{"id":6232,"date":"2017-01-26T15:41:04","date_gmt":"2017-01-26T15:41:04","guid":{"rendered":"http:\/\/florealpeleato.com\/?p=6232"},"modified":"2017-01-26T15:41:04","modified_gmt":"2017-01-26T15:41:04","slug":"philippe-noiret-le-cavalier-de-turcy","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/philippe-noiret-le-cavalier-de-turcy\/","title":{"rendered":"Philippe Noiret : Le cavalier de Turcy"},"content":{"rendered":"<p>Art\u00edculo publicado en Positif (n\u00ba 617-618, julio-agosto de 2012, dossier &#8220;60 ans de com\u00e9diens&#8221;)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Vin rond\u00a0: se dit d\u2019un vin souple, soyeux, sans asp\u00e9rit\u00e9s, \u00a0harmonieux, d\u2019une acidit\u00e9 de m\u00eame intensit\u00e9 que le moelleux et les tannins. Dira-t-on d\u2019une voix qu\u2019elle est \u00ab\u00a0ronde\u00a0\u00bb\u00a0? Celle de Philippe Noiret nous invite \u00e0 le croire. Rien d\u2019astrigent ou d\u2019agressif dans cette voix charnue mais \u00ab\u00a0pleine en bouche\u00a0\u00bb d\u00e8s sa jeunesse, apte \u00e0 vieillir comme un vin de garde, dont les ar\u00f4mes peu \u00e0 peu rehauss\u00e9s par le bouquet n\u2019alt\u00e9r\u00e8rent jamais la clart\u00e9. Que son d\u00e9bit soit lent ou plus vif, dict\u00e9 par la langue de la rue ou celle de la cour, que son volume s\u2019enfle ou fr\u00f4le le murmure, une m\u00eame ligne en pr\u00e9serve la saveur, si bien qu\u2019elle nous inspire une confiance durable puisque rien ne la d\u00e9tourne de son cours naturel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/Zaie-dans-le-metro.jpg\" rel=\"attachment wp-att-6233\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6233 alignleft\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/Zaie-dans-le-metro-300x225.jpg\" alt=\"Zaie dans le m\u00e9tro\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/Zaie-dans-le-metro-300x225.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/Zaie-dans-le-metro-768x577.jpg 768w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/Zaie-dans-le-metro.jpg 960w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>A ses d\u00e9buts la voix \u00e9tait encore proche d\u2019un vin aimable et charmeur que son image de g\u00e9ant nonchalant popularisa gr\u00e2ce \u00e0 <em>Zazie dans le m\u00e9tro <\/em>(Louis Malle, 1960) et surtout <em>Alexandre le bienheureux <\/em>(Yves Robert, 1967). Il est vrai qu\u2019il sut tirer parti d\u2019une certaine indolence. Dans <em>La Grande<\/em><em> bouffe<\/em> (Marco Ferreri, 1973) il s\u2019accomode ais\u00e9ment des assauts d\u2019Andr\u00e9a Ferr\u00e9ol qui \u00e0 la fin lui apporte deux \u00e9normes seins de g\u00e9latine mortif\u00e8res, tant il s\u2019est \u00e9puis\u00e9 \u00e0 manger. Parfois son personnage se vautre dans la veulerie, dans \u00a0<em>Coup de torchon<\/em> (Bertrand Tavernier, 1981) il subit les pires vexations avant de r\u00e9gler ses comptes aux membres peu reluisants de la communaut\u00e9 coloniale fran\u00e7aise de l\u2019Afrique occidentale. Pourtant, son personnage silencieux de veuf vengeur, tout de rage et de douleur contenues, (<em>Le vieux fusil<\/em>, Robert Enrico, 1975) est l\u2019un des plus aim\u00e9s du public. Est-ce \u00e0 dire que les r\u00e9alisateurs et producteurs ne surent pas voir en lui la stature d\u2019un homme d\u2019action\u00a0? Il est fort possible que la bonhomie qu\u2019on lui accorde lui ait \u00e9t\u00e9 sur ce point pr\u00e9judiciable. On pr\u00e9f\u00e9ra voir en lui l\u2019homme tranquille, plus sanguin qu\u2019atrabilaire, pr\u00eat \u00e0 s\u2019emporter bri\u00e8vement pour d\u00e9fendre son bien avant de retrouver une placidit\u00e9 taciturne (<em>L\u2019horloger de Saint Paul, <\/em>Bertrand Tavernier, 1973).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/Le_Vieux_Fusil.jpg\" rel=\"attachment wp-att-6234\"><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6234 alignright\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/Le_Vieux_Fusil-300x169.jpg\" alt=\"Le_Vieux_Fusil\" width=\"300\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/Le_Vieux_Fusil-300x169.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/Le_Vieux_Fusil-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/Le_Vieux_Fusil-768x432.jpg 768w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/Le_Vieux_Fusil.jpg 1200w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Cette voix semble un vin ample dans lequel l\u2019h\u00e9ritage th\u00e9\u00e2tral, perceptible dans le vibrato, la r\u00e9sonance, la cadence, se fond dans la pr\u00e9sence subtile d\u2019un terroir, c\u2019est-\u00e0-dire dans l\u2019attachement \u00e0 une tradition. Il \u00e9crit dans son autobiographie\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Il faut se m\u00e9fier de l\u2019originalit\u00e9 \u00e0 tout prix. Au fond, seuls les clich\u00e9s sont vrais. Il ne faut pas les craindre\u00a0; au contraire il faut les \u00e9valuer, trouver leur part de v\u00e9rit\u00e9 et s\u2019en servir.\u00a0\u00bb <\/em>(1) Un geste, un v\u00eatement, un objet, une coupe de cheveux, une paire de chaussures, l\u2019aidaient mieux \u00e0 construire le personnage qu\u2019une plong\u00e9e dans son pass\u00e9 hypoth\u00e9tique. A cet \u00e9gard, le maillot de corps rose p\u00e2le, que l\u2019on devine sale, r\u00e9sume le laisser-aller et le manque d\u2019estime de soi du protagoniste de <em>Coup de torchon.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il n\u2019y a rien d\u2019opaque dans cette voix d\u2019oracle d\u00e9bonnaire, de baryton, grave aux abords de la quarantaine \u2013 assombrie en m\u00eame temps qu\u2019assouplie, ce qui est rare \u2013, impr\u00e9gn\u00e9e par quelque secr\u00e8te d\u00e9tresse du plus loin qu\u2019on s\u2019en souvienne. Peut-\u00eatre \u00e9tait-il de ces jeunes \u00eatres auxquels l\u2019avenir ne fait pas cr\u00e9dit. Cependant, sa voix tient \u00e0 \u00e9gale distance l\u2019\u00e2pret\u00e9 du d\u00e9senchant\u00e9, le souffle court de celui que la vie a \u00e9puis\u00e9 et la voix rauque du noctambule vieillissant, en un point o\u00f9 la discr\u00e9tion rejoint l\u2019\u00e9l\u00e9gance et la col\u00e8re, le silence. L\u00e0 s\u2019esquisse en puissance la silhouette du militaire dont il a rev\u00eatu l\u2019uniforme dans <em>Le d\u00e9sert des tartares <\/em>(Valerio Zurlini, 1976),<em> Fort Saganne <\/em>(Alain Corneau, 1983) et<em> La vie et rien d\u2019autre <\/em>(Bertrand Tavernier, 1989), tous trois hommes des d\u00e9serts et des terres d\u00e9vast\u00e9es<em>.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette voix reconnaissable entre mille est au meilleur d\u2019elle-m\u00eame lorsqu\u2019elle ne c\u00e8de pas \u00e0 la tentation de l\u2019effet. Racine le faisait remarquer \u00e0 son fils\u00a0: il n\u2019est pas n\u00e9cessaire que vous signiez votre lettre pour je sache que c\u2019est vous l\u2019auteur de la missive. Certains cin\u00e9astes, Patrice Leconte (<em>Tango<\/em>, 1993), Claude Berri (<em>Uranus<\/em>, 1990), Bertrand Blier (<em>Les c\u00f4telettes<\/em>, 2003) us\u00e8rent des ressources du bateleur car il y a chez sans conteste lui un go\u00fbt de rh\u00eateur pour la diatribe qui s\u00b4\u00e9panouit dans le monologue soutenu par l\u2019exc\u00e8s jubilatoire. Claude Chabrol lui confia pour <em>Masques <\/em>(1987) le personnage d\u2019un cynique pr\u00e9sentateur de programme de t\u00e9l\u00e9vision dont le discours final, juste avant sa chute aupr\u00e8s des spectateurs, constitue un morceau de bravoure attendu. Depuis, un autre com\u00e9dien choisi par Chabrol semble prendre plaisir \u00e0 poursuivre dans cette voie de la composition haute en couleur : Jean-Fran\u00e7ois Balmer dans <em>Rien ne va plus <\/em>(1997) et <em>L\u2019ivresse du pouvoir <\/em>(2002). Le cin\u00e9aste avait propos\u00e9 \u00e0 Noiret le r\u00f4le du garagiste meutrier de <em>Que la b\u00eate meure <\/em>(1969), celui-ci le d\u00e9clina au profit de Jean Yanne. Pure sp\u00e9culation\u00a0: s\u2019il avait interpr\u00e9t\u00e9 le r\u00f4le il en aurait gomm\u00e9 les aspects les plus odieux pour rechercher plus d\u2019ambig\u00fcit\u00e9. Son refus l\u2019\u00e9carta sans doute du casting du <em>Boucher <\/em>(1970) o\u00f9 Yanne s\u2019illustra superbement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/Masques.jpg\" rel=\"attachment wp-att-6235\"><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6235 alignleft\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/Masques-300x225.jpg\" alt=\"Masques\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/Masques-300x225.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/Masques-1024x767.jpg 1024w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/Masques-768x575.jpg 768w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/Masques.jpg 1200w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Le cavalier Noiret \u00e9crit dans son autobiographie\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Quand on chevauche au grand galop, on ne peut pas ne pas \u00eatre juste.\u00a0\u00bb <\/em>(2) Ce bel \u00e9loge de l\u2019ivresse l\u2019est tout autant de la justesse, saisies dans un m\u00eame \u00e9lan, et parfois un personnage se d\u00e9tache de sa parole enivr\u00e9e d\u2019elle m\u00eame dans une sorte d\u2019\u00e0-quoi-bon-d\u00e9sabus\u00e9, une sensation de fin de r\u00e8gne, qui renvoie dos \u00e0 dos les puissants et les faibles, les justes et les vauriens, comme il advient au r\u00e9gent Philippe d\u2019Orl\u00e9ans dans <em>Que la f\u00eate commence <\/em>(Bertrand Tavernier, 1975), convaincu de la d\u00e9rision de tout panache.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Un refus implicite des mondanit\u00e9s et des servitudes se devine chez celui qui se retire d\u2019un milieu corrompu bien connu de lui pour se consacrer \u00e0 l\u2019\u00e9levage de chevaux (<em>Les Ripoux<\/em>, Claude Zidi, 1984), chez celui qui vit sous l\u2019Ancien R\u00e9gime (<em>Cyrano et d\u2019Artagnan<\/em>, Abel Gance, 1962\u00a0;<em> Chouans, <\/em>1989, et <em>Le bossu,<\/em> 1997, de Philippe de Broca) ou m\u00e8ne la vie de ch\u00e2teau (<em>Th\u00e8r\u00e8se Desqueyroux<\/em>, Georges Franju, 1962\u00a0;<em> Cl\u00e9rembard, <\/em>Yves Robert, 1969). Noiret \u00e9tait homme d\u2019un autre temps, quelle que fut l\u2019\u00e9poque d\u00e9crite dans le film.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/Les-ripoux.jpg\" rel=\"attachment wp-att-6238\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6238 alignleft\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/Les-ripoux-300x149.jpg\" alt=\"Les ripoux\" width=\"300\" height=\"149\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/Les-ripoux-300x149.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/Les-ripoux-768x381.jpg 768w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/Les-ripoux.jpg 833w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Savourer l\u2019une de ses interpr\u00e9tations c\u2019est se laisser guider par sa voix caressante, au fil des ans capable d\u2019osciller entre la m\u00e9lancolie ombrageuse du violoncelle et l\u2019\u00e9clat jovial du tuba, tandis que la douceur du basson et du hautbois donne \u00e0 sa voix la texture chaude, et un peu assourdie, d\u2019un instrument \u00e0 vent. La version doubl\u00e9e de certains films qu\u2019il a interpr\u00e9t\u00e9s, <em>Le facteur <\/em>(Michael Apted, 1994) et la plupart des films italiens auxquels il a contribu\u00e9, nous emp\u00eache de go\u00fbter les nuances de son jeu parce qu\u2019il repose sur le rythme, non de son corps ou de ses d\u00e9placements, mais de sa parole, de sa respiration en une sorte d\u2019abandon de la volont\u00e9. Parfois ses syllabes finales expriment une pointe de lassitude ou de scepticisme \u00e0 l\u2019endroit de ses contemporains et la lenteur ondulante de son flux \u00e9voque les volutes des cigares qu\u2019il affectionnait de fumer. Cette mani\u00e8re de ne pas conclure dit aussi le d\u00e9sir de ne pas s\u2019appesantir, de ne pas marteler les mots, de ne pas ass\u00e9ner un message afin de laisser parmi les changements de hauteur, au creux des inflexions, des interstices propices \u00e0 la pens\u00e9e du spectateur. Le cavalier qu\u2019il \u00e9tait ne pouvait ignorer cette c\u00e9l\u00e8bre maxime de La Gu\u00e9rini\u00e8re\u00a0selon laquelle \u00ab\u00a0<em>la main bonne renferme trois qualit\u00e9s qui sont d\u2019\u00eatre l\u00e9g\u00e8re, douce et ferme\u00a0\u00bb <\/em>Ce m\u00eame principe s\u2019applique \u00e0 l\u2019art de l\u2019interpr\u00e9tation lorsque les plis et les coutures deviennent invisibles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/disque-le-juge-et-l-assassin8.jpg\" rel=\"attachment wp-att-6237\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6237 aligncenter\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/disque-le-juge-et-l-assassin8-300x128.jpg\" alt=\"disque-le-juge-et-l-assassin8\" width=\"300\" height=\"128\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/disque-le-juge-et-l-assassin8-300x128.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/disque-le-juge-et-l-assassin8-1024x436.jpg 1024w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/disque-le-juge-et-l-assassin8-768x327.jpg 768w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/disque-le-juge-et-l-assassin8-1536x654.jpg 1536w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/disque-le-juge-et-l-assassin8.jpg 1600w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans notre m\u00e9moire de spectateurs certains com\u00e9diens se distinguent par le regard (Al Pacino), la silhouette (Jean Gabin), la mani\u00e8re d\u2019occuper un lieu (Alain Delon), d\u2019habiter un personnage (Robert De Niro), une \u00e9nergie nerveuse (Patrick Dewaere), une pr\u00e9sence massive (Gene Hackman, Toshiro Mifune, Lee Marvin) ou malgr\u00e9 tout diffuse (Michel Piccoli), un sens de l\u2019\u00e9coute aigu (Bruno Ganz, Max von Sydow), une passivit\u00e9 d\u00e9concertante (Marcello Mastroianni), une capacit\u00e9 \u00e0 doter imm\u00e9diatement le personnage d\u2019un pass\u00e9 (Alain Delon encore) ou au contraire \u00e0 l\u2019inscrire dans le pr\u00e9sent (Vincent Lindon).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Mais d\u2019autres acteurs nous l\u00e8guent une voix inimitable qu\u2019une singularit\u00e9 suffit \u00e0 rappeler \u00e0 nos oreilles\u00a0: la morgue de George Sanders, dandy condamn\u00e9 \u00e0 l\u2019ennui parmi les pl\u00e9b\u00e9iens, la rigueur martiale de Vittorio Gassman chez qui la m\u00e2choire est tout, \u00a0l\u2019autorit\u00e9 masqu\u00e9e par un souci de contention aristocratique chez Jeremy Irons, le cailloutis chevrotant de Michel Simon, l\u2019alanguissement de Kevin Spacey, le sifflement tant\u00f4t s\u00e9ducteur, tant\u00f4t cinglant, de Jean-Louis Trintignant, le trait sec et puissant de Michel Bouquet, la voix de f\u00fbt de ch\u00eane de Jean-Pierre Marielle, le phras\u00e9 en dentelle de Michael Lonsdale, le vent sombre insuffl\u00e9 par Orson Welles, la r\u00eaverie suspendue d\u2019un \u00e9ternel jeune homme nomm\u00e9 Andr\u00e9 Dussolier, et, bien s\u00fbr Philippe Noiret.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans <em>L\u2019homme de la plaine <\/em>(Anthony Mann, 1955), le personnage du <em>old timer <\/em>devinait le grade du protagoniste incarn\u00e9 par James Stewart gr\u00e2ce au son de la voix, alors m\u00eame que celui-ci occultait son identit\u00e9\u00a0: il \u00e9tait capitaine. Celle de Noiret s\u2019est \u00e0 jamais fix\u00e9e dans celle du commandant Dellaplane (<em>La vie et rien d\u2019autre<\/em>)\u00a0: cinquantenaire r\u00e9tif, bourru, courtois, ennemi de la familiarit\u00e9, soucieux d\u2019ordre et d\u2019\u00e9quit\u00e9, en d\u00e9licatesse avec l\u2019autorit\u00e9, sensible aux usages d\u2019un monde en d\u00e9clin, prompt \u00e0ux \u00e9clats comme aux confidences pour peu que l\u2019on sollicite sa sensibilit\u00e9 d\u2019\u00e9corch\u00e9 vif. Noiret \u00e9crit sans ambages qu\u2019il ch\u00e9rissait ce personnage, son centi\u00e8me, <em>\u00ab\u00a0entier, indompt\u00e9, il avait quelque chose de fordien.\u00a0\u00bb<\/em> (3)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/La-vie-et-riend-autre.jpg\" rel=\"attachment wp-att-6236\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6236 alignleft\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/La-vie-et-riend-autre-300x218.jpg\" alt=\"La vie et riend 'autre\" width=\"300\" height=\"218\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/La-vie-et-riend-autre-300x218.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/La-vie-et-riend-autre-768x557.jpg 768w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/La-vie-et-riend-autre.jpg 885w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Tout l\u2019art de l\u2019acteur tient dans une simple phrase adress\u00e9e \u00e0 l\u2019officier subalterne, interpr\u00e9t\u00e9 par Fran\u00e7ois Perrot, charg\u00e9 de trouver la d\u00e9pouille du soldat inconnu. Il\u00a0 est dans la rue entour\u00e9 de soldats annamites et de cercueils lorsque Noiret lui dit ceci\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Je vous comprends une fois sur deux Perrin, et encore. Enlevez-moi tout \u00e7a. \u00c7a d\u00e9moralise le public votre \u00e9talage&#8230; Vous me remettez tout \u00e7a dans votre brouette, vous me remettez tout \u00e7a \u00e0 l\u2019ombre en attendant qu\u2019on en prenne livraison\u00a0\u00bb\u00a0<\/em>Puis il ajoute \u00ab\u00a0<em>Soyez gentil, faites \u00e7a, comme si c\u2019\u00e9tait un ordre.\u00a0\u00bb <\/em>Outre la finesse de la r\u00e9plique \u00e9crite par Jean Cosmos on per\u00e7oit ici un m\u00e9lange d\u2019impatience ma\u00eetris\u00e9e par l\u2019urbanit\u00e9, d\u2019ironie, de paternalisme bienveillant et de plaisir \u00e0 forger la scansion musicale d\u2019un alexandrin par un officier cultiv\u00e9. Faire tenir tant de nuances en quelques mots \u00e0 peine, et dans une phrase presque anodine, voil\u00e0 bien l\u2019expression du talent fortifi\u00e9 par l\u2019exp\u00e9rience.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9quitation fut l\u2019une des passions du com\u00e9dien qui \u00e9crit:<em> \u00ab\u00a0\u00c1 tous les sens du mot, l\u2019\u00e9quitation apprend \u00e0 se tenir. \u00c0 se contr\u00f4ler. Lorsqu\u2019on est \u00e0 cheval, il n\u2019est pas question de faire des mouvements intempestifs, de se laisser aller \u00e0 l\u2019humeur. (&#8230;) C\u2019est une fa\u00e7on d\u2019\u00eatre dans la vie, en d\u00e9rangeant le moins possible.\u00a0\u00bb <\/em>(4) La gaucherie, l\u2019in\u00e9l\u00e9gance, l\u2019apitoiement sur soi, voil\u00e0 ce qu\u2019il combat. Retir\u00e9 sur les rudes et rocailleuses terres de Turcy, dans l\u2019Aude, aper\u00e7ues \u00e0 la toute fin de <em>La vie et rien d\u2019autre, <\/em>Noiret endossa le r\u00f4le du hobereau qui aux fastes pr\u00e9f\u00e8re la discr\u00e9tion de sa gentilhommi\u00e8re, et aux courtisans, la compagnie d\u2019un cheval. Nuno Oliveira disait que l\u2019art \u00e9questre commence par la perfection des choses simples. Conscient que l\u2019artisanat rend l\u2019artiste exigeant et patient, Philippe Noiret\u00a0 aurait certainement souscrit \u00e0 cette conviction du ma\u00eetre portugais, d\u2019apparence si simple qu\u2019elle devient plus myst\u00e9rieuse qu\u2019un pr\u00e9cepte oriental. On imagine l\u2019acteur sur la terre soleilleuse de Turcy s\u2019avancer, jour apr\u00e8s jour, sur la voie de la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9\u00a0au contact d\u2019un cheval \u00ab\u00a0rond\u00a0\u00bb\u00a0: rassembl\u00e9, aux allures fluides et les sens en \u00e9veil.<\/p>\n<ul>\n<li>Philippe Noiret, <em>M\u00e9moire cavali\u00e8re<\/em>, <em>avec la collaboration d\u2019Antoine de Meaux<\/em>, Editions Robert Laffont, 2007, Le livre de Poche, p 401.<\/li>\n<li>Ibidem p 485<\/li>\n<li>Ibidem p 443<\/li>\n<li>Ibidem p 292-293<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Algunos actores se destacan por la mirada, otros por su forma de moverse. Philippe Noiret permanece en nuestra memoria de espectador por su voz potente, profunda y a vece s suave que utiliz\u00f3 como un instrumentista virtuoso. Adem\u00e1s, m\u00e1s all\u00e1 de estilos y escuelas dio vida a actuaciones muy variadas con la misma fuerza apacible sin que logremos saber c\u00f3mo lograba hacer suyo el personaje.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":6239,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[9],"tags":[156,157],"class_list":["post-6232","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-cine-europeo","tag-bertrand-tavernier","tag-philippe-noiret"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6232","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6232"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6232\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6239"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6232"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6232"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6232"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}