{"id":6006,"date":"2015-11-09T17:49:45","date_gmt":"2015-11-09T17:49:45","guid":{"rendered":"http:\/\/florealpeleato.com\/?p=6006"},"modified":"2015-11-09T17:49:45","modified_gmt":"2015-11-09T17:49:45","slug":"les-fleurs-de-leur-secret","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/les-fleurs-de-leur-secret\/","title":{"rendered":"Les fleurs de leur secret"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\">N\u00ba 625, mars 2013, <em>Les Fleurs de leur secret<\/em> sur la collaboration entre Pedro Almod\u00f3var et le compositeur Alberto Iglesias.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">ALMODOVAR\/IGLESIAS, LES FLEURS DE LEUR SECRET<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Lorsque Pedro Almod\u00f3var fait appel \u00e0 Alberto Iglesias pour composer la bande sonore de <em>La Fleur<\/em><em> de mon secret <\/em>(1995) il semble chercher l\u2019\u00e2me soeur car depuis qu\u2019il a mis un terme \u00e0 sa collaboration avec Bernardo Bonezzi \u2013 l\u2019auteur de la musique de quatre de ses premiers films, mort en 2012 \u2013, le r\u00e9alisateur n\u2019a pas donn\u00e9 suite aux contributions d\u2019Ennio Morricone (<em>Attache-moi, <\/em>1989) et Ry\u00fbchi Sakamoto (<em>Talons aiguilles, <\/em>1991). Pour tous Iglesias est alors l\u2019auteur des bandes sonores atmosph\u00e9riques \u00e9crites pour les films quasi abstraits de Julio Medem, mais le monde cr\u00e9\u00e9 par Almod\u00f3var le met en contact avec des formes plus\u00a0directement expressives, parfois proches du chant dont l\u2019impact sur le spectateur est imm\u00e9diat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La partition de <em>La Fleur<\/em><em> de mon secret<\/em>, peu diserte, permet toutefois d\u2019identifier quelques constantes dans l\u2019\u00e9change qui va se produire entre le cin\u00e9aste et le compositeur. D\u2019abord, la musique s\u2019installe d\u00e8s le g\u00e9n\u00e9rique de d\u00e9but de film pour signaler au spectateur la relation profonde souhait\u00e9e par le r\u00e9alisateur entre les images et les \u00e9tats \u00e9motionnels. Et jusqu\u2019aux tout derniers plans le film sera habit\u00e9 par la musique, comme s\u2019il \u00e9tait hors de question pour le metteur en sc\u00e8ne de ne pas prendre cong\u00e9 du spectateur sans une musique qui tisse tous les liens affectifs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ici la rencontre initiale entre le <em>taconeo <\/em>flamenco superpos\u00e9 \u00e0 la ligne m\u00e9lodique \u00e9bauch\u00e9e par un violon signale d\u00e9j\u00e0 qu\u2019Almod\u00f3var ne manque presque jamais d\u2019int\u00e9grer dans le film une chanson de pr\u00e9f\u00e9rence latinoam\u00e9ricaine \u00e9gren\u00e9e par Chavela Vargas ou Caetano Veloso, ou mise en bouche de Pen\u00e9lope Cruz \u2013 <em>Volver \u2013<\/em> bien qu\u2019interpr\u00e9t\u00e9e par Estrella Morente, voire un standard am\u00e9ricain murmur\u00e9 par un enfant \u2013 <em>Moon River \u2013 <\/em>. Et ce n\u2019est pas le moindre m\u00e9rite d\u2019Iglesias que de maintenir une coh\u00e9rence forte en d\u00e9pit de cette rupture de continuit\u00e9. D\u2019ailleurs, un geste musical est \u00e0 retenir\u00a0; il ins\u00e8re un tango, c\u2019est-\u00e0-dire une forme populaire et l\u2019on sait \u00e0 quel point le r\u00e9alisateur est attach\u00e9 \u00e0 ces manifestations \u00e9pidermiques de l\u2019\u00e9motion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u00e8s cette premi\u00e8re collaboration la voix de l\u2019introspection prend corps avec les cordes, de pr\u00e9f\u00e9rence un trio ou un quatuor form\u00e9 par violons, viole, violoncelle ou contrebasse, renforc\u00e9s par des bois mais beaucoup plus rarement par des cuivres. Cette section de cordes \u00e9voque une musique de chambre plus vocalique que consonantique en quelque sorte, plus assonante que dissonante, constitu\u00e9e le plus souvent de phrases br\u00e8ves, d\u2019\u00e9lans ascendants suivis de lamentos descendants, plac\u00e9s plut\u00f4t sur des sc\u00e8nes non dialogu\u00e9es, des moments de suspense, de transition. Caract\u00e9ristique est la s\u00e9quence au cours de laquelle Marisa Paredes apr\u00e8s la visite de son mari est plong\u00e9e dans l\u2019angoisse. L\u2019envol des violons jusque l\u00e0 discrets ne craint pas de souligner son affliction, tel un chanteur qui ne s\u2019interdirait pas de placer sa voix \u00ab\u00a0tr\u00e8s en avant\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/Carne-TRemula-2.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6008 alignleft\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/Carne-TRemula-2-300x123.jpg\" alt=\"Carne TR\u00e9mula 2\" width=\"300\" height=\"123\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/Carne-TRemula-2-300x123.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/Carne-TRemula-2.jpg 350w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>En chair et en os <\/em>(1997) scelle la relation entre les deux hommes. Ce film,\u00a0 l\u2019un des meilleurs du cin\u00e9aste, est encore aujourd\u2019hui l\u2019un des moins appr\u00e9ci\u00e9s car sa singularit\u00e9 plus feutr\u00e9e surprend ou d\u00e9\u00e7oit les spectateurs conquis par le colorisme et les stridences. Plus encore, il est exempt de la panoplie d\u2019effets parfois faciles \u00e0 l\u2019origine de l\u2019adulation dont il est l\u2019objet \u00e0 travers le monde\u00a0: coincidences abusives, coups de th\u00e9\u00e2tres peu vraisemblables, comportements des personnages dict\u00e9s par l\u2019auteur plus que par leur propre logique, griffe stylistique con\u00e7ue comme une marque d\u00e9pos\u00e9e, go\u00fbt d\u2019un <em>design <\/em>envahissant, volont\u00e9 \u00e0 tout prix de s\u2019accorder au moins une sc\u00e8ne de com\u00e9die.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce film est l\u2019occasion pour Alberto Iglesias de composer une bande-sonore chaleureuse et vibrante. Apparaissent ici avec force ces cordes pinc\u00e9es, ces acc\u00e9l\u00e9rations laiss\u00e9es en suspens que l\u2019on retrouvera dans les films suivants, ces notations \u00e9parses, beaucoup plus nombreuses qu\u2019une premi\u00e8re \u00e9coute ne le laisse soup\u00e7onner, ces volutes r\u00e9serv\u00e9es \u00e0 la clarinette qui dialogue avec les cordes ou nous m\u00e8ne le long d\u2019un chemin sinueux. Plus inhabituel est le motif \u00ab\u00a0italianisant\u00a0\u00bb, primesautier, interpr\u00e9t\u00e9 pendant le g\u00e9n\u00e9rique du d\u00e9but au piano, au violon,\u00a0 \u00e0 l\u2019harmonica, auxquels vient se joindre la mandoline car ni Almod\u00f3var, ni Iglesias, ne semblent avoir avoir de go\u00fbt pour le <em>leitmotiv<\/em> et cependant il est ici repris au moins deux fois avant le g\u00e9n\u00e9rique de fin. Beaucoup plus tard, dans <em>Les \u00e9treintes bris\u00e9es <\/em>(2009), le tandem cr\u00e9atif aura recours une nouvelle fois au <em>leitmotiv<\/em> gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019emploi d\u2019<em>A ciegas, <\/em>une chanson autrefois fameuse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Tout aussi \u00e9tonnant, et ce trait va singulariser toute la production musicale d\u2019Iglesias pour Almod\u00f3var, il n\u2019y a pas selon toute apparence de ligne directrice nette et l\u2019on passe d\u2019un piano percussif, peu m\u00e9lodique, aux cordes presque baroques puis \u00e0 l\u2019harmonica en duo avec la mandoline. On peut deviner qu\u2019Iglesias ne s\u2019impose aucune unit\u00e9 affich\u00e9e, qu\u2019il recherche non pas une simple ad\u00e9quation entre l\u2019action dramatique et les affects, mais une immersion dans les eaux profondes des sensations et sentiments \u00e0 peine formul\u00e9s, et surtout qu\u2019il compose en fonction de la sc\u00e8ne elle-m\u00eame, non du film dans son entier. Cette d\u00e9construction formelle, ce \u00ab\u00a0tachisme\u00a0\u00bb musical, cet art non figuratif, peuvent d\u00e9router ou d\u00e9plaire tant le compositeur s\u2019adonne avec fr\u00e9quence \u00e0 des changements abrupts de ton au sein d\u2019une m\u00eame partition.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/Todo-sobre-mi-madre-3.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6009 alignright\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/Todo-sobre-mi-madre-3-300x117.jpg\" alt=\"Todo sobre mi madre 3\" width=\"300\" height=\"117\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/Todo-sobre-mi-madre-3-300x117.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/Todo-sobre-mi-madre-3.jpg 359w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>A tous \u00e9gards le bien-aim\u00e9 <em>Tout sur ma m\u00e8re<\/em> (1999) prolonge les acquis du film pr\u00e9c\u00e9dent. La g\u00e9om\u00e9trie visuelle s\u2019accentue, les effets de r\u00e9p\u00e9tition dramatiques aussi, sans pour autant ass\u00e9cher le r\u00e9cit, tandis que la musique au contraire semble contrebalancer cette architecture tr\u00e8s visible gr\u00e2ce \u00e0 cette propension au disparate et \u00e0 l\u2019inachev\u00e9. Ainsi, le motif musical s\u2019interrompt brutalement lorsque meurt le fils de la protagoniste. Iglesias ne guide pas l\u2019interpr\u00e9tation des sc\u00e8nes du haut de son pupitre, il pr\u00e9f\u00e8re apporter au spectateur des moments musicaux autonomes n\u00e9anmoins soumis \u00e0 des variations. Aux cordes \u2013 violon, guitarre et basse \u2013, toujours ch\u00e9ries, Iglesias ajoute des pulsations rythmiques jou\u00e9es au piano proches du jazz. La ligne m\u00e9lodique associ\u00e9e \u00e0 la mort du fils est d\u2019abord interpr\u00e9t\u00e9e par une trompette lointaine lorsque la m\u00e8re se trouve seule chez elle, puis par une section de cordes \u00e0 l\u2019instant o\u00f9 nous p\u00e9n\u00e9trons dans le th\u00e9\u00e2tre en partie \u00e0 l\u2019origine de sa mort. Il n\u2019y a pas v\u00e9ritablement de <em>leitmotiv<\/em> mais le motif pour accord\u00e9on compos\u00e9 par Dinno Saluzzi qui \u00e9voque le p\u00e8re absent et l\u2019Argentine croise en alternance les impressions li\u00e9es au fils dont la mort impr\u00e8gne encore les derniers accords. Avec le g\u00e9n\u00e9rique de fin se d\u00e9veloppe le motif le plus jazzistique de la collaboration entre Almod\u00f3var et Iglesias. On pense ici \u00e0 Miles Davis mentionn\u00e9 par le r\u00e9alisateur aveugle dans <em>Les \u00c9treintes bris\u00e9es.<\/em> Bien s\u00fbr, la musique populaire n\u2019est pas oubli\u00e9e puisqu\u2019une valse se glisse dans le corpus musical du film.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/Hable-con-ella-2.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6010 alignleft\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/Hable-con-ella-2-300x150.jpg\" alt=\"Hable con ella 2\" width=\"300\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/Hable-con-ella-2-300x150.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/Hable-con-ella-2.jpg 318w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>\u00c0 son tour <em>Parle avec elle <\/em>(2002) amplifie la tendance d\u2019Almod\u00f3var \u00e0 structurer son r\u00e9cit \u00e0 partir de sym\u00e9tries au point que m\u00eame la musique et la danse y contribuent. C\u2019est \u00e0 Pina Bausch qu\u2019il revient d\u2019ouvrir le film avec son ballet intitul\u00e9 Caf\u00e9 M\u00fcller\u00a0; c\u2019est encore elle qui est convi\u00e9e \u00e0 clore l\u2019histoire par le biais du spectacle de saveur cap-verdienne appel\u00e9 Masurca Fogo. Sertie entre ces deux extr\u00eames la musique d\u2019Iglesias fait \u00e0 nouveau la part belle aux cordes soutenues par les bois, s\u2019il s\u2019agissait de peinture on parlerait de lents et larges aplats.\u00a0 Accord tacite ou pas entre le metteur en sc\u00e8ne et le compositeur, la clarinette est encore ici la voix de la douleur contenue et lancinante (suicide de Benigno), \u00e0 moins que ce ne soit celle de la conscience qui interroge, tandis que le violon est celle de l\u2019\u00e9motion que l\u2019on autorise \u00e0 se manifester. Pour le faux court-m\u00e9trage muet intitul\u00e9 <em>Amante menguante <\/em>(<em>L\u2019amant qui r\u00e9tr\u00e9cit<\/em>) il s\u2019essaie \u00e0 une musique d\u2019accompagnement telle qu\u2019on pouvait l\u2019entendre dans les ann\u00e9es vingt, sa scansion quelque peu solennelle souligne les agissements du personnage principal et suit avec soin le rythme du montage. L\u2019appel du Br\u00e9sil impr\u00e8gne l\u2019histoire gr\u00e2ce \u00e0 la voix de Caetano Celoso puis une guitarre de sonorit\u00e9 br\u00e9silienne s\u2019invite \u00e7a et l\u00e0 avant que la guitarre flamenca de Vicente Amigo n\u2019accompagne le m\u00e9ditatif g\u00e9n\u00e9rique de fin. Plus d\u2019un perdrait sa contenance face \u00e0 tant de diversit\u00e9, pas Iglesias, peut-\u00eatre parce l\u2019unit\u00e9 dramatique qui pr\u00e9vaut est encore une fois la sc\u00e8ne, plut\u00f4t que le film dans son entier. De mani\u00e8re analogue, pour les cin\u00e9astes obs\u00e9d\u00e9s par la coh\u00e9rence visuelle l\u2019unit\u00e9 \u00e0 pr\u00e9server co\u00fbte que co\u00fbte est le plan, pour ceux qu\u2019habitent la qu\u00eate du vivant, c\u2019est la s\u00e9quence\u00a0; enfin, pour les narrateurs, c\u2019est le flux du film.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Si \u00e0 propos de <em>La mauvaise \u00e9ducation <\/em>(2004) Iglesias a mentionn\u00e9\u00a0 Alex North il est ind\u00e9niable qu\u2019un nom vient \u00e0 l\u2019esprit d\u00e8s les roulements de tambours de l\u2019ouverture, celui de Bernard Hermann. Le film emprunte au cin\u00e9ma de genre son esth\u00e9tique de film noir m\u00e2tin\u00e9 de m\u00e9lodrame. Sous les obsessions palpite un ton presque hitchcockien. A la diff\u00e9rence des apports ant\u00e9rieurs, ici Iglesias est sur le point de commenter l\u2019action dramatique \u00e0 renforts de cordes mena\u00e7antes. En guise de contraste, tant\u00f4t le saxophone, tant\u00f4t la guitarre interviennent pour ponctuer les affleurements du d\u00e9sir. Le choeur des voix enfantines avant la mue est une concession maladroite aux conventions. Ces voix \u00ab\u00a0c\u00e9lestes\u00a0\u00bb si l\u2019on veut, entendues \u00e0 l\u2019instant o\u00f9 commence le flash-back explicatif et que l\u2019on doit percevoir comme l\u2019expression de la puret\u00e9 qui pr\u00e9c\u00e8de la pubert\u00e9, sont reprises lors du retour au village en Galice, lorsque meurt le jeune drogu\u00e9 et jusque dans le g\u00e9n\u00e9rique de fin pour transmettre l\u2019id\u00e9e que la blessure d\u2019enfance ne s\u2019est pas cicatris\u00e9e. Sans doute est-ce la seule fois qu\u2019Iglesias soit peu inspir\u00e9, soit sollicit\u00e9 avec trop d\u2019empressement par son r\u00e9alisateur, c\u00e8de \u00e0 un usage convenu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/Volver-2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-6011 alignright\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/Volver-2.jpg\" alt=\"Volver 2\" width=\"277\" height=\"182\" \/><\/a>Peut-on imaginer <em>Volver <\/em>(2006) sans musique\u00a0? Oui. Mais vraisemblablement Almod\u00f3var n\u2019a pas os\u00e9 prendre ce risque. En cons\u00e9quence, ce choeur de femmes manchegas, cr\u00e9dible et savoureux, se nourrit avant tout de mots, comme d\u2019autres ont besoin d\u2019air pour vivre. L\u2019air justement est ce que tente d\u2019apporter le compositeur \u00e0 cette histoire enracin\u00e9e dans un terroir battu par les vents, et l\u2019on aimerait que les sons, et surtout le silence, en soient la musique, si bien que la partition d\u2019Iglesias ne se d\u00e9partit pas de cette sensation de flottement en m\u00eame temps que de redondance. Mauvaise\u00a0? Certes pas, mais peu utile malgr\u00e9 les micro-motifs qui m\u00ealent cordes, guitarres, harpe et fl\u00fbte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Film peu charnel, en d\u00e9pit des atours apparents et attendus de la passion, m\u00e9canique \u00e0 force de contr\u00f4le, <em>Les \u00e9treintes bris\u00e9es <\/em>(2009) offre l\u2019une des bande-sonores les plus vari\u00e9es et chatoyantes de la collaboration entre les deux artistes. S\u2019y arr\u00eater m\u00e9riterait un d\u00e9tour. Limitons-nous au g\u00e9n\u00e9rique\u00a0: celui du d\u00e9but (la sc\u00e8ne de casting) propose una variation pour piano et violon d\u2019<em>A ciegas, <\/em>la <em>copla <\/em>cr\u00e9\u00e9e en 1953 par Le\u00f3n, Quintero et Quiroga, rendue c\u00e9l\u00e8bre par Concha Piquer, mais la fin du film r\u00e9serve une surprise majeure, la splendide interpr\u00e9tation de la chanson par Miguel Poveda orchestr\u00e9e avec somptuosit\u00e9 par Alberto Iglesias. C\u2019est l\u00e0 un triomphe de l\u2019arrangement musical, non point une redite, mais une r\u00e9invention de la chanson. Tout ce qu\u2019Almod\u00f3var a pu r\u00eaver de textures qui rappellent le technicolor et les stars d\u2019autrefois, de douleurs extatiques et de plaisirs lancinants, d\u2019une Espagne d\u00e9funte raviv\u00e9e par l\u2019id\u00e9alisation et l\u2019ironie, est condens\u00e9 dans cette m\u00e9morable version de l\u2019amour masochiste d\u2019une femme pr\u00eate \u00e0 aimer encore et encore l\u2019homme infid\u00e8le qui la fait souffrir et pr\u00e9f\u00e8re porter \u00e0 jamais le bandeau symbolique qui la rend aveugle. Si l\u2019art consiste \u00e0 transformer des intentions en expressions, qui douterait qu\u2019Alberto Iglesias y soit parvenu bien souvent, pour notre plaisir?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Desde hace m\u00e1s de veinte a\u00f1os Alberto Iglesias compone bandas sonoras para pel\u00edculas dirigidas por el cineasta Pedro Almod\u00f3var. Em este art\u00edculo repaso los momentos m\u00e1s destacados de su colaboraci\u00f3n.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":6013,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[51],"tags":[78,79,80,58],"class_list":["post-6006","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-cine-hispanico","tag-alberto-iglesias","tag-banda-sonora","tag-musica-en-el-cine","tag-pedro-almodovar"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6006","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6006"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6006\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6013"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6006"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6006"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6006"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}