00e8res. \u00c0 vingt-quatre ans elle assume avec gr\u00e2ce le r\u00f4le d\u2019une femme bouscul\u00e9e par la vie pendant le krack boursier de 1929.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/Only-yersterday.jpg\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6333 alignleft\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/Only-yersterday-300x227.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"227\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/Only-yersterday-300x227.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/Only-yersterday-1024x773.jpg 1024w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/Only-yersterday-768x580.jpg 768w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/Only-yersterday.jpg 1307w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>\u00c0 la suite d\u2019une d\u00e9faillance auditive, aggrav\u00e9e au fil des ann\u00e9es, le rythme irr\u00e9gulier de sa voix repose sur des points d\u2019appui inattendus. Telle une asthmathique elle murmure presque sans pause, de crainte de ne pas parvenir jusqu\u2019\u00e0 la fin de ses phrases. Les s\u00e9quelles d\u2019une laryngite aig\u00fce renfiorcent la sensation d\u2019une voix enrou\u00e9e adoucie par une infusion.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 tout d\u00e8s <em>Une nuit seulement<\/em> elle insuffle \u00e0 son personnage l\u2019\u00e9nergie d\u2019une grande bless\u00e9e pour dire les troubles de l\u2019amour, pareille \u00e0 l\u2019h\u00e9ro\u00efne de <em>Lettre d\u2019une inconnue <\/em>de Stefan Zweig. En 1941, dans le remake de <em>Back Street <\/em>(1932) mis en sc\u00e8ne par le m\u00eame John M. Stahl, elle reprendra\u00a0 le r\u00f4le de la ma\u00eetresse qui toute sa vie demeure dans l\u2019ombre. L\u2019amour v\u00e9cu par Margaret Sullavan est une offrande g\u00e2ch\u00e9e par une vie moins belle que l\u2019id\u00e9al auquel elle aspire.<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0 dans<em> Une nuit seulement<\/em> sa vie est en danger. Le seuil de la maladie et de la mort se pr\u00eate aux variations d\u2019une voix qui s\u2019\u00e9trangle. Cette vuln\u00e9rabilit\u00e9 s\u2019\u00e9panouit dans la \u00ab\u00a0trilogie allemande\u00a0\u00bb r\u00e9alis\u00e9e par Frank Borzage. Peut-\u00eatre est-il celui qui a su le mieux rendre son bel alliage de douceur, douleur et dignit\u00e9.\u00a0 Il lui \u00e9pargne la mort dans <em>Et demain\u00a0<\/em>? (1934) o\u00f9 dans une Allemagne d\u00e9vast\u00e9e par l\u2019apr\u00e8s Premi\u00e8re Guerre mondiale elle refuse la mis\u00e8re pour apporter un peu de bonheur \u00e0 son futur b\u00e9b\u00e9.\u00a0 Tout l\u2019\u00e9lan vital reflue de sa silhouette de farfadet vers cette voix de gorge.<\/p>\n<p>La trace d\u2019un torument in\u00e9clutable la conduit \u00e0 la mort \u00e0 la fin dans <em>Trois camarades <\/em>(1938) et <em>La Tourmente qui tue <\/em>(1940). Dans le premier film un personnage lui dit qu\u2019elle est un <em>\u00ab\u00a0drifter\u00a0\u00bb <\/em>et il est vrai qu\u2019elle est sans attaches solides dans le monde d\u2019ici-bas. L\u2019hiver elle s\u2019\u00e9vanouit sur un balcon avant d\u2019expirer sur le sol d\u2019une chambre. Sa vie se consume, aussi discr\u00e8tement qu\u2019une chandelle s\u2019\u00e9teint. Chez Borzage son chuchotement semble dit face \u00e0 l\u2019autel afin de s\u2019adresser \u00e0 l\u2019au-del\u00e0. Lorsqu\u2019elle dit <em>\u00ab\u00a0you\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0 avec tendresse elle introduit le vouvoiement dans une langue qui l\u2019ignore.<\/p>\n<p>Rarement film aura mieux m\u00e9rit\u00e9 le nom de m\u00e9lodrame que <em>La Tourmente qui tue<\/em>. Il est situ\u00e9 en Allemagne lors de l\u2019av\u00e8nement d\u2019Hitler au pouvoir en 1933. Le personnage qu\u2019elle incarne s\u2019oppose en vain aux injustices dont sa famille juive est l\u2019objet. C\u2019est encore le r\u00e9cit d\u2019une \u00e9closion impossible puisque l\u2019amour chaste qui l\u2019unit \u00e0 James Stewart est bris\u00e9 d\u2019un coup de fusil par le pr\u00e9tendant \u00e9conduit, partisan du r\u00e9gime nazi. Plus que jamais son filet de voix \u00e9voque un torrent de haute montagne qui se faufile puis fait des haltes. Borzage\u00a0 inscrit dans sa voix l\u2019innocence, comprise comme l\u2019incapacit\u00e9 \u00e0 faire du mal \u00e0 autrui.\u00a0<a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/mortal.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6334 alignright\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/mortal-300x237.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"237\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/mortal-300x237.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/mortal-1024x810.jpg 1024w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/mortal-768x608.jpg 768w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/mortal.jpg 1493w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p><em>Rendez-vous <\/em>(1940) d\u2019Ernest Lubistch est la meilleure expression de sa capacit\u00e9 \u00e0 doter une com\u00e9die d\u2019une pointe de gravit\u00e9. En cette Budapest de carton-p\u00e2te la solitude et le risque de vivre dans la g\u00eane menacent chacun mais les mensonges et les malentendus du th\u00e9\u00e2tre de boulevard autorisent la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 du ton. Dans la derni\u00e8re sc\u00e8ne, au moment o\u00f9 James Stewart lui r\u00e9v\u00e8le \u00eatre le myst\u00e9rieux auteur des lettres qu\u2019elle admire, elle r\u00e9pond enjou\u00e9e\u00a0: <em>\u00ab\u00a0psychogiquement je suis boulevers\u00e9e, mais personnellement je ne me sens pas mal du tout\u00a0\u00bb<\/em>. Tant\u00f4t espi\u00e8gle, tant\u00f4t ing\u00e9nue, elle est toujours sur le point de se rompre. Si ce conte de No\u00ebl est un d\u00e9lice dont on ne se lasse pas c\u2019est que Klara Novak parvient \u00e0 nous convaincre que la vie est belle gr\u00e2ce au baume bienveillant de sa voix.<\/p>\n<p>C\u2019est son dernier grand film, elle a peine plus de trente ans. Dans l\u2019apr\u00e8s Deuxi\u00e8me Guerre mondiale Hollywood n\u2019avait plus \u00e0 coeur d\u2019accueillir des princesses \u00e9vanescentes et il fallait laisser la place aux cr\u00e9atures v\u00e9n\u00e9neuses du film noir.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/The-shop.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6335 alignleft\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/The-shop-300x238.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"238\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/The-shop-300x238.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/The-shop-1024x811.jpg 1024w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/The-shop-768x608.jpg 768w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/The-shop.jpg 1263w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Bien diff\u00e9rente est Jean Arthur. L\u2019actrice de temp\u00e9rament vif-argent, pr\u00eate \u00e0 en d\u00e9coudre avec la vie, est aussi une sentimentale qui s\u2019ignore, sujette aux sautes d\u2019humeur qui la plongent dans l\u2019ind\u00e9cision. C\u2019est une femme de t\u00eate, d\u2019ordinaire c\u00e9libataire, que l\u2019on a peu vue dans un r\u00f4le de m\u00e8re, \u00e0 l\u2019exception de son dernier film, <em>L\u2019Homme des vall\u00e9es perdues <\/em>(1953) de George Stevens.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9coute de sa voix on croit d\u2019abord mordre \u00e0 un citron vert puis la saveur est celle d\u2019un dessert acidul\u00e9. Pour les auditeurs les plus fortun\u00e9s et patients un cr\u00e9pitement de coin du feu alors se fait entendre, surtout lorsque les sc\u00e9naristes et les r\u00e9alisateurs lui offrent ces moments de confession o\u00f9 elle avoue sa fragilit\u00e9. Son personnage de Bonnie Lee dans le superbe <em>Seuls les anges ont des ailes <\/em>(1939) de Howard Hawks repose sur cette alternance entre l\u2019all\u00e9gresse et la m\u00e9lancolie contenue dans un soupir, entre la vitalit\u00e9 et le besoin de renoncer \u00e0 l\u2019esprit de r\u00e9partie. L\u2019un de ses principaux atouts est la capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9dramatiser les situations. Tout au long du film Cary Grant la met \u00e0 l\u2019\u00e9preuve pour l\u2019exclure de son \u00e9quipe d\u2019aviateurs mais sa voix est l\u2019instrument gr\u00e2ce auquel c\u00e8de la r\u00e9sistance de ces hommes aguerris. Son cocktail vocal contient quelques gouttes de s\u00e9duction, une note piquante et un zeste de susceptibilit\u00e9 qu\u2019un sourire peut dissiper.<\/p>\n<p>L\u2019originalit\u00e9 de cette voix nasale est son <em>beat<\/em> jazzistique, son panache de meneuse de revue de music-hall qui fait merveille dans la com\u00e9die, en particulier la <em>screwball comedy <\/em>au rythme effr\u00e9n\u00e9 auquel son d\u00e9bit et sa p\u00e9tulance s\u2019accordent bien. M\u00eame dans <em>La scandaleuse de Berlin <\/em>(1948), par endroits un drame cynique, elle m\u00e8ne ses sc\u00e8nes avec une rapidit\u00e9 propre d\u2019une com\u00e9die. Sa mani\u00e8re de s\u2019\u00e9tonner lorsque la vie est cl\u00e9mente, d\u2019en accepter les bienfaits, convient aux ambiances de conte. Apr\u00e8s tout<em> Easy Living <\/em>(1937) de Mitchell Leisen est une variation tr\u00e8s libre de Cendrillon. Il est plus malais\u00e9 de d\u00e9crire <em>History is made at night <\/em>(1937) de Frank Borzage o\u00f9 un naufrage en haute mer marque le d\u00e9but d\u2019une histoire d\u2019amour. C\u2019est \u00e0 la fois une com\u00e9die un peu loufoque, un drame sophistiqu\u00e9 et une \u00a0romance pour faire r\u00eaver.<a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/Jean-Arthur.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6336 alignleft\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/Jean-Arthur-235x300.jpg\" alt=\"\" width=\"235\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/Jean-Arthur-235x300.jpg 235w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/Jean-Arthur.jpg 313w\" sizes=\"(max-width: 235px) 100vw, 235px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Tout en spontan\u00e9it\u00e9, elle s\u2019abandonne, se perd en digressions ou acc\u00e9l\u00e8re pour donner l\u2019impression, fausse certainement, d\u2019improviser. Jeanne Moreau\u00a0 a dit un jour ne pas aimer apprendre ses r\u00f4les avec trop de pr\u00e9cision de peur de les user. Jean Arthur aussi para\u00eet vivre dans l\u2019instant.<\/p>\n<p>Dans chaque film son sens de l\u2019\u00e9coute des partenaires est remarquable. Selon la rumeur d\u2019Hollywood, t\u00e9tanis\u00e9e par le trac elle vomissait souvent avant les prises.<\/p>\n<p>De <em>Plus on est de fous <\/em>(1943) de George Stevens \u00e0 ses m\u00e9morables collaborations avec Frank Capra (<em>L\u2019extravagant Mr Deeds, <\/em>1936\u00a0 et surtout\u00a0 le toujours \u00e9mouvant <em>Monsieur Smith au s\u00e9nat, <\/em>1939) elle est form\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9cole du pragmatisme. C\u2019est une r\u00e9siliente d\u00e9\u00e7ue plus souvent qu\u2019\u00e0 son tour dont l\u2019app\u00e9tit de vivre est fortifi\u00e9 par une origine modeste et provinciale. N\u00e9anmoins, elle en garde une certaine maladresse. Aussi \u00e0 l\u2019aise en robe qu\u2019en pantalon, dans la grande ville ou en compagnie d\u2019aventuriers, cette bonne fille, plus craquante que fondante, est r\u00e9compens\u00e9e par la chance.\u00a0 Elle sait s\u2019en acquitter par des \u00e9clats de rire contagieux.<\/p>\n<p>Consciente que sa voix peut en irriter plus d\u2019un elle en joue, guid\u00e9e par l\u2019autod\u00e9rision, en poussant jusqu\u2019\u00e0 la limite du ridicule ce ton pinc\u00e9 avant de nous charmer encore. Pas assez docile pour \u00eatre une femme au foyer dans l\u2019Am\u00e9rique profonde des ann\u00e9es cinquante, on ne la sollicite plus. Elle reste \u00e0 jamais une trentenaire \u00e0 la d\u00e9marche dansante.<\/p>\n<p>On a d\u2019abord connu Joan Bennett blonde, puis brune. La blonde des ann\u00e9es trente n\u2019a pas laiss\u00e9 de souvenir durable, \u00e0 vingt ans rien ne distinguait la jeune mutine de ses rivales. Peu \u00e0 peu sa minceur et sa distinction, ses gestes parcimonieux, sa chevelure lisse devenue noire et sa voix obscurcie lui permettent de fa\u00e7onner un style s\u00e9v\u00e8re qui trouve son accomplissement sous le regard de Fritz Lang. Elle interpr\u00e8te <em>Chasse \u00e0 l\u2019homme <\/em>(1941), <em>La Femme au portrait <\/em>(1944), <em>La Rue rouge <\/em>(1945) et <em>Le Secret derri\u00e8re la porte <\/em>(1948).<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/woman-in-window.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6338 alignleft\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/woman-in-window-300x169.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/woman-in-window-300x169.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/woman-in-window-768x432.jpg 768w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/woman-in-window.jpg 968w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>La brune languienne impose sa diction nette, h\u00e9rit\u00e9e d\u2019une lign\u00e9e de six g\u00e9n\u00e9rations de com\u00e9diens. La ponctuation est essentielle \u00e0 son jeu d\u2019actrice\u00a0: elle d\u00e9coupe les phrases de la m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019un metteur en sc\u00e8ne propose un d\u00e9coupage de plans. \u00c0 cet \u00e9gard son sens des encha\u00eenements proc\u00e8de du th\u00e9\u00e2tre, non pas qu\u2019il y ait solennit\u00e9 ou emphase mais une connaissance du \u00ab\u00a0poids\u00a0\u00bb du texte dans un dialogue. L\u00e0 o\u00f9 Margaret Sullavan se caract\u00e9rise par le souffle, Jean Arthur par le tempo, elle pr\u00e9f\u00e8re la partition dramatique. Parfois elle projette sa voix \u00a0comme si elle parlait du haut d\u2019un escalier, avec la volont\u00e9 d\u2019exercer un contr\u00f4le sur chacune de ses inflexions. De fait, pas une ligne prononc\u00e9e par elle n\u2019est inaudible.<\/p>\n<p>Pendant que d\u00e9filent les premi\u00e8res images du <em>Secret derri\u00e8re la porte <\/em>(1948) sa voix off captive : pos\u00e9e, un brin autoritaire, elle d\u00e9tache les mots tout en laissant des points de suspension, et, en cons\u00e9quence, une sensation d\u2019int\u00e9riorit\u00e9 bienvenue dans cette libre adaptation de Barbe Bleue. D\u2019embl\u00e9e sa voix installe &#8211; et conserve &#8211; un ton de retenue un peu froide, d\u2019\u00e9rotisme en quelque sorte intellectualis\u00e9.<a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/SEcret.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6337 alignright\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/SEcret-300x169.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/SEcret-300x169.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/SEcret.jpg 728w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Le go\u00fbt de l\u2019emprise sur autrui manifest\u00e9 par le personnage de l\u2019\u00e9trange inconnue qui m\u00e9duse Edward G. Robinson dans <em>La Femme au portrait <\/em>sied parfaitement \u00e0 son phras\u00e9 m\u00e9tallique. En revanche, malgr\u00e9 l\u2019excellence de <em>La Rue rouge<\/em> l\u2019\u00e9l\u00e9gance choisie pour \u00e9viter la vulgarit\u00e9 des garces habituelles du film noir est excessive.<\/p>\n<p>Dans d\u2019autres films sa tr\u00e8s grande assurance, pr\u00e9cieuse chez Lang, est un frein. Par exemple, elle est dans <em>Allons donc, papa\u00a0! <\/em>(1951, suite du <em>P\u00e8re de la mari\u00e9e <\/em>r\u00e9alis\u00e9 par Vincente Minnelli) une m\u00e8re aimante et soucieuse des convenances qui ext\u00e9riorise les usages li\u00e9s aux sentiments plut\u00f4t qu\u2019elle ne les ressent vraiment. Le film dans lequel elle montre son angoisse sans d\u00e9tour est <em>Les D\u00e9sempar\u00e9s <\/em>(1949). Max Ophuls tire d\u2019elle un d\u00e9sarroi sensible pour le spectateur. Cette m\u00e8re qui prend soin de sa famille en l\u2019absence de son mari croit par erreur que sa fille adolescente a tu\u00e9 son amant encombrant, \u00e0 la suite de quoi elle est prise dans un engrenage auquel met un terme un faux <em>happy end<\/em>. Tout le film suit le fil de sa voix pour laisser poindre l\u2019\u00e9motion qui la gagne lors de l\u2019appel t\u00e9l\u00e9phonique de son mari.<\/p>\n<p>En 1951, son mari Walter Wanger, producteur de certains des films dont elle est la protagoniste, tue son agent artistique dans un acc\u00e8s de jalousie. Depuis il a souvent \u00e9t\u00e9 dit que cela a mis un coup d\u2019arr\u00eat \u00e0 sa carri\u00e8re, mais est-ce la seule raison\u00a0? Vrai ou pas, Hollywood l\u2019a rapidement mise au ban.<\/p>\n<p>Margaret Sullavan, Jean Arthur et Joan Bennett ont conquis leurs contemporains et pourtant quelque chose les a emp\u00each\u00e9 d\u2019\u00eatre des stars en d\u00e9pit de leur aura. \u00c0 l\u2019insu de tous car il est tr\u00e8s difficile de d\u00e9terminer pourquoi une \u00e9motion d\u00e9range. Peut-\u00eatre leur voix allait \u00e0 l\u2019encontre des r\u00f4les d\u00e9volus aux femmes de l\u2019\u00e9poque. Margaret Sullavan \u00e9tait trop romanesque \u00e0 un \u00e2ge dit m\u00fbr\u00a0; Jean Arthur, trop ind\u00e9pendante pour vivre en couple\u00a0; et Joan Bennett, trop forte pour \u00eatre mise sous clef.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Margaret Sullavan, Jean Arthur y Joan Bennett fueron tres notable actrices, cuyas voces muy peculiares resuenan a\u00fan en la memoria de los espectadores. Sin embargo, algo en cada una de ellas, y a pesar de su talento, les impidi\u00f3 alcanzar una fama duradera y con apenas m\u00e1s de cuarenta a\u00f1os fueron relegadas a un segundo plano. La primera parec\u00eda demasiado novelesca, la segunda demasiado independiente y la tercera demasiado fuerte.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":6339,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[7],"tags":[178,144,179,67,102,180,181,182,183],"class_list":["post-6332","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-cine-americano","tag-ernst-lubitsch","tag-frank-borzage","tag-frank-capra","tag-fritz-lang","tag-howard-hawks","tag-jean-arthur","tag-joan-bennett","tag-john-stahl","tag-margaret-sullavan"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6332","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6332"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6332\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6339"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6332"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6332"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6332"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}