{"id":6037,"date":"2015-12-02T13:51:14","date_gmt":"2015-12-02T13:51:14","guid":{"rendered":"http:\/\/florealpeleato.com\/?p=6037"},"modified":"2015-12-02T13:51:14","modified_gmt":"2015-12-02T13:51:14","slug":"supreme-renoncement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/supreme-renoncement\/","title":{"rendered":"Supr\u00eame renoncement"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\">N\u00ba 619, septembre 2012, dossier\u00a0 \u00ab\u00a0Les nouveaux horizons de Martin Scorsese\u00a0\u00bb, <em>Supr\u00eame renoncement, <\/em>consacr\u00e9 au <em>Temps de l\u2019innocence <\/em>(<em>The Age of innocence<\/em>)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">LE TEMPS DE L\u2019INNOCENCE, SUPR\u00caME RENONCEMENT<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">A la fin de sa vie le tr\u00e8s distingu\u00e9 Newland Archer, cr\u00e9\u00e9 par la romanci\u00e8re Edith Wharton, constate qu\u2019il lui aura manqu\u00e9 la \u00ab\u00a0fleur de la vie\u00a0\u00bb. Pour avoir mis l\u2019amour au tombeau lorsque la comtesse Olenska, s\u00e9par\u00e9e de son mari,\u00a0 a boulevers\u00e9 sa vie au moment m\u00eame o\u00f9 il allait \u00e9pouser la douce May,\u00a0 cet homme sensible et cultiv\u00e9, respect\u00e9 par ses pairs, s\u2019est enfonc\u00e9 dans une vie narcotique d\u2019o\u00f9 est bannie toute entorse aux usages et tout exc\u00e8s. Newland a aim\u00e9 les deux femmes, May d\u2019un amour tendre, Ellen d\u2019un amour passionn\u00e9 mais h\u00e9las inhib\u00e9. A l\u2019une il offrait des corbeilles de muguet ; \u00e0 l\u2019autre il envoyait des roses jaunes afin de lui t\u00e9moigner, peut-\u00eatre inconsciemment, son inqui\u00e9tude amoureuse et son d\u00e9sir d\u2019infid\u00e9lit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/The-age-of-innocence-5.jpg\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6042 alignright\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/The-age-of-innocence-5-300x169.jpg\" alt=\"The age of innocence 5\" width=\"300\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/The-age-of-innocence-5-300x169.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/The-age-of-innocence-5-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/The-age-of-innocence-5-768x432.jpg 768w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/The-age-of-innocence-5-1536x864.jpg 1536w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/The-age-of-innocence-5.jpg 1600w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Pour avoir c\u00e9d\u00e9 aux injonctions non moins discr\u00e8tes qu\u2019insistantes de l\u2019aristocratie new-yorkaise la vie de Newland Archer (Daniel Day-Lewis) s\u2019est f\u00e2n\u00e9e trop t\u00f4t. D\u00e8s le g\u00e9n\u00e9rique de d\u00e9but du film con\u00e7u par Elaine et Saul Bass le cin\u00e9aste file la m\u00e9taphore contenue dans le livre parsem\u00e9 de digressions sur la symbolique florale en montrant une troublante \u00e9closion de fleurs, peut-\u00eatre d\u00e9l\u00e9t\u00e8res ou carnivores. Fid\u00e8le \u00e0 l\u2019\u00e9crivain, Scorsese encha\u00eene avec \u00ab\u00a0l\u2019air des fleurs\u00a0\u00bb de <em>Faust <\/em>dans lequel Marguerite se demande <em>\u00ab\u00a0m\u2019ama, non m\u2019ama\u00a0\u00bb<\/em> puis le spectateur voit l\u2019oeillet blanc port\u00e9 \u00e0 la boutonni\u00e8re par Newland avant de d\u00e9couvrir son visage. Peu \u00e0 peu ce langage prend tout son sens\u00a0: il presse May (Winona Ryder) d\u2019avancer la date du mariage dans un jardin d\u2019hiver\u00a0; celle-ci, cern\u00e9e de fleurs immenses, annonce, face \u00e0 la cam\u00e9ra, son mariage \u00e0 Ellen (Michele Pfeiffer). Pendant le d\u00eener donn\u00e9 par le couple depuis peu mari\u00e9 quelques roses jaunes limitent le champ de vision de May qui regarde en direction d\u2019Ellen et Newland assis en bout de table, puis une nouvelle composition de roses jaunes s\u00e9pare Ellen et May assises sur un canap\u00e9. Qu\u2019un \u00e9clatant bouquet tr\u00f4ne au milieu de la table dress\u00e9e lors du d\u00eener chez les Van der Luydens n\u2019a rien d\u2019\u00e9tonnant, cependant un travelling avant puis une plong\u00e9e verticale le d\u00e9tache parmi les invit\u00e9s pour mieux en signaler la nature axiale. De m\u00eame, une conversation familiale chez les Archer est film\u00e9e en un mouvement circulaire autour d\u2019une table gr\u00e2ce auquel un bouquet est toujours situ\u00e9 au centre de l\u2019\u00e9cran.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/Age-of-Innocence.3.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6039 alignleft\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/Age-of-Innocence.3-300x125.jpg\" alt=\"Age-of-Innocence.3\" width=\"300\" height=\"125\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/Age-of-Innocence.3-300x125.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/Age-of-Innocence.3-1024x427.jpg 1024w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/Age-of-Innocence.3-768x321.jpg 768w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/Age-of-Innocence.3.jpg 1440w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>De n\u2019avoir su vivre son amour pour la belle comtesse, le dandy new-yorkais a anesth\u00e9si\u00e9 ses sentiments avec la plus grande violence derri\u00e8re une douceur trompeuse, une f\u00ealure fitzgeraldienne fragilise alors celui qui avait tout pour \u00eatre heureux\u00a0: la beaut\u00e9, la jeunesse, l\u2019intelligence, l\u2019argent, le pouvoir et le prestige. May sera la femme aim\u00e9e, Ellen, la femme r\u00eav\u00e9e. Scorsese filme May, presque toujours v\u00eatue de blanc, caress\u00e9e par une douce lumi\u00e8re naturelle, sauf dans les deux sc\u00e8nes cruciales situ\u00e9es dans le bureau o\u00f9 elle r\u00e9v\u00e8le \u00e0 demi-mot son mensonge, tandis qu\u2019il r\u00e9serve \u00e0 Ellen des int\u00e9rieurs capiteux, presque oppressants. Sa blondeur n\u2019est pas sans rappeler celle de l\u2019inaccessible Betsy (<em>Taxi Driver<\/em>) et des fuyantes Vicky (<em>Raging Bull<\/em>) et Ginger (<em>Casino<\/em>). Une demi-heure apr\u00e8s le d\u00e9but du film, pendant la soir\u00e9e chez les Van der Luydens, la comtesse dit l\u2019une des phrases-clef du film\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Pensez-vous qu\u2019il y ait une limite \u00e0 l\u2019amour\u00a0?\u00a0\u00bb<\/em> A cette question Newland n\u2019ose r\u00e9pondre. Quelques secondes plus tard, le r\u00e9alisateur saisit son regard face \u00e0 May, de profil, v\u00eatue de blanc, pareille \u00e0 une effigie, puis montre sans transition un tableau dans lequel une femme \u00e0 l\u2019ombrelle, aussi v\u00eatue de blanc, aux traits indistincts, est assise en bord de mer. Newland s\u2019en \u00e9loigne apr\u00e8s l\u2019avoir observ\u00e9 en amateur d\u2019art. Cette toile, accroch\u00e9e dans le salon de la comtesse avec laquelle il a rendez-vous, \u00e9voque la peinture d\u2019inspiration europ\u00e9enne d\u2019alors, Manet ou Mary Cassat, et annonce implicitement le retour d\u00e9finitif d\u2019Ellen Olenska en Europe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019encha\u00eenement de ces trois plans \u2013 Newland en arr\u00eat face \u00e0 sa promise, May qui lui sourit, l\u2019inconnue au visage myst\u00e9rieux \u2013 r\u00e9sume \u00e0 lui seul l\u2019ind\u00e9cision \u00e9motionnelle de son protagoniste. Le tableau, vu d\u2019abord en gros plan, anticipe la silhouette lointaine d\u2019Ellen Olenska, de dos sur la digue, voil\u00e9e par une lumi\u00e8re mordor\u00e9e. Ce plan, si d\u00e9cri\u00e9 au moment de la sortie de film, qualifi\u00e9 de \u00ab\u00a0chromos\u00a0\u00bb, est l\u2019expression d\u2019une vision mentale, bien \u00e9loign\u00e9e d\u2019une carte postale d\u2019un sentimentalisme doucereux, ressouvenance d\u2019autant plus forte qu\u2019elle obs\u00e8dera Newland jusqu\u2019\u00e0 ses derniers jours. Plus tard, dans un parc, son regard est guid\u00e9 par une main qui peint le profil d\u2019une femme habill\u00e9e de blanc, assise sur un banc, le visage prot\u00e9g\u00e9 du soleil par une ombrelle, et qui n\u2019est autre que la comtesse Olenska, comme s\u2019il percevait d\u2019abord l\u2019image id\u00e9alis\u00e9e avant de voir la femme. Il n\u2019est pas le seul dans ce cas puisque d\u00e8s l\u2019ouverture du film \u2013 la repr\u00e9sentation de <em>Faust<\/em> \u2013 les hommes, \u00e0 l\u2019exception de Newland, regardent Ellen \u00e0 travers des jumelles. Au reflet dans l\u2019eau de la maison isol\u00e9e o\u00f9 la comtesse s\u2019accorde un repos hivernal r\u00e9pond le reflet final sur la vitre de l\u2019appartement parisien dans lequel elle vit qui pr\u00e9c\u00e8de pour Newland le souvenir de sa vision \u00e9vanescente, seule \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du phare.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les s\u00e9quences initiales situ\u00e9es \u00e0 l\u2019op\u00e9ra puis au bal, Newland Archer devient le prisonnier consentant du protocole. L\u2019insistance du cin\u00e9aste \u00e0 fixer les rites de cette caste ne doit rien au souci de mettre en valeur des \u00ab\u00a0productions values\u00a0\u00bb mais plut\u00f4t au besoin de montrer la rigidit\u00e9 des codes sociaux. Lors de la sc\u00e8ne du premier d\u00eener donn\u00e9 par les jeunes \u00e9poux, Scorsese filme en travelling les mets luxueux qui couvrent une table infiniment longue avant de nous pr\u00e9senter les convives assis autour. Bien s\u00fbr, si l\u2019on ne consid\u00e8re que son trajet ce mouvement d\u2019aller-retour peut ennuyer, mais si l\u2019on prend garde \u00e0 sa vis\u00e9e, il devient alors une critique sans appel de ce monde sans chaleur o\u00f9, comme Newland l\u2019indique dans une s\u00e9quence ant\u00e9rieure \u00e0 Ellen\u00a0: <em>\u00ab\u00a0tout est \u00e9tiquet\u00e9, mais tout le monde ne l\u2019est pas.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: left\"><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/Age-of-Innocence-2.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-6038 alignright\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/Age-of-Innocence-2-300x128.jpg\" alt=\"Age of Innocence 2\" width=\"300\" height=\"128\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/Age-of-Innocence-2-300x128.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/Age-of-Innocence-2.jpg 696w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Le clan frappe Newland Archer en lui imposant sa loi, comme il advient aux personnages de <em>Gangs of New York <\/em>dont <em>Le Temps de l\u2019innocence<\/em>, situ\u00e9 exactement \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, est l\u2019envers polic\u00e9, mais tout aussi cruel. Que l\u2019on se souvienne du d\u00eener au cours duquel, assise aux c\u00f4t\u00e9s de Newland, observ\u00e9e par tous les invit\u00e9s qui feignent de ne pas lui accorder leur attention, elle en est r\u00e9duite \u00e0 de menus propos. En fin de soir\u00e9e, la conspiration silencieuse \u00e0 l\u2019encontre des amoureux s\u2019agrave lorsque Newland envisage de la raccompagner, elle lui est alors ravie par un couple qui se fait fort de la soustraire \u00e0 sa pr\u00e9sence. Sans doute la brutalit\u00e9 des ma\u00eetres des Five points est plus spectaculaire que les mondanit\u00e9s appr\u00e9ci\u00e9es aux environs des Four Squares, mais l\u2019usage de la contrainte n\u2019est pas moins douloureux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Si forte que soit la vitalit\u00e9 de Newland, le clan amenuise sa r\u00e9sistance sans d\u00e9lai. Ce trop-plein excis\u00e9, il s\u2019\u00e9loigne de <em>\u00ab\u00a0l\u2019aper\u00e7u de la vraie\u00a0vie\u00a0\u00bb<\/em> saisi aux c\u00f4t\u00e9s de l\u2019ind\u00e9pendante et lucide Ellen, qui refuse de croire au pays utopique o\u00f9 Newland songe \u00e0 l\u2019emmener pour s\u2019aimer sans entraves. Il s\u2019achemine alors vers la mort lente d\u2019une vie sans d\u00e9sir. C\u2019est lorsque le dilemme moral est le plus aigu, c\u2019est-\u00e0-dire entre la visite rendue \u00e0 Ellen en vill\u00e9giature dans une maison bord\u00e9e de neige et la sc\u00e8ne o\u00f9 il annonce \u00e0 May sa volont\u00e9 d\u2019abr\u00e9ger la dur\u00e9e des fian\u00e7ailles, que le sc\u00e9nariste Jay Cocks et Scorsese ins\u00e8rent un plan de Newland en train de lire <em>Supreme surrounder <\/em>de Dante Gabriel Rossetti, po\u00e8me absent du roman, si ma m\u00e9moire est bonne. Ce \u00ab\u00a0supr\u00eame renoncement\u00a0\u00bb le m\u00e8ne \u00e0 la r\u00eaverie filtr\u00e9e par les conventions artistiques, ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019introspection qui justifie pleinement le recours \u00e0 la narration en off, n\u2019en d\u00e9plaise aux spectateurs press\u00e9s d\u2019en m\u00e9priser l\u2019usage sous pr\u00e9texte qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un \u00ab\u00a0film d\u2019\u00e9poque\u00a0\u00bb alors qu\u2019ils l\u2019acceptent dans <em>Taxi Driver<\/em>, <em>Les Affranchis <\/em>ou <em>Casino. <\/em>Joanne Woodward pose sur ce monde feutr\u00e9 une voix distanci\u00e9e et d\u00e9licate, ironique parfois, quelque peu d\u00e9sabus\u00e9e, pour d\u00e9peindre, comme \u00e0 regret, les blessures de personnages devenus les spectateurs de leur propre vie<strong>.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le matriarcat incarn\u00e9 par l\u2019opulente Granny adoucit en apparence ses obligations pour mieux an\u00e9antir les tentatives d\u2019\u00e9chapper \u00e0 son emprise, d\u2019autant plus que la figure paternelle est inexistante ici. (\u00c9trangement, Scorsese d\u00e9die le film \u00e0 la m\u00e9moire de son p\u00e8re) A l\u2019oppos\u00e9, si fr\u00eale qu\u2019elle paraisse, May use bien vite de son pouvoir et brise la vie du mari qu\u2019elle souhaite conserver \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, par amour dira-t-on. Apr\u00e8s avoir devin\u00e9 son intention de la quitter pour rejoindre Ellen, elle le devance et dit \u00e0 la comtesse \u00eatre enceinte, en ignorant si elle l\u2019est vraiment, afin de pr\u00e9cipiter son d\u00e9part d\u00e9finitif vers l\u2019Europe. Lorsque Newland l\u2019apprend de la bouche m\u00eame de May, il ne peut c\u00e9der \u00e0 la col\u00e8re, ni exiger des excuses. Tout quitter ou se taire \u00e0 jamais, voil\u00e0 l\u2019alternative. En un instant il est foudroy\u00e9. Sur son lit de mort May ose mentir \u00e0 son fils a\u00een\u00e9 en lui disant que Newland a renonc\u00e9, apr\u00e8s qu\u2019elle le lui a demand\u00e9, \u00e0 ce qu\u2019il avait de plus cher pour pr\u00e9server la famille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/The-Age-of-innocnce-4.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6043 alignleft\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/The-Age-of-innocnce-4-300x126.jpg\" alt=\"The Age of innocnce 4\" width=\"300\" height=\"126\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/The-Age-of-innocnce-4-300x126.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/The-Age-of-innocnce-4.jpg 700w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>A ceux, convaincus que l\u2019adaptation scrupuleuse d\u2019une oeuvre litt\u00e9raire est in\u00e9vitablement \u00ab\u00a0acad\u00e9mique\u00a0\u00bb, il faut signaler que Jay Cocks et Scorsese respectent, jusque dans ses dialogues,\u00a0 un roman d\u2019une architecture si cisel\u00e9e que la premi\u00e8re sc\u00e8ne comme la derni\u00e8re ont leur place dans le film et que les motifs dramatiques du livre font \u00e9cho, sur un mode mineur, aux pr\u00e9occupations du cin\u00e9aste. Mais il pousse beaucoup plus loin qu\u2019Edith Wharton le romantisme de l\u2019histoire. L\u00e0 o\u00f9 elle analyse et diss\u00e8que, il laisse en suspens, avec non moins de talent, afin de cr\u00e9er un climat de non-dit. Dans le roman, Newland avoue \u00e0 Ellen son amour sans d\u00e9tour alors que les sinueux mouvements de cam\u00e9ra enveloppent les personnages pris dans leurs circonlocutions pour affirmer, comme Flaubert, que les grandes passions sont muettes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Contrairement \u00e0 la contention attendue, Scorsese multiplie les effets\u00a0de mani\u00e8re \u00e0 produire une alt\u00e9ration sensorielle en accord avec les glissements \u00e9motionnels des personnages. Se succ\u00e8dent fondus-encha\u00een\u00e9s, fondu au rouge, au jaune, ralentis, fragmentation acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e, plans subreptices au mus\u00e9e, lecture face \u00e0 la cam\u00e9ra de la lettre envoy\u00e9e par Ellen, projection mentale lorsque Newland imagine qu\u2019elle se joint \u00e0 lui derri\u00e8re une fen\u00eatre pour l\u2019embrasser,\u00a0 changements de lumi\u00e8re dans une m\u00eame sc\u00e8ne lorsque Newland lit dans le bureau la lettre d\u2019adieu de la comtesse, voire de l\u2019intensit\u00e9 lumineuse et du son quand Newland retrouve Ellen dans la loge \u00e0 l\u2019op\u00e9ra.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">De l\u2019aveu m\u00eame du musicien la partition s\u2019en r\u00e9f\u00e8re \u00e0 Brahms et Scorsese n\u2019a pas manqu\u00e9 de signaler que le montage du film s\u2019appuie sur les rythmes compos\u00e9s par Elmer Bersntein \u2013 convaincu \u00e0 juste titre qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un mod\u00e8le de collaboration \u2013, si bien que <em>Le Temps de l\u2019innocence <\/em>est l\u2019opus le plus m\u00e9lodique de son auteur, trop de l\u2019avis de ceux qui \u00a0pr\u00e9f\u00e8rent \u00e0 ce film mal-aim\u00e9, en couvre-feu il est vrai, les affrontements chaotiques et le tempo <em>staccato<\/em> de ses films les plus admir\u00e9s. Pour aimer ses subtils duos et trios tr\u00e8s <em>legato<\/em>, soutenus par quelques <em>leitmotiv <\/em>d\u2019un lyrisme lancinant, le spectateur doit se laisser porter par son concert de murmures, admirablement modul\u00e9s par Daniel Day-Lewis, Michelle Pfeiffer et Winona Ryder. Classique est le film en ce sens que sa complexit\u00e9 est \u00e0 d\u00e9voiler au-del\u00e0 de la clart\u00e9, quoique ce classicisme distill\u00e9, plus apollinien que dyonisiaque, repose sur le \u00ab\u00a0supr\u00eame renoncement\u00a0\u00bb de l\u2019auteur aux grandes pompes pour acc\u00e9der \u00e0 la <em>\u00ab\u00a0noble simplicit\u00e9 et sereine grandeur\u00a0\u00bb<\/em> que Winckelman attribuait aux oeuvres grecques. \u00c0 peine \u00e2g\u00e9 de cinquante-sept ans Newland Archer, convalescent apr\u00e8s une longue l\u00e9thargie affective comprend, trop tard, que la vie, qu\u2019il a fuie, continuera sans lui et qu\u2019il lui reste \u00e0 prendre rendez-vous avec le Temps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A lo largo del a\u00f1o 2015 Martin Scorsese ha sido objeto de una constante actualidad: homenajes, publicaciones, DVD, as\u00ed que deseo compartir en esta secci\u00f3n blog el art\u00edculo que dediqu\u00e9 a &#8220;La edad de la inocencia&#8221;, pel\u00edcula no menor, todo lo contrario, aunque menos valorada que otras, sino tratada en modo menor.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":6041,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[7],"tags":[87,88,89,90,91,92,93,94],"class_list":["post-6037","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-cine-americano","tag-daniel-day-lewis","tag-edith-wharton","tag-elaine-bass","tag-elmer-bernstein","tag-martin-scorcese","tag-michelle-pfeiffer","tag-saul-bass","tag-winona-ryder"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6037","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6037"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6037\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6041"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6037"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6037"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6037"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}