{"id":6126,"date":"2016-04-18T08:17:42","date_gmt":"2016-04-18T08:17:42","guid":{"rendered":"http:\/\/florealpeleato.com\/?p=6126"},"modified":"2016-04-18T08:17:42","modified_gmt":"2016-04-18T08:17:42","slug":"les-sentiers-du-silence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/les-sentiers-du-silence\/","title":{"rendered":"Les Sentiers du silence"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\">N\u00ba 601, mars 2011, dossier \u00ab\u00a0Stanley Kubrick, de Napol\u00e9on au Vi\u00eat-Nam\u201d, <em>Les Sentiers du silence<\/em>, sur l\u2019\u00e9mergence du silence dans l\u2019oeuvre du cin\u00e9aste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">LES SENTIERS DU SILENCE<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il semble que le silence se soit gliss\u00e9 de mani\u00e8re subreptice et durable dans l\u2019oeuvre de Stanley Kubrick au creux des interstices de <em>2001\u00a0: l\u2019odyss\u00e9e de l\u2019espace<\/em>, et plus particuli\u00e8rement dans sa s\u00e9quence finale. Le p\u00e9riple sid\u00e9ral connu sous le titre\u00a0\u00ab\u00a0Jupiter et au-del\u00e0 de l\u2019infini\u00a0\u00bb se cl\u00f4t sur une s\u00e9rie de tr\u00e8s gros plans de l\u2019oeil de Dave Bowman lequel d\u00e9couvre la s\u00e9pulcrale suite blanche. Il franchit les fronti\u00e8res de l\u2019indicible puis demeure un instant sur le seuil de la chambre matricielle dans une sorte de sas. Sa stup\u00e9faction devient la n\u00f4tre face \u00e0 l\u2019\u00e9clatante blancheur d\u2019un d\u00e9cor inoui o\u00f9 l\u2019homme est attendu. La musique, proche ici du bruitage, dispara\u00eet apr\u00e8s l\u2019exploration des lieux pour laisser place au souffle sourd de Dave Bowman. Cette intrusion du r\u00e8gne vivant dans un monde clos et silencieux nous opresse tant elle\u00a0 nous emprisonne dans le corps de l\u2019astronaute. La qu\u00eate solitaire lui impose le silence dans son for int\u00e9rieur autant que dans la noirceur abyssale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/20015.jpg\" rel=\"attachment wp-att-6127\"><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6127 alignleft\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/20015-300x142.jpg\" alt=\"2001,5\" width=\"300\" height=\"142\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/20015-300x142.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/20015-768x362.jpg 768w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/20015.jpg 854w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>\u00ab\u00a0Le silence est pour les oreilles ce que la nuit est pour les yeux.\u00a0\u00bb<\/em> (1) \u00e9crit Pascal Quignard. Nous priver des sons c\u2019est nous contraindre \u00e0 vivre aux aguets dans l\u2019attente de leur retour mais leur nettet\u00e9 trop pure ou charg\u00e9e d\u2019\u00e9cho nous blesse, ainsi, le son d\u2019une coupe de cristal bris\u00e9e sur le sol d\u00e9chire la qui\u00e9tude de la chambre blanche pour nous arracher \u00e0 cette vie dilat\u00e9e tout autant que concentr\u00e9e puisque Dave Bowman vieillit sous nos yeux. Dans un dernier sursaut le mourant alit\u00e9 l\u00e8ve un doigt pour interroger le myst\u00e8re mais ne peut prononcer un mot, tel Perceval troubl\u00e9 \u00e0 la vue du Graal et de la lance qui saigne chez le Roi P\u00eacheur. Son r\u00e2le pr\u00e9c\u00e8de la troisi\u00e8me apparition du monolithe noir mais cette fois le th\u00e8me musical de Ligeti accompagnera l\u2019image du \u00ab\u00a0foetus astral\u00a0\u00bb.\u00a0 Le Graal port\u00e9 par la jeune femme et qui diffuse une lumi\u00e8re sans source visible para\u00eet autant de fois devant Perceval. Comme le jeune chevalier le voyageur est muet, saisi qu\u2019il est d\u2019effroi face \u00e0 l\u2019infini, conscient de la vanit\u00e9 des mots, ploy\u00e9 par une solitude sans fin, \u00e9tourdi par le vertige du temps et accabl\u00e9 par l\u2019\u00e9nigme d\u2019un monde opaque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans la nuit stellaire de cette \u00e9trange bulle le silence kubrickien trouve sa \u00ab\u00a0sc\u00e8ne primitive\u00a0\u00bb car il repose sur le vide. En cela il est bien diff\u00e9rent des silences qui jalonnent les films ant\u00e9rieurs. Auparavant, depuis <em>le Baiser du tueur<\/em>, l\u2019emploi du silence ob\u00e9issait aux r\u00e8gles en vigueur : doute, menace ou au contraire apaisement, introspection, ambig\u00fcit\u00e9, suspense, m\u00eame pendant le \u00ab\u00a0duel\u00a0\u00bb entre Dave Bowman et le robot Hal\u00a0; en d\u2019autres termes le silence r\u00e9pondait au besoin d\u2019efficacit\u00e9 dramatique. Mais il y a plus, Michael Herr et Fr\u00e9d\u00e9ric Rapha\u00ebl, respectivement cosc\u00e9naristes de <em>Full Metal Jacket<\/em> et<em> Eyes Wide Shut<\/em>, n\u2019ont pas manqu\u00e9 de signaler dans leurs livres consacr\u00e9s \u00e0 Kubrick \u00e0 quel point celui-ci \u00e9tait attentif au rythme du film \u00e0 venir\u00a0: le silence le lib\u00e8re des entraves du r\u00e9cit classique, de ses articulations les plus logiques, il peut dor\u00e9navant s\u2019adonner \u00e0 la recherche de la toute-puissance des rythmes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Jusqu\u2019\u00e0 <em>2001<\/em> on lui reconnaissait la ma\u00eetrise d\u2019un grand metteur en sc\u00e8ne formaliste, \u00e0 partir de ce film le plan devient chez Kubrick une image charg\u00e9e de sens travers\u00e9e par le temps, m\u00eame s\u2019il s\u2019agit d\u2019un temps abstrait, \u00e9vid\u00e9, en suspens, en tous points \u00e9loign\u00e9 d\u2019un temps chronologique, circulaire, mythique ou d\u2019une approche contemplative. A l\u2019encontre de nombre d\u2019artistes plus sentimentaux pour lesquels le temps s\u2019\u00e9coule ou s\u2019\u00e9pand en strates Kubrick le sculpte en blocs min\u00e9raux pour en \u00eatre l\u2019artisan.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/BL4.jpg\" rel=\"attachment wp-att-6132\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6132 alignright\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/BL4-300x169.jpg\" alt=\"BL,4\" width=\"300\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/BL4-300x169.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/BL4-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/BL4-768x432.jpg 768w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/BL4-1536x864.jpg 1536w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/BL4.jpg 1600w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019acuit\u00e9 d\u2019un regard toujours plus scrutateur l\u2019intensit\u00e9 \u00e9motionnelle des films ult\u00e9rieurs est souvent produite par la rencontre du silence et de l\u2019immobilit\u00e9. On se souvient des visages de cire aper\u00e7us dans <em>Barry Lyndon<\/em> en apparence, h\u00e9las pour certains, peu expressifs. Marisa Berenson \u00e9crit\u00a0: <em>\u00ab\u00a0On m\u2019a dit parfois que j\u2019avais peu de texte dans <\/em>Barry Lyndon<em> ou que j\u2019\u00e9tais statique, comme me le disait Stanley mes regards en disaient souvent davantage que mes mots.<\/em>\u00a0\u00bb (2)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/2001.j2.jpg\" rel=\"attachment wp-att-6128\"><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6128 alignright\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/2001.j2-300x169.jpg\" alt=\"2001.j2\" width=\"300\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/2001.j2-300x169.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/2001.j2-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/2001.j2-768x432.jpg 768w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/2001.j2-1536x864.jpg 1536w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/2001.j2.jpg 1600w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\n<p style=\"text-align: justify\">Sur ce point aussi l\u2019\u00e9pilogue de <em>2001 <\/em>marque une c\u00e9sure franche dans le corpus du cin\u00e9aste. Le trop plein verbal \u00e9tait loin d\u2019\u00eatre inhabituel dans ses films, qu\u2019il s\u2019agisse de la voix off constante de <em>L\u2019ultime razzia<\/em>, des joutes oratoires des officiers dans les <em>Sentiers de la gloire,<\/em> des discours de Spartacus et Crassus avant la bataille finale dans<em> Spartacus<\/em>, de la th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 de l\u2019\u00e9change entre Humbert Humbert et Clare Quilty au d\u00e9but de <em>Lolita<\/em>, ou de l\u2019histrionisme du<em> Docteur Folamour.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Selon John Baxter, peu cl\u00e9ment \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Kubrick, celui-ci aurait affirm\u00e9\u00a0:\u00a0 <em>\u00ab\u00a0Je crois que les films muets font souvent bien mieux les choses que les films parlants, dit-il. Il ne donne pas de d\u00e9tails, sauf pour dire qu\u2019il aime particuli\u00e8rement ce qui est peut-\u00eatre le moment le plus r\u00e9ussi du film, quand Barry et Lady Lyndon, apr\u00e8s s\u2019\u00eatre observ\u00e9s en douce par dessus la table de jeu, se rencontrent dehors, sur la terrasse \u00e0 colonnades (&#8230;)\u00a0En acceptant des \u00e9loges pour la r\u00e9serve de cette sc\u00e8ne, Kubrick \u00e9vite de mentionner le fait qu\u2019il avait tourn\u00e9 un long \u00e9change dialogu\u00e9 entre Barry et Lady Lyndon, puis qu\u2019il l\u2019avait mis au rebut parce que la sc\u00e8ne tombait exactement au milieu du film, d\u2019une dur\u00e9e de trois heures sept minutes, exigeant un interm\u00e8de.\u00a0\u00bb<\/em> (3) En admettant qu\u2019il ait film\u00e9 cette sc\u00e8ne sous forme dialogu\u00e9e il n\u2019en demeure pas moins que la d\u00e9cision ultime prise au cours du montage a privil\u00e9gi\u00e9 le silence pour mieux partager le trouble intime de Lady Lyndon. Ne pas se d\u00e9tourner du silence d\u2019un visage est une mani\u00e8re d\u2019en exiger la mise \u00e0 nu sans bienveillance, d\u2019y sculpter aussi ce temps solide qui p\u00e9trifie les \u00eatres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/BL2.jpg\" rel=\"attachment wp-att-6129\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6129 alignleft\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/BL2-300x170.jpg\" alt=\"BL,2\" width=\"300\" height=\"170\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/BL2-300x170.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/BL2-1024x579.jpg 1024w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/BL2-768x434.jpg 768w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/BL2.jpg 1280w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Emily Dickinson affirme que <em>\u00a0\u00ab\u00a0Le Silence est notre seule crainte. Il y a dans la Voix un Rachat \u2013 mais le Silence est l\u2019Infini. Il n\u2019a pas de visage.\u00a0\u00bb <\/em>(4) Kubrick partage la m\u00eame fascination que la po\u00e9tesse pour le silence du monde produit peut-\u00eatre par un Grand Architecte leibnitzien. A partir de <em>2001 <\/em>il l\u2019exprime, paradoxalement, tant par la musique de r\u00e9pertoire qui pr\u00e9existe au r\u00e9cit que par une parole allusive et appauvrie et surtout par l\u2019insertion de longs silences qui mettent en \u00e9vidence une solitude accrue. Hormis <em>Orange m\u00e9canique<\/em>, alourdi d\u2019effets caricaturaux et d\u2019artifices visant \u00e0 une modernit\u00e9 factice, ses films suivants portent la trace de cet all\u00e8gement dramatique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 placer ses personnages face au silence d\u2019un monde dont ils ignorent certaines c\u00e9r\u00e9monies\u00a0: la m\u00e9lancolie rembrunit la silhouette silencieuse et presque statuaire de Redmond Barry (<em>Barry Lyndon<\/em>) \u00e9tranger aux usages de l\u2019aristocratie qui tol\u00e8re \u00e0 peine sa pr\u00e9sence. Sous l\u2019emprise du silence de l\u2019h\u00f4tel Overlook l\u2019\u00e9crivain Jack Torrance (<em>Shining<\/em>) est happ\u00e9 par la folie au point de perdre et la capacit\u00e9 \u00e0 parler et celle d\u2019\u00e9crire, \u00e0 peine parvient-il \u00e0 m\u00e9canographier jusqu\u2019\u00e0 la naus\u00e9e la phrase <em>\u00ab\u00a0All work and no play makes Jack a dull boy\u00a0\u00bb<\/em>. Pendant son entra\u00eenement Joker (<em>Full Metal Jacket<\/em>) peine \u00e0 assimiler les usages des marines puis lors des combats il ne comprend pas la jeune vietnamienne bless\u00e9e qui lui dit <em>\u00ab\u00a0Shoot me\u00a0\u00bb<\/em>. \u00a0Derri\u00e8re un masque Bill Harford (<em>Eyes Wide Shut<\/em>) d\u00e9ambule parmi les invit\u00e9s d\u2019une orgie dont les invit\u00e9s semblent les membres d\u2019une secte. Il ignore qu\u2019il n\u2019y a pas de deuxi\u00e8me mot de passe pour les initi\u00e9s et que \u00ab\u00a0Fid\u00e9lio\u00a0\u00bb est r\u00e9serv\u00e9 au premier seuil.\u00a0 Et lorsqu\u2019il revient au ch\u00e2teau l\u2019entr\u00e9e lui est interdite \u00e0 l\u2019instar de Perceval qui de retour au ch\u00e2teau du Roi P\u00eacheur d\u00e9couvre les lieux abandonn\u00e9s d\u2019une \u00ab\u00a0Terre Gaste\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/eyes-wide-shut.2.jpg\" rel=\"attachment wp-att-6130\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6130 alignright\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/eyes-wide-shut.2-300x170.jpg\" alt=\"eyes-wide-shut.2\" width=\"300\" height=\"170\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/eyes-wide-shut.2-300x170.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/eyes-wide-shut.2-1024x580.jpg 1024w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/eyes-wide-shut.2-768x435.jpg 768w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/eyes-wide-shut.2-1536x871.jpg 1536w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/eyes-wide-shut.2.jpg 1600w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Chacun d\u2019entre eux fait face au myst\u00e8re mais aucun n\u2019est capable de le d\u00e9chiffrer. Peut-\u00eatre le premier myst\u00e8re \u00e0 r\u00e9soudre est-il celui de l\u2019identit\u00e9. Redmond Barry falsifie son nom au cours de son ascension sociale, Bill Harford occulte le sien lorsqu\u2019il s\u2019immisce dans la f\u00eate orgiaque, Joker est un surnom, et il n\u2019est pas impossible que Jack Torrance ait v\u00e9cu \u00e0 l\u2019h\u00f4tel Overlook en 1921 sous une autre identit\u00e9. Perceval a lui la r\u00e9v\u00e9lation de son nom un jour apr\u00e8s avoir assist\u00e9 au passage du cort\u00e8ge qui pr\u00e9sentait le Graal. M\u00e9conna\u00eetre son nom ou choisir de le cacher est un motif de silence coupable \u00e0 moins que le manque d\u2019assurance n\u2019en soit l\u2019origine, peut-\u00eatre suscit\u00e9e par l\u2019absence du p\u00e8re. En effet, Perceval est orphelin comme l\u2019est Redmond Barry, nous ignorons tout des p\u00e8res de Joker et Bill Harford, et celui d\u2019Alex (<em>Orange m\u00e9canique<\/em>) est un pauvre h\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Chacun de ces personnages, nouveau Perceval en visite chez le roi <em>mehaigni\u00e9<\/em>, h\u00e9site \u00e0 prononcer les mots qui pourraient \u00e9viter la mort ou lib\u00e9rer d\u2019un sortil\u00e8ge. Redmond Barry ne peut emp\u00eacher la mort de son fils Bryan, Bill Harford ne peut \u00e9viter celle de la prostitu\u00e9e appel\u00e9e Mandy, Joker assiste sans voix au d\u00e9litement de la raison de Pyle, il ne parvient pas \u00e0 \u00e9viter son suicide et plus tard il met \u00e0 mort la jeune <em>sniper <\/em>vietnamienne qui lui demande d\u2019abr\u00e9ger ses souffrances. Perceval lui n\u2019a pu gu\u00e9rir le Roi P\u00eacheur ni \u00e9pargner \u00e0 sa propre m\u00e8re de d\u00e9p\u00e9rir de chagrin loin de lui lorsqu\u2019il a choisi de rejoindre la cour du roi Arthur afin d\u2019\u00eatre adoub\u00e9 chevalier. Perdure alors chez les personnages le mutisme qui\u00a0 tourmente Perceval pour n\u2019avoir os\u00e9 agir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Sur le sentier du silence l\u2019homme s\u2019engage dans une voie ardue dans l\u2019espoir que la qu\u00eate ne soit pas sans objet ni r\u00e9compense. Ce qui manque aux personnages de Kubrick pour accomplir ce voyage n\u2019est pas la confiance en soi mais en l\u2019autre. N\u2019en fallait-il pas \u00e0\u00a0 Perceval pour accepter d\u2019\u00eatre conduit les yeux band\u00e9s et les oreilles bouch\u00e9es vers le lieu de son initiation\u00a0? Dans <em>Eyes Wide Shut <\/em>Nick Nightingale joue du piano les yeux band\u00e9s lorsque les puissants l\u2019engagent pour leur soir\u00e9e orgiaque. Bill Harford sera litt\u00e9ralement d\u00e9masqu\u00e9 pour avoir enfreint la r\u00e8gle du lieu. N\u00e9anmoins, reconnaissons que s\u2019il reste fid\u00e8le \u00e0 son \u00e9pouse Alice en d\u00e9pit des propositions incessantes c\u2019est moins par rigorisme moral que m\u00fb par l\u2019instinct de qui se sait en route vers l\u2019inconnu, voire l\u2019interdit. Comment reprocher aux personnages de Kubrick trop d\u2019impatience si leur cr\u00e9ateur a besoin pour animer ce qu\u2019il filme de d\u00e9chirer le voile des apparences, quelquefois avec emportement\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/Eyes-5.jpg\" rel=\"attachment wp-att-6131\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6131 alignleft\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/Eyes-5-300x169.jpg\" alt=\"Eyes, 5\" width=\"300\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/Eyes-5-300x169.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/Eyes-5-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/Eyes-5-768x432.jpg 768w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/Eyes-5.jpg 1280w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Un surcro\u00eet de silence nous rappelle le monde ant\u00e9rieur \u00e0 la venue de l\u2019homme et nous fait craindre un monde d\u2019o\u00f9 l\u2019homme serait absent, ou du moins d\u2019o\u00f9 nous serions absents. L\u2019\u00e9pilogue de<em> Barry Lyndon<\/em> aime \u00e0 nous rappeler notre condition de mortels\u00a0:\u00a0 <em>\u00abIls sont tous \u00e9gaux maintenant.\u00a0\u00bb <\/em>Riches ou pauvres, heureux ou bless\u00e9s par la vie ils sont r\u00e9duits \u00e0 n\u2019\u00eatre plus que des souvenirs. La derni\u00e8re phrase de <em>Full Metal Jacket<\/em> temp\u00e8re cette terrible condamnation mais Joker a beau affirmer<em> \u00ab\u00a0Je suis vivant, je n\u2019ai pas peur\u00bb<\/em>, on peut douter de sa conviction. On dira le constat d\u00e9sabus\u00e9 ou pessimiste\u00a0; trop de lucidit\u00e9 peut rogner les ailes il est vrai. Ce qui importe c\u2019est que le silence ne nous m\u00e8ne vers la Terre Gaste et qu\u2019au contraire il fortifie celui qui accepte d\u2019\u00eatre mis \u00e0 l\u2019\u00e9preuve. Bill Harford n\u2019a pu percer certain myst\u00e8re mais a-t-il r\u00e9ellement besoin d\u2019acc\u00e9der \u00e0 cette connaissance pour vivre\u00a0? Rien n\u2019est moins s\u00fbr. Mieux vaut, semble dire le cin\u00e9aste par le biais d\u2019Alice Harford, se tenir \u00e9veill\u00e9, au risque de ne plus discerner la fronti\u00e8re entre le r\u00eave et le r\u00e9el et de vivre dans l\u2019incertitude. L\u2019\u00e9trange exp\u00e9rience v\u00e9cue n\u2019a pourtant pas appris \u00e0 Bill Harford l\u2019une des vertus du silence\u00a0: \u00e0 garder un secret. Ren\u00e9 Char a \u00e9crit : <em>\u00ab\u00a0Je veux partager ton myst\u00e8re, mais je ne veux pas conna\u00eetre ton secret.\u00a0\u00bb<\/em> Nul doute que Kubrick a emport\u00e9 le sien dans la tombe de Childwickbury manor.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">(1) Pascal Quignard, <em>La haine de la musique, petits trait\u00e9s, <\/em>Calmann-L\u00e9vy, 1996, p 307<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">(2) Marisa Berenson, <em>Moments intimes<\/em>, Calmann-L\u00e9vy, 2009, p 153.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">(3) <em>John Baxter, Stanley Kubrick, biographie<\/em>, Editions Le seuil, Paris 1999, p 288.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">(4) Emily Dickinson, <em>Quatrains et autres po\u00e8mes brefs, <\/em>Po\u00e9sie Gallimard, 2000, Lettre \u00e0 Susan Dickinson, p 129.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\n<p style=\"text-align: justify\">\n<p style=\"text-align: justify\">\n<p style=\"text-align: justify\"><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\n<p style=\"text-align: justify\">\n<p style=\"text-align: justify\">\n<p style=\"text-align: justify\">\n<p style=\"text-align: justify\">\n<p style=\"text-align: justify\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A partir de &#8220;2001, una odisea del espacio&#8221; el silencio se adentra con mayor profundidad en las pel\u00edculas de Stanley Kubrick, cada vez m\u00e1s enigm\u00e1ticas para ofrecer al espectador experiencias sensoriales inusuales. 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