{"id":5863,"date":"2015-09-24T17:52:01","date_gmt":"2015-09-24T17:52:01","guid":{"rendered":"http:\/\/florealpeleato.com\/?p=5863"},"modified":"2015-09-24T17:52:01","modified_gmt":"2015-09-24T17:52:01","slug":"le-bel-instant-lart-de-la-marche-au-cinema","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/le-bel-instant-lart-de-la-marche-au-cinema\/","title":{"rendered":"Le Bel instant, l&#8217;art de la marche au cin\u00e9ma"},"content":{"rendered":"<p><em>Le Bel instant, L\u2019art de la marche au cin\u00e9ma\u00a0 <\/em>sobre el arte de caminar en el cine. Dossier \u00ab\u00a0Le Paysage et ses m\u00e9tamorphoses\u00a0\u00bb, Positif, n\u00ba 649, marzo de 2015, p 109-111.<\/p>\n<p>LE BEL INSTANT, L\u2019ART DE LA MARCHE AU CIN\u00c9MA<\/p>\n<p>Qu\u2019il emprunte des chemins de traverse, parcoure jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9puisement des prairies sans ombre, ou que son entendement vacille dans de trop vastes clairi\u00e8res, le marcheur s\u2019avance vers l\u2019\u00e9veil. \u00c0 l\u2019esth\u00e8te le monde offre une \u00e9toffe que celui-ci se charge d\u2019embellir, au marcheur, sa rude \u00e9corce. Parfois m\u00eame \u00e0 son insu il se d\u00e9pouille du \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb afin d\u2019aller \u00e0 la rencontre de ce que la raison lui masque. Et cette vacance de l\u2019\u00eatre inspire aux metteurs en sc\u00e8ne haltes, d\u00e9tours et digressions chez ceux que stimulent la saisie de l\u2019instant, contemplation et r\u00e9v\u00e9lation si l\u2019auteur a quelque vis\u00e9e spirituelle. Selon Nicolas Bouvier la prose est une visite que l\u2019on effectue, la po\u00e9sie, une visite que l\u2019on re\u00e7oit. C\u2019est de cette deuxi\u00e8me dont h\u00e9rite tout film o\u00f9 chaque foul\u00e9e met en branle la possibilit\u00e9 d\u2019accueillir les caprices du hasard, comme il advient \u00e0 la fin des <em>Onze fioretti de Fran\u00e7ois d\u2019Assise<\/em> lorsque les compagnons du \u00a0<em>poverello<\/em> pivotent sur eux-m\u00eames avant d\u2019entreprendre un long voyage vers l\u2019inconnu. Dans tout film hant\u00e9 par la marche le tempo se susbtitue \u00e0 la trame dramatique dans l\u2019ordre des priorit\u00e9s.<\/p>\n<p>Sous l\u2019oeil des cin\u00e9astes le pas, la parole et la pens\u00e9e participent d\u2019un \u00e9lan commun. Mais \u00e9trangement la marche produit deux effets contraires\u00a0: soit elle lib\u00e8re la parole, soit elle isole les personnages dans le silence, d\u2019autant plus qu\u2019elle est solitaire. La toute-puissance d\u2019une pens\u00e9e agissante soutient les marcheurs cr\u00e9\u00e9s par Tarkovski,\u00a0 emp\u00eatr\u00e9s dans les m\u00e9andres de la Zone (<em>Stalker<\/em>), ralentis par la tourbe nourrici\u00e8re (<em>Andre\u00ef Roublev, Nostalghia<\/em>) ou expos\u00e9s aux incl\u00e9mences d\u2019une lande d\u00e9nud\u00e9e (<em>Le Sacrifice<\/em>). Est-on bien s\u00fbr que les personnages voient la nature environnnante ou n\u2019est-ce pas plut\u00f4t que, par impr\u00e9gnation, ils sculptent leur pens\u00e9e\u00a0en une sorte d\u2019abandon de la raison qui c\u00e8de le pas \u00e0 une vision int\u00e9rieure\u00a0? Chez Tarkovski le pas stimule la parole, \u00e0 son tour productrice de r\u00e9flexion. Leur marche alanguie, pesante m\u00eame, leur corps ramass\u00e9, contribuent \u00e0 cet oubli de soi pour n\u2019\u00eatre plus que des pens\u00e9es en mouvement, au point de se dissoudre dans un paysage gorg\u00e9 d\u2019eaux matricielles.<\/p>\n<figure id=\"attachment_5709\" aria-describedby=\"caption-attachment-5709\" style=\"width: 275px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/Stalker-BEL-INSTANT.jpg\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-5709 size-full\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/Stalker-BEL-INSTANT.jpg\" alt=\"Stalker BEL INSTANT\" width=\"275\" height=\"184\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-5709\" class=\"wp-caption-text\">Stalker<\/figcaption><\/figure>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>De toute autre mani\u00e8re, chez Malick lPositif,a marche, film\u00e9e en une myriade de plans dans <em>Le Nouveau Monde, Tree of life<\/em> et<em> A la merveille<\/em>, est \u00e9perdue, l\u00e9g\u00e8re, presque enfantine tant elle rappelle les sauts et les cabrioles d\u2019antan. Tout \u00e0 leur ivresse les personnages cristallisent de minuscules instants au cours desquels la marche, surtout f\u00e9minine, est une forme d\u2019envol, de ballet qui exprime ce que la parole partag\u00e9e avec autrui ne peut transmettre\u00a0: le d\u00e9tachement, le bonheur des sens et la croyance en un id\u00e9al. Peut-\u00eatre pensent-ils, comme Emerson, que <em>\u00ab\u00a0L\u2019homme le plus heureux est celui qui apprend de la nature m\u00eame sa le\u00e7on de pri\u00e8re.\u00a0\u00bb <\/em>Une autre parole plonge en eux-m\u00eames, tout aussi fragment\u00e9e et lacunaire que la mise en image, elle s\u2019interroge, s\u2019attarde, s\u2019adresse \u00e0 un interlocuteur quelque peu ind\u00e9fini \u2013 la conscience, dieu, l\u2019univers \u2013 sur le ton de la confidence ou de la confession\u00a0: c\u2019est la voix off. <em>A la merveille<\/em> pousse \u00e0 l\u2019extr\u00eame cette volont\u00e9 d\u2019unir dans un m\u00eame souffle le discours int\u00e9rieur et l\u2019encha\u00eenement hasardeux mais gracieux des enjamb\u00e9es. Jamais jusqu\u2019\u00e0 ce point le flux vital n\u2019a \u00e9t\u00e9 associ\u00e9 \u00e0 la marche. Elle rel\u00e8ve de la fulgurance, et le paysage semble film\u00e9 \u00e0 coups de brosse pour laisser des tra\u00een\u00e9es de couleur sur une toile abstraite, qui expriment sans faillir l\u2019imperceptible et inexorable suite des inspirations et des expirations.<\/p>\n<figure id=\"attachment_5849\" aria-describedby=\"caption-attachment-5849\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/Le-Nouveau-Monde.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"wp-image-5849 size-medium\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/Le-Nouveau-Monde-300x127.jpg\" alt=\"Le Nouveau Monde\" width=\"300\" height=\"127\" srcset=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/Le-Nouveau-Monde-300x127.jpg 300w, https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/Le-Nouveau-Monde.jpg 344w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-5849\" class=\"wp-caption-text\">Le Nouveau Monde<\/figcaption><\/figure>\n<p>De nombreux marcheurs renoncent \u00e0 parler, voire \u00e0 regarder autour d\u2019eux, pour mieux s\u2019emplir de sensations, comme si la m\u00e9moire, et non la vue, se chargeait d\u2019enregistrer les futures r\u00e9miniscences plus nettes que l\u2019impression du moment. La silhouette importe alors davantage que le visage. Par trois fois Delphine dans <em>Le Rayon vert<\/em> s\u2019en va marcher seule, pour <em>\u00ab\u00a0prendre cong\u00e9 de nous-m\u00eames\u00a0\u00bb<\/em> dirait William Hazlitt ou pour vivre \u00ab\u00a0\u00e0 part soi\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire <em>\u00abs\u2019int\u00e9resser profond\u00e9ment et passionn\u00e9ment \u00e0 ce qui se passe dans le monde, mais sans \u00e9prouver la moindre envie de s\u2019y faire accepter ou de s\u2019y m\u00ealer.\u00a0\u00bb<\/em> \u00a0Ces br\u00e8ves sc\u00e8nes, descriptives et d\u2019apparence inutile, film\u00e9es en plan g\u00e9n\u00e9ral ponctuent le parcours \u00e9motionnel de la jeune ind\u00e9cise dont la perception du monde s\u2019aiguise n\u00e9anmoins. A peine voit-elle le paysage, mais mer et montagne lui apportent un baume. Son rythme\u00a0 est celui du promeneur enclin \u00e0 la r\u00eaverie, c\u2019est-\u00e0-dire souple et sans acc\u00e8s de brusquerie. C\u2019est la marche-introspection de celui ou celle \u00e0 l\u2019\u00e9coute de soi. De pr\u00e9f\u00e9rence ils choisissent l\u2019espace clos du jardin et du parc dans lequel r\u00e8gne l\u2019harmonie. Fanny Brawne (<em>Bright Star) <\/em>est \u00e0 son tour l\u2019un de ces innombrables marcheurs de l\u2019\u00e9cran en qu\u00eate d\u2019un bien-\u00eatre protecteur. A l\u2019image d\u2019une ballerine elle esquisse \u00e0 pas menus une danse en devenir en accord avec la d\u00e9licatesse de sa pens\u00e9e.<\/p>\n<p>En des moments tout aussi d\u00e9cisifs une impulsion intense conduit certains personnages plus passionnels, ou en tout cas moins implosifs, vers une nature hostile et majestueuse o\u00f9 ils se heurtent \u00e0 leurs d\u00e9sirs et \u00e0 leurs peurs dans une sorte de toile d\u2019araign\u00e9e invisible. C\u2019est cam\u00e9ra \u00e0 l\u2019\u00e9paule ou en de sinueux mouvements que Jane Campion filme la marche-soubresaut qui menace d\u2019essoufler Ada (<em>La Le\u00e7on de piano<\/em>) et Robin (<em>Top of the lake<\/em>), prisonni\u00e8res du labyrinthe int\u00e9rieur qui les emp\u00eache de voir, litt\u00e9ralement et symboliquement, le miroir du lac ou la for\u00eat boueuse. Pour chacun de ces personnages la marche signifie une sortie de soi, une exacerbation des sens, une mise en danger, une mue qui annonce une renaissance affective.<\/p>\n<figure id=\"attachment_5718\" aria-describedby=\"caption-attachment-5718\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/Top-of-the-lake-LE-BEL-INSTANT.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"wp-image-5718 size-medium\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/Top-of-the-lake-LE-BEL-INSTANT-300x168.jpg\" alt=\"Top of the lake LE BEL INSTANT\" width=\"300\" height=\"168\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-5718\" class=\"wp-caption-text\">Top of the Lake<\/figcaption><\/figure>\n<p>Bien diff\u00e9rente est celle de l\u2019homme qui apprend \u00e0 vivre dans le <em>wilderness<\/em>. A mesure qu\u2019il se lib\u00e8re de ses attaches, son pas, d\u2019abord mal assur\u00e9, s\u2019affermit et sa sant\u00e9 se fortifie. <em>J\u00e9r\u00e9miah Johnson<\/em> illustre \u00e0 merveille cette lente \u00e9closion. Mais \u00e0 la diff\u00e9rence des promeneurs dont le regard int\u00e9rieur se pose \u00e7a et l\u00e0, ils n\u2019ont d\u2019yeux que pour l\u2019horizon qu\u2019ils ne cessent d\u2019interroger tandis qu\u2019ils oublient les motifs pour lesquels ils ont tout quitt\u00e9. Quelque chose d\u2019inassouvi et cependant proche de la pl\u00e9nitude habite ces buveurs d\u2019immensit\u00e9 peu \u00e0 peu aptes \u00e0 une marche ingravide.<\/p>\n<p>Le plan d\u2019ensemble, le panoramique et les mouvements circulaires sont les figures davantage sollicit\u00e9es par les r\u00e9alisateurs pour partager leur accomplissement ou leur chute, amplifi\u00e9s par l\u2019emploi du format scope. Car scruter l\u2019infini est le lot des guetteurs en qu\u00eate d\u2019un ailleurs. Dans <em>Lawrence<\/em> <em>d\u2019Arabie<\/em>, <em>Walkabout<\/em>,<em> Le Vol de l\u2019aigle <\/em>ou encore <em>La Derni\u00e8re piste <\/em>la marche sans rel\u00e2che est indissociable du regard port\u00e9 vers le d\u00e9sert, qu\u2019il soit de sable ou de glace. Vid\u00e9 de son \u00e9nergie l\u2019homme s\u2019y trouve \u00e0 l\u2019aff\u00fbt d\u2019un signe\u00a0: un point d\u2019eau, un abri, un inconnu bienveillant. Un bout de tissu, une tache de sang, deviennent les vestiges de son s\u00e9jour sur terre. Et quand un guide aide un peuple souffrant \u00e0 surmonter les obstacles, l\u2019Exode sugg\u00e8re son mod\u00e8le \u00e9pique \u00e0 la plupart des r\u00e9alisateurs fascin\u00e9s par l\u2019image de colonnes de marcheurs d\u00e9charn\u00e9s et hirsutes film\u00e9s \u00e0 contre-jour. L\u2019attitude digne et solennelle de l\u2019\u00e9lu donne raison \u00e0 Thoreau quand il affirme\u00a0: <em>\u00ab\u00a0L\u2019esprit chevaleresque et h\u00e9ro\u00efque qui \u00e9tait jadis l\u2019apanage du chevalier semble \u00eatre d\u00e9sormais celui du Marcheur ou tout au moins avoir surv\u00e9cu chez lui.\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0 Cette dimension s\u2019accro\u00eet si le p\u00e9riple s\u2019apparente \u00e0 un p\u00e9lerinage. Plus encore que la marche de l\u2019individu esseul\u00e9 l\u2019avanc\u00e9e collective tend \u00e0 montrer le combat de la folie contre l\u2019espoir, patent chez les personnages qui commencent \u00e0 soliloquer et dont l\u2019esprit se dissocie du corps. Ils n\u2019ont plus le contr\u00f4le d\u2019une parole enhardie par une marche ereintante.<\/p>\n<figure id=\"attachment_5703\" aria-describedby=\"caption-attachment-5703\" style=\"width: 263px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/Meeks-cutoff-BEL-INSTANT.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-5703 size-full\" src=\"https:\/\/florealpeleato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/Meeks-cutoff-BEL-INSTANT.jpg\" alt=\"Meeks cutoff BEL INSTANT\" width=\"263\" height=\"191\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-5703\" class=\"wp-caption-text\">La derni\u00e8re piste<\/figcaption><\/figure>\n<p>Quelquefois le paysage s\u2019\u00e9rige en t\u00e9moin s\u00e9v\u00e8re car plus il met l\u2019homme \u00e0 l\u2019\u00e9preuve dans des lieux intemporels, moins celui-ci est capable de les voir. D\u2019o\u00f9 ces visages impavides, presque inexpressifs, ou beaucoup plus rarement tendus, tels ceux des \u00e9claireurs aux traits parchemenin\u00e9s. En effet, l\u2019\u00e2pret\u00e9 du d\u00e9cor naturel s\u2019accommode mieux de l\u2019<em>understatement.<\/em> Et si la mise en sc\u00e8ne \u00e9pouse le regard du marcheur elle tend \u00e0 montrer, soit des plans subjectifs qui disent la stupeur, soit une nature imp\u00e9rieuse (<em>Aguirre ou la col\u00e8re de Dieu, Fitzcarraldo<\/em> et l\u2019ensemble de la filmographie de Herzog). D\u2019instinct les r\u00e9alisateurs se sentent invit\u00e9s \u00e0 tracer de puissantes lignes horizontales ou verticales pour confirmer que, selon les mots de Pascal, l\u2019homme est dans la nature<em>\u00a0 \u00abUn n\u00e9ant \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019infini, un tout \u00e0 l\u2019\u00e9gard du n\u00e9ant, un milieu entre rien et tout.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Loin des tentations du sublime et des abysses la marche-travelling \u00e0 laquelle Antonioni, Wenders, Kiarostami et les tenants du <em>road-movie<\/em> nous ont habitu\u00e9s, le long de voies ferr\u00e9es, ponts, tunnels et routes secondaires, depuis ce lointain pr\u00e9curseur qu\u2019est <em>Les Mendiants de la vie<\/em>, est celle des rebelles en rupture avec la soci\u00e9t\u00e9 ou des \u00eatres rejet\u00e9s par elle. \u00a0Pour ces vagabonds marcher ne marque pas une \u00e9tape dans leur vie mais condense la constance d\u2019un mouvement vers l\u2019avant (<em>L\u2019\u00e9pouvantail<\/em>)\u00a0; aussi loin qu\u2019ils aillent ils demeurent indiff\u00e9rents aux variations de lieux et plus soucieux des rencontres qui peuvent infl\u00e9chir le cours de leur vie. Cette confr\u00e9rie se distingue par la solidarit\u00e9 entre anges d\u00e9chus, ses utopies malmen\u00e9es, son humour d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, sa propension \u00e0 se projeter dans un avenir chim\u00e9rique ou au contraire \u00e0 refuser toute repr\u00e9sentation du lendemain, et pour beaucoup ses membres fuient le pass\u00e9. Tout simplement, pour rester debout et r\u00e9sister. Gr\u00e2ce \u00e0 eux nombre de r\u00e9alisateurs, m\u00eame les plus r\u00e9fractaires aux religions, s\u2019approchent d\u2019une certaine humilit\u00e9 \u00e9vang\u00e9lique qui rend palpable l\u2019\u00e9nergie de boxeurs qui luttent face au vide, avant qu\u2019ils ne chanc\u00e8lent.<\/p>\n<p>Lorque l\u2019effort est durable le marcheur apprend \u00e0 refuser usages et principes\u00a0; sa discr\u00e8te d\u00e9sob\u00e9issance civile le m\u00e8ne vers une forme d\u2019insularit\u00e9, si bien qu\u2019il jette sur la vie \u00e0 l\u2019entour un regard vid\u00e9 d\u2019intention. Sa marche peut devenir une d\u00e9ambulation obsessionnelle, presque hagarde (le d\u00e9but de <em>Paris<\/em>, <em>Texas<\/em>), parfois transmu\u00e9e en une douloureuse perte d\u2019identit\u00e9 (<em>Gerry<\/em>). Pour les marcheurs au bord du gouffre le temps s\u2019abolit et seule la respiration les maintient enracin\u00e9s dans le monde.<\/p>\n<p>Le temps aussi, mais un temps alourdi par l\u2019Histoire et les fant\u00f4mes du pass\u00e9, se glisse dans la marche-aveugle \u00e0 laquelle Angelopoulos soumet ses personnages, prisonniers du brouillard, de la pluie, de la neige, de rivages \u00e0 franchir. Depuis <em>Le Voyage des com\u00e9diens <\/em>il filme des masses compactes, petit groupe ou foule peu importe, condamn\u00e9es \u00e0 errer sinon sans but du moins sans fin, \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter un rituel dont ils ne comprennent pas toujours la teneur. Leur pas est lent, leur cadence obs\u00e9dante, leur t\u00eate souvent inclin\u00e9e, leurs corps frissonne ou se fige dans une attitude statuaire. Sous l\u2019emprise d\u2019un destin \u00e9nigmatique ils ne peuvent \u00e9chapper aux plans s\u00e9quences ent\u00eatants. Plus que de raison ils se cognent au r\u00e9el et leur marche r\u00e9v\u00e8le la fatigue et l\u2019usure, au point que leur ronde rarement d\u00e9bouche sur le soulagement. Et pourtant, dans un film au moins la compassion du cin\u00e9aste se livre sans d\u00e9tours. A la toute fin, si belle, de <em>Paysage dans le brouillard,<\/em> au terme de leur \u00e9prouvante travers\u00e9e de l\u2019Europe les enfants Voula et Alexandros d\u00e9couvrent qu\u2019il suffit de marcher une derni\u00e8re fois puis d\u2019enlacer un arbre blotti dans la brume pour que s\u2019\u00e9veille la terre endormie.<\/p>\n<h1><\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sea cual sea el lugar, la \u00e9poca o el g\u00e9nero, caminar suele asociarse en el cine con una forma de pensar que acoge arabescos y vericuetos, con cierta disponibilidad emocional, con un despertar que nos cambia. Sin negar la singularidad de cada director, se pueden destacar figuras recurrentes seg\u00fan que la pel\u00edcula sea una road movie, un espect\u00e1culo \u00e9pico o un drama \u00edntimo.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":5732,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[8],"tags":[41,42,43,44,45,46,47],"class_list":["post-5863","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-otros-aspectos","tag-angelopoulos","tag-arte-de-caminar","tag-jan-campion","tag-road-movie","tag-tarkovski","tag-terrence-malick","tag-vagabundos-en-el-cine"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5863","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5863"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5863\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5732"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5863"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5863"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/florealpeleato.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5863"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}